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samedi, 21 octobre 2017 16:10

Fiat 3000

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Fiat 3000 lors d'un exercice en Albanie en 1941. Fiat 3000 lors d'un exercice en Albanie en 1941.

Représentant une nette amélioration du Renault FT 17 qui lui servit de modèle, le Fiat 3000 était sans doute l'un des meilleurs blindés en service dans les armées d'Europe au début des années 1920. Premier char construit en série en Italie, il resta en service jusqu'en 1943, date à laquelle il n'avait plus aucune valeur militaire.

Un Renault FT 17 à la sauce italienne

En 1917, suite aux premiers engagements des chars anglais et français dans les Flandres, le Quartier Général italien décida d'acheter à la France un exemplaire du char Schneider (n°212). Le blindé fut testé en terrain accidenté et montagneux correspondant au futur secteur d'opération dans lequel ce matériel devait être engagé. Les résultats obtenus furent jugés satisfaisants et l'armée italienne envisagea alors d'acheter d'autres exemplaires. Cependant les négociations n'aboutirent pas et la proposition d'effectuer le montage du véhicule en Italie se solda également par un échec.

En mai 1918, la France envoya quatre chars légers Renault FT 17 en Italie :

  • deux à tourelle ronde Girod formée de plusieurs éléments moulés et forgés, armés pour l'un d'un canon Puteaux de 37 mm et pour l'autre d'une mitrailleuse Hotchkiss mod.14 remplacée dans un second temps par un modèle S.I.A. ;
  • deux à tourelle polygonale Berliet « omnibus » rivetée armés d'une mitrailleuse Hotchkiss mod.14 ensuite remplacée par une Fiat mod.14.
FT 17 à tourelle Girod armé d'un canon Puteaux de 37 mm immatriculé "66947". Présentation du FT 17 "66947" à Plaisance le 2 août 1918 par le magg. Bennicelli.
(crédits photos : famille Bennicelli)
FT 17 à tourelle Girod armée d'une mitrailleuse Hotchkiss mod.14 à Rome en avril 1919.
(crédits photo : famille Bennicelli)
FT 17 "67657" lors d'une démonstration de franchissement. Il a été réarmé avec un mitrailleuse S.I.A. FT 17 à tourelle Girod désarmé et réimmatriculé "A 1001".
(crédits photo : famille De Romanis)
FT 17 à tourelle Berliet armé d'une mitrailleuse Fiat mod.14 et réimmatriculé "A 1002".
(crédits photo : famille De Romanis)
Officiers posant devant un FT 17 à tourelle Girod armé d'un mitrailleuse S.I.A.
(crédits photo : famille Di Paola)
FT 17 "66947" démonté à l'usine Ansaldo.
(crédits photo : Museo Storico Italiano della Guerra)

Suite à la démonstration organisée par le magg. Bennicelli à Plaisance le 2 août 1918 devant les autorités, décision fut prise de produire sous licence le char Renault en Italie. Le programme de construction fut confié à un consortium d'entreprises regroupant Fiat, Ansaldo, Breda, Vickers, Terni et Armstrong. La première demande portant sur 1400 exemplaires prévoyait une production mensuelle de 200 chars avec une première livraison au 1er mai 1919.

La soudaine cessation des hostilités entraina l'annulation de cette commande initiale. En janvier 1919, devant les difficultés en vue de l'achat à Renault de 60 FT 17, le ministère de la guerre italien sollicita à nouveau l'industrie nationale pour construire 150 chars dérivés du Renault. Si Ansaldo fut pressentie au départ, c'est finalement à Fiat que revint le marché, réduit à 100 exemplaires, en avril 1919.

Le nouveau blindé, qui devait être une version améliorée du Renault, fut étudié pour répondre aux exigences du combat en montagne. Le prototype commencé en juin 1919 ne fut achevé qu'en juin 1920 et débuta ses essais en août de la même année. En janvier 1921, l'un des Renault FT 17 fut envoyé à Turin pour des essais comparatifs. Comme le FT 17, le prototype du Fiat 3000 disposait de deux trappes d'accès sur l'avant de la caisse, qui furent supprimés sur les modèles de série.

