Chapitre I : Le cadre de l'action


« The position of Italy may yet be doubtful ; it is possible that a neutral Italy might be more valuable to Germany as an avenue of supply, than Italy as an ally in arms. »

(Télégramme de Lord Halifax, ministre des affaires étrangères anglais, au Président américain Roosevelt, 29 septembre 1938, FDR Library, New York, PSF 46)



    Le 29 septembre 1937, le gouvernement conservateur anglais du nouveau premier ministre Neville Chamberlain se pencha sur l'éventualité de résoudre une fois pour toute, par le biais d'une rapide campagne navale, l'ennuyeux problème posé par l'Italie en Méditerranée et au Moyen Orient.
    L'amirauté britannique affirma à cette occasion et par la suite de pourvoir résoudre "single-handed" (avec une seule main) le problème posé par la "sugar cake navy" italienne, tout en déclarant redouté les conséquences stratégiques que pourrait avoir l'éventuelle perte d'un de ses précieux cuirassés, au point de proposer, en 1938 puis l'année suivante, l'hypothèse alternative d'un débarquement à Rhodes et Leros.
    Malgré la perplexité de la Royal Navy, le gouvernement britannique resta sur se positions, d'autant plus que la Mediterranean Fleet disposait, entre 1936 et 1939, d'une moyenne de 3 navires de ligne classe Queen Elizabeth, épaulés par les croiseurs de bataille Hood et Repulse et par un porte-avion léger de la classe Courageous, pour faire face aux deux seuls cuirassés italiens modernisés rentrés en service à l'automne 1937, le Cavour et le Cesare.

    La perspective d'un show down résolutif (knock-down blow) contre le fragile régime mussolinien fut relancée le23 janvier 1939 par le gouvernement anglais à l'occasion de colloques avec la marine française. Ce même mois, l'amirauté fut autorisée à rédiger d'urgence un projet de refonte du vieux cuirassé Iron Duke, de manière à pouvoir remédier dans un bref lapse de temps à d'éventuelles pertes.
L'imprévisible accélération, au-delà de toute prévision anglaise, de la crise de Dantzig, poussa les ministres britanniques à adopter une prudente politique du wait and see suite aux accords de non-agression germano-russes.
    Malgré tout, les projets en vue d'une campagne navale franco-britannique peu coûteuse en Méditerranée retournèrent sur le devant de la scène dès la mi-septembre 1939.  Les gouvernements alliés étaient en fait fermement convaincus que le régime de Mussolini pourrait survivre à tout excepté une défaite militaire, d'autant plus que selon "... un fort courant de pensée des stratèges britanniques... dans une guerre mondiale contre le nazisme, l'Italie comme ennemie constituerait pour nous un avantage. Dans cette longue et très vulnérable péninsule...", comme l'aurait rappelé plusieurs fois, avant et après la guerre, Churchill lui-même, l'Italie représentait, en pratique, l'unique front sur lequel les Alliés pouvaient "... obtenir des victoires d'importance capitale".
    Les projets de Londres, malgré les réserves avancées par Paris, se développèrent jusqu'à imaginer, avec une certaine dose d'optimisme, une sorte d'effet domino qui aurait amené, après la rapide victoire espérée en Méditerranée, à la fois à la chute de "Musso" et à celle de son équivalent allemand, en vue d'un effondrement interne du Reich sur le modèle qui en 1918, "sans cause apparente" (comme aimait le rappeler le général Sir John Dill, chef d'état major anglais), avait mis fin à l'empire du Keiser et à la Grande Guerre.


Réunion de l'amirauté anglaise à Londres. On peut reconnaître les amiraux Sir Alfred Dudley Pound, Tom Spencer Philips et Alexander R. Ransey, avec le premier ministre Winston Churchill en bout de table.


    Les mouvements en vue de la nouvelle campagne méditerranéenne débutèrent au début du mois de mars 1940 avec le rassemblement d'une imposante armada franco-britannique et culminèrent, dans la nuit du 9 au 10 mai 1940, avec la sortie de Mers-el-Kébir de la force de raid française, formée des modernes et rapides navires de ligne Dunkerque et Strasbourg en compagnie de trois croiseurs légers et de 10 gros contre-torpilleurs, dans le but de "rechercher la flotte italienne vers la Sardaigne". Le mouvement des unités françaises basées en Algérie devait précéder de 24h deux sorties analogues des quatre croiseurs lourds de la Marine Nationale basés à Toulon et de l'escadre d'Alexandrie, désormais forte de 7 navires de bataille anglais et français en compagnie d'un porte-avions, en vue d'une opération conjointe à déclencher au même moment, dans le nuit du 12 au 13 mai, contre les côtes italiennes de la Ligurie à la Sicile.
    Mais l'attaque allemande des Pays-Bas, de la Belgique et du Luxembourg, déclenchée dans la nuit du 9 au 10 mai 1940, incita le gouvernement français à rappeler au port ses forces navales après quelques heures de navigation. Ceci contraignit les Anglais à annuler à leur tour les mouvements de leurs unités majeures.

