Où en étions-nous restés ?


    Il y a dix ans, la Rivista Marittima publiait un supplément intitulé « I sette minuti di Punta Stilo ». Cette étude, basée pour la première fois sur une analyse critique des quelques documents alors disponibles, mettait en évidences les discordances historiques et logiques dans la documentation retraçant cette bataille mais aussi l’intérêt suscité par cet événement par les nombreuses lettres reçues par l’éditeur après la publication de ce travail, et les fréquentes citations dont il fit l’objet depuis lors dans diverses publications italiennes et étrangères.

    En effet, la bataille de Punta Stilo est une étrange bataille. Abstraction faite du « tir au pigeon » de Mers-el-Kebir du 3 juillet 1940, la rencontre entre la Mediterranean Fleet et les deux escadres de la Regia Marina à Punta Stilo, survenue 6 jours plus tard en mer ionienne, constitue la plus importante action navale en Méditerranée de la seconde guerre mondiale.

    Cependant, jusqu’à aujourd’hui, la seule documentation officielle anglaise disponible sur le sujet (connue par les Britannique sous le nom de action off Calabria) se réduit à dix pages rédigées le 29 janvier 1941 et publiées sur le London Gazette le 28 avril 1948.
    Malgré les évidentes contradictions existant entre ce rapport et les quelques autres documents d’origine anglo-saxonne rédigés par la suite, personne n’avait jugé utile de réaliser un travail plus poussé sur le sujet, jusqu’en 1998.
    Au cours des dix dernières années, une analyse approfondie des fonds rendus progressivement disponibles et une recherche conduite récemment en Grande Bretagne auprès du TNA de Kew Garden, dans le Surrey, ont permis de mettre la main sur deux autres relations officielles de la Royal Navy (toutes deux datées de 1942) relatives à cette bataille, qui se sont révélées bien plus riches que le rapport de 1948.
    Cette soudaine abondance de documents ne contribuait cependant pas à résoudre les questions qui se posaient jusqu’alors : bien au contraire, ces nouvelles sources ne faisait que soulever de nouveaux problèmes. Mais finalement, suite à un coups de chance, les rapports originaux des différentes unités britanniques ayant participé à l’action du 9 juillet 1940 émergèrent enfin des archives britanniques.
    Cette nouvelle découverte, comprenant notamment les nombreux messages échangés entre l’amirauté et la Mediterranean Fleet, permet aujourd’hui de fournir, pour la première fois, un cadre incomparablement plus riche, plus détaillé et enfin en accord avec le déroulement de cette journée et de l’ensemble de la complexe opération aéronavale dans laquelle fut impliquée la Royal Navy en Méditerranée centre-orientale entre le 7 et le 15 juillet 1940.

    Ces mêmes documents, une fois confrontés aux rapports officiels rédigés par les navires italiens en cette même occasion et aujourd’hui conservés dans les archives de l’Ufficio Storico della Marina Militare, permettent en outre d’enrichir considérablement la version des évènements «  vue de l’autre côté » disponible en Italie jusqu’à aujourd’hui (et essentiellement condensée dans le premier volume de Le azioni navali nel Mediterraneo, édité par l’Ufficio Storico della Marina Militare en 1959, plusieurs fois réédité au cours des décennies suivantes), ainsi que de corriger certaines erreurs, parfois considérables, dans le récit fait à Rome de cette journée controversée.
    Tout amateur d’histoire sait, naturellement, qu’il n’existe pas de recherches définitives. L’écrivain espère cependant qu’il sera difficile de pouvoir modifier ultérieurement le cadre d’ensemble de cette journée qui apparaît aujourd’hui de façon limpide dans ses contours et dans l’évaluation faite à l’époque par les deux opposants. 

    Dans le cade de ce dialogue continu et serein voué à la recherche de la connaissance qui caractérise l’âme même de la Rivista, je suis heureux de proposer aux lecteurs les nombreux et en parties insoupçonnés faits nouveaux à travers les pages qui suivent, accompagnés des reproductions des documents les plus intéressants qui sont sortis du silence des archives, 60 ans après.
    Je tiens enfin à remercier Guido Abate, Giorgio Apostolo, Erminio Bagnasco, Maurizio Brescia, Giancarlo Garello, Mrs Jean Hood, Enrico Leproni, Giovanni Massimello, Vincent P. O’Hara, Paolo Pagnottella, Michele Palermo et Ludovico Slongo pour leur précieuse collaboration.



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