Le prototype du Fiat 3000 photographié en avril 1923 sur la remorque conçue par l'ARET. Il est reconnaissable à ses deux trappes d'accès sur l'avant de la caisse.
(crédits photo : Ipettorato delle costruzioni di artiglieria)
Cette photo prise en 1927 au fort Tiburtino permet d'apprécier les différences entre le Fiat 3000 mod.21 (à gauche) et le FT 17 armé d'une mitrailleuse S.I.A.
(crédits photo : AUSSME)

Du carro d'assalto mod.21 au mod.30

Le véhicule, qui reçut la dénomination officielle de carro d'assalto Fiat 3000 mod.21, d'apparence similaire au Renault, était cependant plus léger et beaucoup plus rapide. Le char fut soumis à une série d'épreuves destinées à en déterminer les performances, les consommations et les possibilités d'emploi. À la fin des essais en 1923, la commission chargée des évaluations, présidée par le Gen. Costa, remit un rapport globalement positif sur les capacités du char, tout en émettant des réserves concernant l'efficacité d'un blindé moyen armé uniquement de mitrailleuses, en l'occurence deux S.I.A. de 6,5 mm. Elle proposa le montage en tourelle d'un canon de 37 mm à tir rapide, armement plus approprié pouvant être utilisé contre d'autres chars ennemis.

Les premiers exemplaires de série du Fiat 3000 mod.21 se distinguaient par leurs longerons courts, leurs barbotins évidés et leurs patins de chenilles pleins. Ce Fiat 3000 mod.21 à longerons courts a déjà adopté les barbotins pleins et les patins de chenilles percés.
Fiat 3000 en cours d'assemblage dans la sezione industrie metallurgiche e acciaierie de l'usine Fiat. Fiat 3000 mod.21 dans la cour de l'usine Fiat, prêts à être livrés. Fiat 3000 exposé à la Fiera Campionaria de Milan le 12 avril 1924.

La première modification apportée à l'armement au printemps 1922 consista à installer deux mitrailleuses Lewis de 7,7 mm en tourelle, solution testée sur deux exemplaires envoyés en Cyrénaïque en 1925.

Fiat 3000 mod.21 de la 1a sq. autoblindo mitragliatrici della Tripolitania armé de mitrailleuses Lewis de 7,7 mm.
(crédits photo : Museo Storico Italiano della Guerra)

Les grandes manoeuvres de 1927 en Ombrie et de 1928 en Vénétie-Julienne mirent en évidence la nécessité de disposer de chars équipés d'un canon agissant conjointement avec d'autres armés de mitrailleuses. L'ARET fut alors chargé d'étudier en collaboration avec Fiat la possibilité de monter un canon de 37/40. Cette étude aboutit à la réalisation d'une nouvelle version, dont la désignation d'usine était Fiat 3000 B. Le prototype fut essayé lors des grandes manoeuvres de 1929 dans le Val Varaita, dans le Piémont.

Le Fiat 3000 B se distinguait du modèle précédent par une tourelle adaptée pour recevoir le canon (bien que l'armement de deux mitrailleuses jumelées soit toujours proposé), un moteur plus puissant, un train de roulement modifié, l'ajout d'une caisse sur la queue de franchissement et une plage moteur arrière redessinée. Ce nouveau modèle reçut en 1930 la dénomination de carro d'assalto Fiat 3000 mod.30. Au 1er janvier 1929, l'Esercito avait passé commande à Fiat pour 28 exemplaires armés de canons et 24 armés de mitrailleuses. La commande pour les chars armés de canons fut ensuite portée à 37 exemplaires, plus deux exemplaires armés de mitrailleuses à convertir. Au total, au 3 février 1933, 136 exemplaires de Fiat 3000 étaient en service, tous modèles confondus.

Plan du Fiat 3000 B sans armement daté du 15 décembre 1928. Le prototype du Fiat 3000 B chargé sur une remorque pour son transfert vers l'ARET où il recevra son armement. Vue de côté du prototype du Fiat 3000 B armé d'un canon de 37/40.
Fiat 3000 mod.30 armé d'un canon de 37/40 et doté d'un dispositif expérimental de tension des chenilles sur l'avant du longeron. Fiat 3000 mod.30 armé de mitrailleuses S.I.A. à l'entraînement. Fiat 3000 mod.30 armés de mitrailleuses S.I.A. pour celui au premier plan et d'un canon de 37/40 pour celui à l'arrière plan.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)

Description technique

Le Fiat 3000 Mod.21 conservait la même configuration générale que le Renault FT 17, soit une caisse reposant sur des chenilles propulsives et supportant une tourelle armée. Le véhicule se distinguait extérieurement du char français par une tourelle plus spacieuse armé uniquement de mitrailleuses, un train de roulement modifié et l'arrière de la caisse redessiné. Le char possédait un centre de gravité plus bas, un moteur plus puissant (50 ch contre 40 ch pour le FT) et une boîte de vitesse simplifiée. Le moteur était monté transversalement, alors qu'il était longitudinal sur le FT, ce qui permit de diminuer le poids total du véhicule en simplifiant la transmission et de raccourcir la caisse.