    Après que le gouvernement britannique ait fini par rejeter, le 27 mai 1940, malgré les hésitations initiales du nouveau premier ministre Winston Churchill (ayant succédé à Neville Chamberlain le 10 mai), les propositions avancées au cours de la dernière semaine par les Français concernant un compromis territorial avec les Italiens en vue d'une paix générale, la grande bataille navale de Méditerranée centrale tant attendue apparaissait alors imminente. La lettre envoyée par Churchill le 5 juin 1940 au commandant en chef de la Mediterranean Fleet en réponse à ses propositions du 23 mai de se limiter à un blocus à distance des îles italiennes de mer Egée (à moins de procéder, après avoir reçu des renforts, à une incursion en Méditerranée centrale) ne fit que confirmer ce sentiment.
    Pas même la nouvelle sortie en mer de l'escadre d'Alexandrie au grand complet prévue pour le 22 juin 1940 à 20 heures, dans le but d'effectuer un bombardement nocturne d'Augusta deux jours plus tard avec les cuirassés français, tandis qu'une flottille de contre-torpilleurs britanniques aurait tenté une incursion dans le détroit de Messine, n'eut l'occasion de se concrétiser. En effet, ce 22 juin, à 21h53, l'amirauté annula l'opération face à la nécessité d'empêcher la sortie en mer des unités françaises rattachées à la Mediterranean Fleet à cause de l'imminente entrée en vigueur de l'armistice entre les puissances de l'Axe et le gouvernement du maréchal Pétain.
    Ce fut seulement au soir du 7 juillet 1940, après avoir obtenu et exécuté, en l'espace de 4 jours, l'internement et le désarmement des unités françaises basées à Alexandrie, que la Mediterranean Fleet put finalement quitter son port d'attache dans le but d'effectuer, le 9 juillet, les opérations aéronavales prévues contre les côtes de l'Italie du Sud. Au retour, elle devait escorter deux convois entre Malte et l'Egypte prévus depuis longtemps, mais annulés suite à un engagement inattendu survenu l'après-midi du 28 juin au sud de cap Matapan entre la division de croiseurs de l'amiral Tovey et trois contre-torpilleurs italiens de la 2a squadriglia.
    Malgré l'affaiblissement de l'escadre du à l'absence des navires français, la perte de ces compagnons d'armes, d'après ce qu'il ressort des mémoires des différents protagonistes anglais de l'époque, était acceptée de bonne grâce par la devise "Grâce à Dieu, plus aucun allié". L'indisponibilité temporaire du cuirassé Ramillies pour cause d'avarie ne constituait même pas un motif de préoccupation. Comme l'a rappelé, en 1944, le commandant George Stett "... lorsque la Mediterranean Fleet au complet sortit de Gibraltar au soir du 7 juillet et que la nature de notre mission fut révélée, un sentiment de joie envahit chaque officier et matelot de l'escadre. Ils étaient tous convaincus de rentrer dans l'histoire dans les jours à venir."



L'amiral Andrew Cunningham, commandant la Mediterranean Fleet.

L'approche

    L'état major de la Regia Marina fut averti dès le 5 juillet par ses services d'informations d'une possible présence de la Mediterranean Fleet en Mer Ionienne dans les jours à venir, en vue d'une opération contre les côtes du sud de la péninsule.
    La Regia Marina, qui se préparait alors à assurer la sécurité d'un important convoi de 5 cargos vers Benghazi, transportant entre autres la totalité des 72 chars moyens M11/39 disponibles en Italie en vue de l'invasion de l'Egypte, jugea utile de se prémunir contre toute éventualité, en décidant  de l'envoi des deux escadres pour escorter le convoi à distance. Les navires de transport levèrent l'ancre le 6 juillet 1940, suivis un jour après des cuirassés Giulio Cesare et Conte di Cavour, accompagnés par 6 croiseurs lourds, 10 croiseurs légers et 29 contre-torpilleurs.

    Le 7 juillet, à 23h00, le sous-marin Beilul signala la sortie en mer de la Mediterranean Fleet, également aperçue peu après par quelques bombardiers se dirigeant sur Alexandrie. Etant donné que le rôle principal de l'escadre italienne, commandée par l'amiral Inigo Campioni, était d'assurer l'arrivée du convoi à sa destination, les directives de Supermarina émises avant que les unités majeures ne quittent Tarente et reportées dans la "Relation dur les opérations navales des 6, 7, 8 et 9 juillet 1940" (rédigée une semaine après les faits) préconisaient de "déployer nos forces dans une zone propice à assurer la rencontre avec l'ennemi dans l'après-midi du 9 juillet, couvrant la totalité des côtes ioniennes, y compris les objectifs probables des Anglais".

