L'Or albanais...une longue histoire

On traite ici des questions économiques, industrielles et géostratégiques en relation avec l'effort de guerre italien de 1935 à 1945.

L'Or albanais...une longue histoire

Message par EKAERGOS » 09 Novembre 2017, 18:44

Bonjour à tous
Je suis tombé par hasard sur ce sujet peu connu que je vous livre tel quel:
Gérard
10 AVRIL 2014 @ 17:54

Si le roi Zog avait donc avait emporté l’encaisse métallique du pays peut-on imaginer que celui-ci ne l’aurait pas réclamée, alors qu’on savait où était le roi et ce qu’il avait acheté comme biens immobiliers ? Le régime d’Enver Hoxha qui ne manqua pas de l’accuser de beaucoup de choses ne l’aurait-il pas accusé de ce détournement ?
Non le roi Zog n’a pas emporté l’encaisse métallique albanaise. Cette encaisse métallique n’était pas et n’avait jamais été en Albanie. Cet or était à Rome et fut pillé par les Allemands, comme beaucoup d’or à la même période, le 16 septembre 1943.
En septembre 1922 le rapport du professeur Albert Calmès, de Luxembourg, présenté à la Société des Nations, préconisait la création d’une banque en Albanie « dirigée par des étrangers et dotée d’un statut excluant toute possibilité de mainmise directe ou indirecte de l’État sur les capitaux privés qui y seraient investis ou déposés » (Ahmet Zogu était alors ministre de l’intérieur et bientôt premier ministre et il souhaitait comme d’autres la modernisation du pays en particulier du point de vue financier). À la suite un groupe financier italien élargi à d’autres participants conclut avec le gouvernement albanais à Tirana le 15 mars 1925 une convention bancaire qui fut approuvée par le Parlement albanais et le groupe créa la Banque nationale d’Albanie à Rome, le 2 septembre 1925, dont la direction était à Tirana mais dont le siège du Conseil et du Comité d’administration serait à Rome. Cette banque devait consolider les finances de l’État albanais mais son encaisse métallique ne fut pas déposée en Albanie en raison de l’état d’insécurité qui y régnait. Cette encaisse fut déposée à Rome à l’Hôtel de la Monnaie (et une petite partie à la Banca d’Italia). Elle y resta toujours excepté une modeste quantité d’or déposée dans les succursales de la banque à Tirana et Durazzo.
Cet or ne provenait pas d’Albanie, pays en déficit chronique de balance commerciale de 1922 à 1938, mais les achats d’or furent effectués sur les marchés libres internationaux avec des devises fournies par l’Italie.
La réserve métallique de la banque augmenta jusqu’à atteindre au 31 décembre 1943 : 7 567 177,46 francs-or, dont 7 345 349,46 francs-or étaient à Rome et le reste, 221 828 francs-or, en Albanie (donc trois ans après le départ du roi Zog). La banque possédait un autre dépôt à l’Hôtel de la Monnaie à Rome. Il a été établi après rectification par une commission tripartite (USA, France, Royaume-Uni) avec le concours albanais que ceci correspondait à 2 338,7565 kg d’or, ce qui équivalait, à 0,5 mg près, à la vérification des caisses d’or pillées, selon le protocole signé à Berlin le 6 avril 1944.
Observons que la Banque nationale d’Albanie était une société par actions dont les actions appartenaient au 16 septembre 1943 à l’État italien pour 88,5 %, à une banque yougoslave pour 10 % et à des particuliers albanais pour 1,5 %.
Mais l’encaisse de la banque n’a cessé de figurer dans les actifs de ses comptes.
Le 16 septembre 1943 après l’armistice entre l’Italie et les Puissances alliées et associées, les Allemands s’emparèrent de 2 338,7565 kg d’or (en lingots à l’Hôtel de la Monnaie et à la Banque d’Italie à Rome, en pièces d’or à la Banque d’Italie, en pièces d’or au siège romain de la Banque nationale d’Albanie) sur l’ordre de l’Ambassade d’Allemagne à Rome ; cette saisie fut opérée par le major Herbert Kappler, à la tête d’une patrouille de SS, assisté de M. Joseph Oertmann, chancelier de l’ambassade. Ils en délivrèrent reçu. L’or chargé sur camion fut transporté à Berlin et déposé à la Reichsbank au nom du Ministère allemand des affaires étrangères et il y fut retrouvé par les Alliés après la capitulation allemande.
Un protocole confidentiel du 6 avril 1944 entre les gouvernements allemand et albanais convint d’y laisser l’or, au nom de la Direction centrale de la Banque nationale d’Albanie. Il fut constaté le même jour que l’or était identifié, placé dans des caisses numérotées, fermées, encerclées d’une bande d’acier et plombées du sceau de la Banque nationale d’Albanie. Le 13 janvier 1945 le Conseil national antifasciste de libération albanaise annula la convention du 15 mars 1925 et attribua à la Banque d’État albanaise l’actif et le passif de l’ex-Banque nationale d’Albanie.
La Commission tripartite fut saisie d’une réclamation albanaise sur ledit or.
La procédure et le détail de tout ce qui précède nous sont mieux connus par la publication en 2006 du volume XII du Recueil des sentences arbitrales des Nations Unies (en ligne : untreaty.un.org/cod/riaa/…/13-52-Or.pdf, ou Affaire relative à l’or de la Banque nationale d’Albanie – tophqbooks.com. Voir aussi notamment Cour Internationale de Justice, Recueil des arrêts… 1954, page 25 ; Revue Générale de Droit International public tome I.VIII. page 438, et les annexes : http://www.icj.cij. org/docket/files/…/11164.pdf).
En l’espèce l’avis arbitral fut prononcé à Bruxelles le 20 février 1953 par Georges Sauser-Hall, professeur de droit aux Universités de Genève et de Neuchâtel, selon l’accord arbitral du 25 avril 1951 entre les États-Unis, la France et le Royaume-Uni.