Le blindage en acier au vanadium offrait une protection efficace contre le tir des mitrailleuses et les éclats d’obus. La caisse était étanche et le véhicule était équipé d’une pompe pour l’évacuation des éventuelles infiltrations d’eau, ce qui lui permet de franchir des gués de 1,1 m. L’intérieur du blindé était divisé en deux parties par une cloison pare-feu qui isolait le compartiment de combat et de pilotage à l'avant de la partie propulsion à l'arrière.

Section longitudinale du Fiat 3000 mod.21. Section transversale du Fiat 3000 mod.21 au niveau du moteur.
Vue de côté d'un Fiat 3000 mod.21 encore privé d'armement. Vue arrière d'un Fiat 3000 mod.21. Vue arrière d'un Fiat 3000 mod.30 armé de mitrailleuses. Remarquez la plage arrière redessinée.

Le poste de conduite avec les commandes et les organes de direction était situé à l’avant, la tringlerie de liaison protégée par une grille en fer passant sous le plancher. Sur le plancher, le constructeur fit aménager quatre logements destinés au stockage des outils, de l’équipement de bord, des pièces de rechange et du matériel nécessaire au nettoyage de l’armement. Le pilote, assis à l’avant de la caisse sur un siège à dossier rabattable, disposait pour l’observation de deux fentes latérales et d’une écoutille centrale blindée également pourvue d’une fente. Cette écoutille pouvait être relevée et bloquée en position désirée pour augmenter la visibilité du chauffeur durant le déplacement. Le chef de char-tireur était assis derrière le conducteur sur un siège réglable en hauteur. Il pouvait en cas de nécessité lancer le moteur depuis l’intérieur du véhicule. Dans la partie centrale du compartiment de combat occupé par le chef de char, juste en-dessous de la tourelle, on trouvai les magasins pour les munitions protégées par l’épaisseur des blindages latéraux et les chenilles.

Vue frontale d'un Fiat 3000 mod.21 montrant l'écoutille du pilote relevée.

L’arrière de la caisse, qui renfermait le compartiment moteur, était accessible par l’intermédiaire de deux panneaux situés sur la partie supérieure de la plage arrière. À l’intérieur on trouvait le moteur essence quatre cylindres en ligne développant 45 ch à 1500 tr/min et 50 ch à 1700 tr/min (pour le mod.21), la magnéto d’allumage (Dixie sur le mod.21 et Marelli sur le mod.30), le réservoir principal de carburant d'une capacité de 90 L sur le mod.21 et de 85 L sur le mod.30, le réservoir auxiliaire, le radiateur de refroidissement et les organes de transmission.

Moteur quatre cylindres essence Fiat 304. Circuit de combustible.

La caisse se terminait par une queue de franchissement amovible sur laquelle étaient fixés deux systèmes de levage démontables. L’équipement externe comprenait une manivelle servant au démarrage du véhicule depuis l’extérieur et une pioche. Les pots d’échappement placés de chaque côté de la caisse étaient protégés par une plaque de blindage. Le char était équipé de quatre anneaux de remorquage pouvant supporter une traction de quatre tonnes. La chaîne de traction longue d’environ 3,2 m était fixée dans les manilles arrière.

L’armature du train de roulement était constituée principalement par un longeron en tôle rivée fixé au bas de la caisse. La roue tendeuse était placée à l’avant, le barbotin à l’arrière. Chacun des longerons reposait sur la partie portante de la chenille par l’intermédiaire de huit galets de roulements répartis en quatre chariots. Ces galets étaient montés sur des balanciers à ressort équipés de tampons amortisseurs en caoutchouc destinés à absorber les oscillations. Ce montage articulé permettait de maintenir une pression suffisamment constante et de la distribuer de façon uniforme sur tous les appuis des galets de route quelque soit la déformation de la chenille imposée par la forme du terrain. Les premiers Fiat 3000 mod.21 se distinguaient par un longeron court qui s'arrêtait au dernier galet. Les exemplaires suivants et tous les mod.30 furent équipés d’un longeron prolongé jusqu'au barbotin. À partir de 1931, tous les modèles en service furent progressivement équipés de renforts évidés en acier en vue d’augmenter la résistance du train de roulement.

À mi-hauteur de la caisse on trouvait la deuxième partie du train de roulement constituée par cinq rouleaux porteurs soutenus par un petit longeron. Celui-ci, fixe à l’arrière, était pourvu à l’avant d’un ressort à spirale monté sur une console solidaire de la caisse. La poussée exercée par ce ressort permettait de soutenir la chenille et lui conférait l’élasticité nécessaire en concordance avec le fonctionnement de la suspension.

La chenille comprenait 52 patins. Le prototype et les premiers exemplaires, parmi lesquels on trouve ceux vendus à l’Albanie, avaient un barbotin évidé et les patins de chenilles étaient pleins. Sur les modèles suivants, les patins furent percés afin d’obtenir une meilleure adhérence et une meilleure pression au sol.