    Le lendemain matin, les relevés radiogoniométriques italiens mirent en évidence la position de l'escadre d'Alexandrie qui fut ensuite attaquée, à partir de 10h00 et jusqu'à 18h40, par un total de 72 bombardiers regroupés en petites formations de 4 à 5 appareils à la fois. Ceux-ci larguèrent 58,6 tonnes de bombes sans subir aucune perte bien qu'un S.79 ait été contraint d'atterrir en Crête suite à une avarie. L'appareil et son équipage y furent internés. Selon les résultats reportés après la guerre par le Royal Corps of Naval Constructor et par le Bureau of Ships de l'US Navy, les 433 bombes de 100 et 250 kg larguées avaient, pour les secondes, un rayon d'action maximum de 50 m pour les éclats, tandis que les effets contre les oeuvres vives d'un navires étaient nuls au-delà de 10 m. D'après une estimation faite le jour même par la Regia Aeronautica selon laquelle 10 ou 11 bombes seraient tombées "à proximité" de leur cible, y compris celle qui toucha un croiseur, il n'est pas étonnant que le "Summarised record of air attacks" compilé par le commandement de la Mediterranean Fleet avant la fin du mois de juillet 1940 et retrouvé aujourd'hui en Grande-Bretagne mette en évidence, à son tour, uniquement les dommages rencontrés durant cette action par le croiseur Gloucester. Il y est également signalé que les autres projectiles tombèrent à des distances comprises entre 60 et 200 yards (soit 55 et 183 mètres) sans provoquer aucun dégât. Ces mêmes informations avaient déjà été communiquées par Cunningham à l'amirauté dans son message du 9 juillet à 14h17, renvoyé le lendemain.


Le Conte di Cavour croisant à vive allure, probablement le 8 juillet 1940, à la veille de la bataille de Punta Stilo.
(crédits photo : Erminio Bagnasco)



    Campioni communiqua à son tour à Rome et aux divisions navales, avant de lever l'ancre, que "dans le cas de rencontre avec des forces ennemies, j'entends agir avec décision : si leur consistance le rendra nécessaire, je réunirais les groupes "Pola" et "Cesare", laissant la protection du convoi à l'escorte directe et éventuellement à la 7
a Divisione Navale".
    Connaissant la position de la flotte adverse, Campioni déclara à 15h00, le 8 juillet, qu' "aucune attaque au convoi ne serait plus possible désormais pour les unités anglaises avant que celui-ci n'atteigne Benghazi", et décida donc de se soustraire à la mission de protection du convoi pour tenter d'entrée en contact avec l'escadre ennemie au sud de la Crête au moins une heure avant le crépuscule. Supermarina jugea cependant que "la position des forces italiennes, du côté du soleil couchant, ne conseillait pas une rencontre au crépuscule à cause des conditions de lumière défavorables". En effet, ceci aurait été une réplique en substance de la célèbre erreur commise en 1914 par l'amiral anglais Craddock à Coronel, lorsqu'il offrit les silhouettes de ses unités, parfaitement détachées sous le soleil couchant, au tir des navires allemands déjà plongés dans l'obscurité. L'hypothèse d'une recherche nocturne des navires anglais par les contre-torpilleurs italiens fut aussi écartée, à cause, entre autre, de la faible autonomie résiduelle de ces unités. Supermarina préféra attendre le lendemain, misant sur les messages décryptés, et ordonna à 23h00 à ses navires de se trouver dans l' "après-midi du 9 juillet dans la zone à environ 80 miles au levant de la Sicile".


L'amiral Inigo Campioni, commandant l'escadre italienne à Punta Stilo.


    L'amiral Cunningham reçu à son tour le 8 juillet à 8h07 un message du sous-marin Phoenix signalant la présence en mer de deux navires de bataille italiens à 180 miles à l'Est de Malte. La confirmation, ce matin-là, de la part d'un Sunderland de la RAF, de la sortie des deux seuls cuirassés italiens alors en service poussa Cunningham à repousser le départ du convoi de Malte et l'opération aéronavale prévue contre les côtes siciliennes, et à diriger son escadre plus au Nord, au large de la Calabre, pour couper aux unités italiennes le chemin du retour vers Tarente.
    Le lendemain, entre 7h32 et 11h35, les navires italiens restèrent constamment sous la surveillance de quelques Sunderland, volant à basse altitude à une distance d'environ 16000 mètres de l'escadre, au-delà de la portée de l'armement anti-aérien. Entre 11h00 et 11h15, ils furent rejoints par un Swordfish du porte-avions Eagle, dont l'observateur déclara à son retour de ne pas avoir été capable de s'assurer de l'identité des cuirassés de la classe Cavour. A cause de leur silhouette, il aurait pu les confondre avec des croiseurs légers de la classe Duca degli Abruzzi.
    Cette situation, plutôt embarrassante pour les Italiens, fut résolue au moyen d'une solution improvisée en tirant quelques salves d'obus de 152 mm depuis les croiseurs de la VIIa Divisione, ce qui contraignit le quadrimoteur à s'éloigner et perdre ainsi le contact (l'emploi d'un hydravion Ro.43 fut écartée à cause de sa vitesse insuffisante).