Le Royaume-Uni soutenait avoir droit au paiement de 843 917 livres que l’Albanie avait été condamnée à lui payer, par l’arrêt de la Cour Internationale de Justice du 9 avril 1949 en raison de la responsabilité encourue pour la mort et les blessures de membres de la marine britannique et pour la perte et le dommages de bâtiments de guerre dans le canal de Corfou, le 22 octobre 1946 du fait d’un champ de mines non signalé.
Ceci n’entrait pas dans les compétences de l’arbitre.
L’Italie se plaignait du décret albanais du 13 janvier 1945 de confiscation des avoirs de la Banque d’Albanie et de l’or monétaire, qui ne pouvait, selon elle, avoir d’effet extra-territorial.
L’avis arbitral, devenu la sentence, rappelle que le droit de butin de l’occupant de guerre est écarté depuis le XIXe siècle ; que l’or monétaire, en monnaie, en barres, en lingots, qui sert de couverture à la monnaie fiduciaire, doit être restitué à l’État spolié selon l’Acte de Paris du 14 janvier 1946 ; qu’en l’espèce il n’est pas contesté que l’or pillé formait la réserve métallique de la nouvelle devise albanaise, le franc albanais ; que l’Italie ne pouvait avoir des droits sur cet or, dont elle n’avait jamais d’ailleurs soutenu être propriétaire, même si elle était le principal actionnaire de la banque, et que sa demande de restitution ne trouvait pas appui dans l’Acte de Paris. Notons que l’avis arbitral constate que l’effondrement de la devise albanaise date de l’occupation italienne qui a entraîné une émission considérable de papier-monnaie albanais dont la couverture n’était plus assurée que par des lires italiennes, et que la situation a été aggravée par le pillage allemand.
Cependant l’or ne rentra pas de sitôt un Albanie et ce du fait des revendications anglaises susdites. Au cours des années Enver Hoxha, le dictateur albanais, n’avait pas manqué de dénoncer l’attitude de Londres qui ne se pressait pas pour lui restituer l’argent albanais officiellement du fait de sa créance maritime et bien sûr en l’état de l’isolement autoritaire albanais.
L’or retrouvé à Berlin avait en fait avait été saisi par le Royaume-Uni, la France et les États-Unis et était conservé à la Banque d’Angleterre et il y resta en 1946 après le refus albanais d’admettre sa responsabilité dans la mort des 44 marins britanniques dans le canal de Corfou et alors que les Américains se plaignaient aussi de spoliations subies par des citoyens américains pour des propriétés privées en Albanie.
Après la chute du régime communiste en 1991, les négociations sur l’or reprirent en 1992 et des relations diplomatiques purent être rétablies avec l’Angleterre en 1994. En 1995 un accord fut trouvé entre l’Albanie, les États-Unis et le Royaume-Uni selon lequel ces deux derniers pays conserveraient la moitié de l’or albanais en compensation. La France signa le 22 février 1996 à Tirana un accord autorisant la restitution de l’or albanais restant, selon ce qui avait été décidé par la Commission tripartite (décret portant publication du 8 août 1996, numéro 96-727), et l’or restant en lingots et pièces fut restitué à Tirana le mois suivant. Il représentait alors 1 574 kg soit 6,5 millions de livres (cf. independent.co.uk/world/pounds-65m-in-war-gold-returns-to-albania-49-years-1320490.html).