Schéma des chariots du train de roulement portant chacun deux galets. Fiat 3000 mod.21 à longeron lisse lors d'un essai de franchissement. Fiat 3000 mod.21 à longeron renforcé. Remarquez le camouflage en "taches de girafe".
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)

La tourelle, mobile sur 360 degrés, contenait l’armement, le portillon d’accès ainsi que les attaches pour le siège du chef de char. Elle était surmontée d'un tourelleau (doté de trois fentes destinées à l' observation, l'aération et l'éclairage) pourvu d' une coupole pouvant s'ouvrir pour améliorer l'aération ou permettre une évacuation rapide en cas d'urgence. Cette coupole était percée en son centre pour permettre le passage de moyens de signalisation.

En ce qui concerne l’armement, le Fiat 3000 mod.21 fut dans un premier temps équipé de deux mitrailleuses S.I.A. de calibre 6,5 mm avec une dotation initiale en munitions de 2000 cartouches réparties en 50 chargeurs approvisionnés à 40 coups (ensuite portée à 91 chargeurs de 40 coups). Les difficultés rencontrées lors du chargement des mitrailleuses véhicule en mouvement et le manque de fiabilité des armes entraînèrent une demande pour le changement de l’armement. L'ARET proposa en 1922 le montage d’une paire de mitrailleuses Lewis mais le projet ne fut pas retenu. À partir d'avril 1936 les chars furent réarmés avec une paire de mitrailleuses Fiat mod.14/35 de calibre 8 mm alimentées par chargeurs de 80 coups. La dotation de bord était de 5760 coups. Les tubes des armes furent ensuite protégés par des manchons blindés. Quel que soit le type de mitrailleuses montées en tourelle, l'armement était couplé parallèlement sur un même axe et le chef de char-tireur disposait pour la visée d'un collimateur placé entre les deux armes. Le tir pouvait se faire de façon indépendante mais le pointage était unique.

Schémas de la tourelle armée de deux mitrailleuses S.I.A. de 6,5 mm. Fiat 3000 mod.21 armé de deux mitrailleuses S.I.A. Fiat 3000 mod.30 armé de deux mitrailleuses S.I.A.
Schémas de l'installation des mitrailleuses Lewis de 7,7 mm en tourelle. Fiat 3000 armés de mitrailleuses Fiat mod.14/35. Fiat 3000 mod.30 armé de mitrailleuses Fiat mod.14/35.

Pour les Fiat 3000 mod.30 armés d'un canon de 37/40, désaxé sur la droite de la tourelle, le secteur de tir vertical allait de -10° à +20°. La capacité d'emport était de 68 munitions.

Canon semi-automatique de 37/40. Coupe longitudinale du Fiat 3000 mod.30 montrant la disposition du canon et des munitions. Schémas de l'installation du canon de 37/40 en tourelle.
Vue frontale d'un Fiat 3000 mod.30 montrant le canon désaxé sur la droite du char. Tandis que le canon est désaxé à droite, le tourelleau se trouve désaxé à gauche, tout comme les trappes d'accès. Vue latérale d'un Fiat 3000 mod.30 armé d'un canon de 37/40.

Le blindé étant dépourvu de tout système d’éclairage, les déplacements nocturnes devaient s’effectuer avec l’aide du chef de char. Celui-ci précédait le blindé en signalant au pilote les obstacles à la voix. La signalisation de char à char se faisait au moyen d’une série de mouvements précis et codifiés.

Pour le transport sur route, l'ARET développa en 1921 une remorque spécifique adoptée au printemps 1923 après quelques modifications. D'un poids de 1200 kg, elle était destinée à être tractée par des Fiat 18 BLR puis par des Lancia Ro.

Prototype de la remorque développée par l'ARET pour le transport du Fiat 3000. Fiat 3000 mod.21 sur remorque tractée par un Fiat 18 BLR au fort Tiburtino. Fiat 3000 mod.30 montant sur une remorque ARET.

Carro radio (char radio)

Dès 1926, les organigrammes des unités blindés prévoyaient pour chaque groupe de chars un char radio. Les premières expérimentations d'installations de type télémécanique (qui reposaient sur des signaux lumineux) sur Fiat 3000 débutèrent dans la première moitié des années 1920.

Installation RDT sur Fiat 3000 mod.21 avant 1925. Version suivante de l'installation RDT sur Fiat 3000 mod.21. Installation télémécanique sur le Fiat 3000 mod.21 immatriculé "RE 37 A".

Les Fiat 3000 mod.30 destinés au commandement des compagnies et bataillons étaient équipés d'une radio RF CR facilement identifiables grâce au cadre rigide en U renversé monté sur le dessus de la tourelle et l'antenne surplombant la plage moteur. La portée de quelques kilomètres était suffisante pour les liaisons entre unités blindées mais très insuffisantes pour la collaboration avec les unités d'artillerie ou d'infanterie. Cet équipement se retrouva sur certains mod.21 à une époque postérieure à 1935.