Observons que lors d’une rencontre alors secrète entre Staline et Hoxha à Moscou le 2 avril 1951 (http://www.revolutionarydemocracy.org/r ... eting2.htm), ce dernier disait que le gouvernement albanais avait en réserve 2 556 kg d’or et plus de
3 000 kg d’argent qui pourraient être envoyés à la Banque d’État de l’Union Soviétique dans l’intérêt du peuple et le camarade Staline le renvoyait à cet égard au camarade Mikoyan.
La somme d’or correspondait à peu près à celle alors conservée à Londres, mais peut-être était-elle différente et vraiment en possession d’Hoxha. En tout cas à ce moment-là l’État albanais n’était pas ruiné et n’accusait en rien le Roi Zog à cet égard.
Depuis plusieurs dizaines d’années il est périodiquement fait état, sans référence aucune, de ce que Zog aurait emporté l’encaisse monétaire albanaise, je dis bien l’encaisse monétaire albanaise.
Déjà en 1967, Joseph Valynseele dans Les prétendants aux trônes d’Europe (Paris) rappelait ces articles de presse qualifiés de balivernes et notait que l’encaisse n’avait jamais été à la portée du roi puisqu’elle était alors non seulement sous coffre, mais à Rome, en pays devenu ennemi !
La reine Géraldine l’avait souligné dans ses souvenirs (Ma vie de reine in France-Soir du 17 au 26 juin 1961).
Le roi certes avait fait placer dans les bagages de la reine fuyant le pays le Vendredi saint 1939 devant l’invasion italienne, avec l’enfant nouveau-né, les sœurs du roi et les leurs, deux valises de pièces d’or provenant de la vente récente du bois du domaine privé du roi, payé en louis par des firmes italiennes, ou, plus vraisemblablement par la vente des vastes domaines privés des Zogu dans le Mati
(cf. Joséphine Dedet, Géraldine, reine des Albanais, première édition, Criterion, Paris 1997). Ces valises furent placées avec d’autres bagages dans une des voitures du cortège. Cet or devait être vendu en Égypte à un cours très défavorable pour faire face aux frais de l’exil. On devait constater par la suite que jamais le roi et la reine ne vécurent dans le luxe au cours de leur long exil même si leur souhait était de conserver auprès d’eux, le plus longtemps possible, ceux qui les avaient servis et les avaient suivis. Ainsi le roi acheta-t-il en 1951 Knollwood Estate à Muttontown, État de New York, pour environ 102 800 $ US, domaine où finalement il ne s’installa pas et qu’il revendit).

Le roi Leka disait à peu près la même chose au sujet de l’or à Frédéric Mitterrand dans l’émission Du côté de chez Fred de février 1990 (rapportée par Stéphane Bern in Les couronnes de l’exil, Paris, Balland 1990) au sujet du trésor national.

EKAERGOS
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