Disposition de la radio RF CR. Fiat 3000 mod.30 centro radio participant au défilé concluant les grandes manoeuvres de Sicile le 25 août 1937.
(crédits photo : collection Benvenuti)
Fiat 3000 mod.30 centro radio à Ficarolo le 3 octobre 1938.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)

Carro nebbiogeno (char fumigène)

En 1925, à l'occasion des grandes manœuvres dans le Canavais, une version fumigène du Fiat 3000 mod.21 fut testée. Elle était munie de deux petits réservoirs cylindriques contenant de l'acide sulfurique dans lesquels pouvait être envoyés les gaz d'échappement. Au contact de l'acide, ces derniers généraient une fumée blanche très dense.

Premier modèle de Fiat 3000 mod.21 nebbiogeno lors des grandes manoeuvres de 1925. Fiat 3000 mod.21 nebbiogeno équipé de réservoirs sur les longerons.

D'autres exemplaires, qui prirent part à la journée de l'arme chimique en 1935 à Rome-Centocelle, étaient équipés de deux gros réservoirs de liquide fumigène et deux réservoirs de propergol logés au-dessus des longerons du train de roulement. Le système d'épandage était monté sur l'arrière de la caisse.

Fiat 3000 mod.21 nebbiogeni lors de la journée de l'arme chimique à Rome-Centocelle en 1935.

Aucun de ces deux modèles ne semble avoir fait l'objet de production en série.

Carro lanciafiamme sistema F.R. (char lance-flammes)

En 1932, le magg. Rodolfo Faronato et le cap. Enrico Riccardi du rgt. carri armati de Bologne présentèrent un projet d'installation lance-flammes destinée, à titre expérimental, au Fiat 3000. Le projet fut approuvé et un Fiat 3000 mod.21 fut équipé du dispositif lance-flammes, qui ne nécessitait pas d'intervention lourde. Les deux réservoirs principaux de liquide inflammable, d'une capacité totale de 270 litres, étaient logés au-dessus des longerons du train de roulement, tandis qu'un réservoir auxiliaire de 98 litres était monté à la place de la queue de franchissement. L'armement initial était conservé et pouvait être utilisé indépendamment du lance-flammes. Ce dernier était mis en œuvre au moyen de deux pistolets spéciaux tirant au travers de sabords percés dans la tourelle de part et d'autre des mitrailleuses.

Schémas de l'installation lance-flammes type F.R. Disposition des sabords de tir en tourelle. Seule photo connue du Fiat 3000 mod.21 lanciafiamme.
(crédits photo : collection Lovati)

Il semblerait que la modification n'ait pas été étendue au-delà du prototype.

Ventes à l'export

Le Fiat 3000, premier char produit en série en Italie, fut le premier blindé italien exporté. Deux des premiers Fiat 3000 mod.21 produits furent vendus à l'Albanie puis récupérés par les Italiens en 1939 après l'invasion du pays. La Lettonie commanda six Fiat 3000 en 1925, qui furent livrés en 1927. La même année, l'Italie offrit un Fiat 3000 mod.21 à l'Éthiopie, suivis de deux mod.30, les trois chars étant récupérés en 1936.

Fiat 3000 mod.21 de début de production récupérés par les troupes italiennes en Albanie en 1939. Fiat 3000 lettons armés d'un canon français SA 18 lors d'un exercice en 1928. Fiat 3000 postés devant le palais impérial d'Addis Abeba en mai 1936.

L'Argentine testa un Fiat 3000 armée d'une mitrailleuse Fiat mod.24, le Danemark fit l'acquisition d'un mod.21 en 1928, le Japon, la Grèce et la Hongrie d'un mod.30 chacun, et la Lithuanie acheta également un exemplaire de modèle inconnu. Les communistes hongrois offrirent un mod.21 à l'URSS en 1926, réarmé avec un canon de 37 mm soviétique.

En Espagne, un exemplaire de Fiat 3000 fut acheté et testé par la Comisión de experiencias de artillería. Il fut ensuite versé à la Escuela Central de Tiro de Carabanchel, à Madrid.

Fiat 3000 mod.21 participant à la fête nationale argentine à Buenos Aires le 25 mai 1924. Fiat 3000 soviétique armé d'un canon de 37 mm. Fiat 3000 espagnol immatriculé "ATM 984" à l'école centrale de tir de Carabanchel.

Une longue carrière

Les quatre premiers Fiat 3000 furent livrés au Reparto Carri Armati, stationné au fort Tiburtino, à Rome, le 28 août 1923, rejoints en novembre par six autres exemplaires. Au 1er janvier 1924, on en dénombrait 22 en service, et 62 au 31 décembre. Au second semestre 1926, le Reparto Carri Armati devint le Centro di Formazione Carri Armati, avant d'être transformé en rgt. Carri Armati le 1er octobre 1927, sur cinq bataillons de deux compagnies chacun. Les bataillons étaient stationnés à Rome, Bologne, Brescia, Palmanova et Udine.

Les Fiat 3000 furent initialement immatriculés RE 1 A à RE 138 A. Après le changement de modèle de plaque, ils furent réimmatriculés RE 1001 à 1018, 1022 à 1050, et 1137 à 1152 plus 1154 pour les Fiat 3000 B. Les plaques étaient apposées sur les flancs de la caisse, sous la tourelle.

Fiat 3000 mod.21 de la 1a sq. carri de la Scuola Centrale di Fanteria défilant à Civitavecchia en 1925. Fiat 3000 mod.21 immatriculé "RE 1 A" de la 1a sq., I gr. en juin 1926. Fiat 3000 mod.21 au fort Tiburtino en 1927.
(crédits photo : AUSSME)
Fiat 3000 mod.21 lors d'une démonstration.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Fiat 3000 mod.21 lors d'un exercice avec utilisation de fumigènes.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Fiat 3000 mod.21 immatriculé "RE 43 A" lors d'un essai de franchissement.

Le baptême du feu des Fiat 3000 eut lieu en Libye, où deux exemplaires participèrent à l'occupation de Giarabub (l'actuelle Al-Jaghboub) en février 1926 avec la colonne du col. Riccardo Ronchetti. En 1937, au moins six Fiat 3000 armés de mitrailleuses Lewis de 7,7 mm furent utilisés pour la défense de l'aérodrome de Mekele, en Éthiopie.

Fiat 3000 mod.21 marchant en tête de la colonne Ronchetti en direction de Giarabub le 7 février 1926.
(crédits photo : Ullstein Bild)
Les deux Fiat 3000 mod.21 armés de mitrailleuses Lewis ayant participé à l'occupation de Giarabub. Fiat 3000 utilisés pour la défense de l'aérodrome de Mekele en 1937.

L'année 1933 vit s'amorcer le déclin du Fiat 3000. L'industrie italienne commençait en effet à livrer de nouveaux chars rapides pour équiper les nouvelles unités de blindés de la cavalerie et des bersaglieri. Avec l'apparition des chars moyens M 11/39 en 1939, les Fiat 3000 furent relégués dans des unités de seconde ligne. Malgré tout, au 3 février 1939, il en restait 127 exemplaires en ligne, dont 90 opérationnels.

Le 24 juin 1938, en application de la circulaire n°8800, les Fiat 3000 reçurent les nouvelles dénominations de carro armato M 21, M 30, M 30/c pour les exemplaires armés de canon et M 30/r pour ceux équipés de rado. Enfin, la circulaire n°3400 du 13 juin 1940 changea de nouveau les dénominations pour L 5/21 et L 5/30.

Défilé dans la plaine de Gubbio au terme des grandes manoeuvres le 27 août 1932. Fiat 3000 du IV btg. à Parme. Fiat 3000 mod.30 lors d'une démonstration à Bologne en août 1936.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Fiat 3000 mod.21 de la 2a cp. du I btg. au fort Tiburtino en mai 1936.
(crédits photo : collection Aymeric Lopez)
Fiat 3000 défilant à Salemi au terme des grandes manoeuvres de Sicile le 25 août 1937. Fiat 3000 lors des grandes manoeuvres d'août 1939 dans le Piémont.
(crédits photo : AUSSME)
Fiat 3000 du 31° rgt. lors d'un entraînement en 1937.

À l'issue des grandes manœuvres de l'été 1939, le commandant du CA Corazzato proposa purement et simplement de radier les Fiat 3000, qui étaient à bout de souffle, tant du point de vue de leur potentiel militaire que de l'usure mécanique. Malgré tout, en septembre 1939, l'Esercito décida d'utiliser les 50 Fiat 3000 opérationnels sur les 99 existants pour former les cinq cp. Carriste di Frontiera de la GaF. Les compagnies furent constituées le 31 janvier 1940, disposant chacune de 3 pelotons sur 3 chars chacun, plus un char de commandement, soit un total de 10 chars par compagnie.

Fiat 3000 reversé dans les cp. carriste di frontiera. Son appartenance à la GaF se reconnaît à l'absence de numéro au-dessus du rectangle tactique et à l'absence de l'insigne des tankistes.

En juin 1940, trois compagnies de la GaF se trouvaient déployées dans les Alpes occidentales : la 2a cp. basée à Borgo San Dalmazzo était affectée au II CA, la 4a cp. stationnée à Cesana Torinese dépendait du IV CA et la 5a cp. déployée dans le secteur de Ventimille était rattachée au XV CA. Lors de la brève bataille des Alpes, seule la 4a cp. du VII Settore di Copertura GaF participa à une action sur Montgenèvre.

Fiat 3000 mod.21 centro radio dans les Alpes en juin 1940.
(crédits photo : Archivio Centrale dello Stato)
Fiat 3000 de la 4a cp. à Montgenèvre en juin 1940.

À l'issue de la campagne des Alpes, les trois compagnies furent redéployées à la frontière orientale : la 5a cp. au XXVII Settore di Copertura GaF à Fiume (l'actuelle Rijeka) et les 2a et 4a cp. au XXII Settore di Copertura GaF à Trebice. Après leur dissolution, un peloton de Fiat 3000 resta encadré dans la cp. meccanizata de Zara (l'actuelle Zadar). Il fut sans doute employé dans la lutte anti-partisans en Croatie en 1943.

Fiat 3000 des 2a et 4a cp. attendant leur passage en revue par Mussolini dans le secteur de Gorizia le 9 octobre 1940.
(crédits photo : AUSSME)

La 1a cp. fut déployée en Albanie entre le 22 juin 1940 et le 13 janvier 1941, tandis que la 3a cp. fut stationnée en mer Égée, sur l'île de Rhodes. Après la campagne de 1941 contre la Yougoslavie, l'ex 1a cp. passa en juin 1942 sous les ordres du III btg. carri L du 31° rgt.ftr.car. affecté au Comando Truppe del Montenegro et fut utilisée dans la lutte anti-partisans au Monténégro.

Fiat 3000 mod.30 de la 1a cp. à Durrës en Albanie en 1940.
(crédits photo : collection Roberto Ceccatelli)
Fiat 3000 mod.21 de la 1a cp. dans le secteur de Shkodër durant l'hiver 1940-1941.
Fiat 3000 mod.21 sur le front greco-albanais en 1941. Fiat 3000 mod.30 en Albanie en 1941. Rare photo couleur d'un Fiat 3000 mod.21 de la 1a cp. dans les Balkans.
(crédits photo : famille Dalmasso)

En juillet 1943, lorsque les Américains débarquèrent en Sicile, deux compagnies de Fiat 3000 formées par la circulaire n°0025540/3 du 2 février 1942 étaient encore en ligne, avec 9 chars chacune. La 1a cp. fut affectée au XII CA et placée sous les ordres de la 202a Div.costiera, qui l'utilisa en tant qu'appui-feu fixe pour la défense de la gare de Sant'Oliova, sur la ligne Canicattì-Syracuse. Le 10 juillet 1943, la 1a cp. fut anéantie par la 3th Infantry Division américaine. La 2a cp. fut quant à elle affectée au gruppo mobile « H » et destinée à la défense de l'aéroport n°540 à San Pietro. L'unité combattit honorablement jusqu'à son anéantissement le 14 juillet. Il va sans dire qu'à cette époque, le char était complètement dépassé et n'était plus adapté ni au combat ni même à l'entrainement.

La 2a cp. attendant d'être passée en revue par Victor-Emmanuel III sur la route de Caltagirone en janvier 1943. Fiat 3000 mod.21 capturés par les Alliés en Sicile en juillet 1943.
Fiche technique
 Fiat 3000 mod.21Fiat 3000 mod.30
Longueur 4170 mm avec queue de franchissement
3610 mm sans
4290 mm avec queue de franchissement
3730 mm sans
Largeur 1642 mm 1670 mm
Hauteur 2190 mm 2200 mm
Garde au sol 350 mm 350 mm
Poids en ordre de combat 5500 kg 5900 kg
Équipage 2 2
Moteur Fiat 304 essence 4 cylindres de 6236 cm3, développant 50 ch à 1700 tr/min Fiat 304 essence 4 cylindres de 6236 cm3, développant 63 ch à 1700 tr/min
Vitesse maximale 21 km/h sur route
8-12 km/h en tout terrain
22 km/h sur route
8-12 km/h en tout terrain
Autonomie 95 km sur route
8 h en tout terrain
88 km sur route
6 h en tout terrain
Emport en carburant 90+5 L 85+4,5 L
Protection 6 à 16 mm 6 à 16 mm
Armement 2 mitrailleuses S.I.A. de 6,5 mm (3640 coups)
À partir de 1936 : 2 mitrailleuses Fiat mod.14/35 de 8 mm (5760 coups)
1 canon de 37/40 (68 coups)
Profil d'un Fiat 3000 mod.21 armé de mitrailleuses S.I.A. en 1923.
(crédits : Nicola Pignato)
Profil d'un Fiat 3000 mod.21 armé de mitrailleuses Fiat mod.14/35 en 1936.
(crédits : Nicola Pignato)
Plan 4 vues d'un Fiat 3000 mod.30 centro radio.
(crédit : Nicola Pignato)
Fiat 3000 mod.21 de la 3a cp. du I btg. à Rome en 1927. Le camouflage trois tons est inspiré de celui des FT 17 français.
(crédits : Ruggero Calò)
Fiat 3000 mod.30 de commandement de la 2a cp. du IV btg. lors des grandes manoeuvres en Irpinia à l'été 1936. Notez le marquage se répétant sur la queue de franchissement.
(crédits : Ruggero Calò)
Fiat 3000 mod.30 centro radio sur remorque ARET.
(crédits : Ruggero Calò)
   
  Fiat 300 mod.21 de la 2a cp. sur la base aérienne n°540 de San Pietro en Sicile en juillet 1943. Le rectangle tactique est rouge au lieu de bleu.
(crédits : Ruggero Calò)
 
Sources :
  • Gli autoveicoli da combattimento dell'Esercito Italiano, Volume primo (dalle origini fino al 1939), Nicola Pignato & Filippo Cappellano, Stato Maggiore dell'Esercito, Ufficio Storico, 2002
  • Carri armati 1, In servizio fra le due guerre, Bruno Benvenuti & Ugo F. Colonna, Fronte Terra, Edizioni Bizzarri, 1972
  • Italian light tanks 1919-1945, Filippo Cappellano & Pier Paolo Battistelli, Osprey Publishing, 2012
  • I mezzi blindo-corazzati italiani 1923-1943, Nicola Pignato, Storia Militare, 2005
  • Italian armoured vehicles 1940-1943 : A pictorial history, Luca Massacci, Roadrunner, 2013
  • Motoriii !!!, Le truppe corazzate italiane 1919/1994, Nicola Pignato, GMT, 1995
  • La meccanizzazione dell'esercito dalle origini al 1943, Tomo II, Lucio Ceva & Andrea Curami, USSME, 1994
  • Corazzati Italiani 1939-1945, Nico Sgarlato, War Set n°10, 2006
  • Andare contro i carri armati, L'evoluzione della difesa controcarro nell'esercito italiano dal 1918 al 1945, Filippo Cappellano & Nicola Pignato, Gaspari editore, 2007
  • La difesa dei confini, Il generale Federico Baistrocchi e la Guardia alla Frontiera, Massimo Ascoli, Bacchilega Editore, 2014
  • VII Settore G.A.F., Il Vallo Alpino nella conca di Cesana, Pier Giorgio Corino, Associazione per gli studi di storia e architettura militare, 2010
  • Los medios blindados en la Guerra Civil Española, Teatros de operaciones de Andalucía y Centro 36/39, Artemio Mortera Pérez, Alcañiz Fresno's Editores, 2009
  • Il Servizio Chimico Militare 1923-1945, Storia, ordinamento, equipaggiamenti, Tomo I & II, Marco Montagnani, Antonio Zarcone & Filippo Cappellano, Stato Maggiore dell'Esercito, Ufficio Storico, 2011
  • Radiofronte 1935-1945, Le radiotrasmissioni militari sui fronti dell'Italia in guerra, Filippo Cappellano & Nicola Pignato, Museo Storico Italiano della Guerra, 2003
  • Immagini dall'Archivio Fiat 1900-1940, Cesare de Seta & Carlo Bertelli, Fabbri Editori, 1989
  • Le compagnie carriste di frontiera, Patrizzio Tocci, Storia Militare n°84, 2000
  • Catalogo dei materiali del gruppo C (Servizi di artiglieria, genio, automobilismo e chimico), XLI Volume – XXXII Categoria – VII Fascicolo, Carro Armato mod.1930, Istituto Poligrafico dello Stato, 1939
Pour reproduire ce véhicule :
FabricantÉchelleRéférence et désignationGalerie
Cromwell 1/76 IT1 Fiat 3000 Mod.21 Light Tank -
Tauromodel 1/35 104 Fiat 3000 mod.21 Maquette de Jean Tétard
Tauromodel 1/35 105 Fiat 3000 mod.21 serie2 -
Egys 1/35 35010 Fiat 3000 mod.21 with S.A.A cal.6,5 mod.18 -

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Re: Fiat 3000 -- vidrobhobby
Sunday, 22 October 2017 15:41
La maison italienne GB MODELLI produit le FIAT 3000 mod. 21 (http://gbmodelli.blogspot.it/2017/02/ki ... .html#more) au 1/72eme

Lu 1419 fois Dernière modification le lundi, 23 octobre 2017 22:31

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