    Les amiraux Campioni et Riccardo Paladini (commandant la IIa Squadra) restèrent de leur côté sans aucune indication. Bien qu'ils aient décidé de catapulter entre 12h15 et 13h00 six des douze Ro.43 à disposition (passant outre les instructions prévoyant de n'effectuer le catapultage qu'une fois que le contact est établi avec l'escadre adverse à cause du faible rayon d'action des hydravions), les premières nouvelles des forces adverses ne leurs parvinrent qu'à 13h22 lorsque furent aperçus 9 Swordfishs ayant décollé à partir de 11h45 du porte-avions Eagle, suite aux ordres reçus à 11h36. Ces appareils attaquèrent 4 minutes après les six croiseurs lourds du groupe Pola. Si la présence des biplans britanniques confirmait la proximité de l'escadre anglaise, elle ne permettait pas d'en déduire la position ni la route. L'attaque des avions-torpilleurs anglais, facilité par "le fait que tous les contre-torpilleurs se trouvaient déjà tous devant les croiseurs des IIIa et Ia Divisioni", n'obtint guère de résultat et trois appareils furent endommagés par le tir des unités italiennes.

    L'objectif  initial des Swordshifs était naturellement les cuirassés de Campioni, mais la perte de contact entre le Sunderland et la force de bataille italienne compromit l'action des torpilleurs, comme le rappelle Cunningham : "... la position (de l'ennemi) était imprécise étant donné que l'adversaire avait changé de route entre temps et que notre avion de reconnaissance avait perdu le contact".
    A 12h15, l'aviation de reconnaissance anglaise aperçue de nouveau les croiseurs italiens, tandis que les navires de ligne furent à nouveau observés à 13h40. Entre-temps, à 13h30, le Cesare reçu un premier message d'un Cant Z.501 de la Reconnaissance Maritime, signalant 2 cuirassés et 8 contre-torpilleurs anglais à 80 miles au nord-est de la flotte italienne.


Le cuirassé Warspite, navire amiral de la flotte anglaise à Punta Stilo.



    Jugeant que les Italiens avaient désormais eut le temps d'achever leur rassemblement et qu'ils se dirigeaient vers le nord en maintenant une position leur assurant trois voies de retraite éventuelle par rapport à la route de Tarente, Cunningham se dirigea vers l'ennemi à 14h00, en augmentant la vitesse du Warspite (plus rapide que les Malaya et Royal Sovereign) à 22 noeuds dans le but de l'employer "comme de croiseur de bataille" en appui des croiseurs se trouvant à un peu moins de 10 miles de distance.
    Ce même choix était dicté, à son tour, par la faiblesse de la force d'exploration britannique, réduite aux 4 croiseurs légers Orion (battant l'enseigne de l'amiral John Tovey), Liverpool, Neptune et Sydney se dirigeant vers l'ouest sans escorte de contre-torpilleurs, tandis que le Gloucester, suite aux dommages subis la veille, avait été assigné à la protection de l'Eagle, relégué en compagnie des contre-torpilleurs Voyage et Vampire à 10 miles à l'est du Warspite.
    En vérité, Cunningham n'avait pas été très satisfait par l'action de Tovey à l'occasion de la précédente rencontre du 28 juin 1940. Au-delà du fait que les deux autres contre-torpilleurs italiens n'aient pas été coulés, que le Liverpool ait subi des dégâts et qu'il régnait une certaine confusion lors de l'action, le commandant en chef de la Mediterranean Fleet avait déploré l'importante consommation d'obus de 152 mm (plus de 5000 coups en 1h45 de feu, c'est à dire 300 tonnes de munitions pour couler un navire de 1000 tonnes). En conséquence, les croiseurs britanniques se retrouvèrent avec une réserve de 100 coups par pièce (au lieu des 200 réglementaires) pour cette nouvelle sortie. Cependant, pour Cunningham, le problème n'était pas particulièrement grave car cette fois les croiseurs allaient devoir ouvrir le feu à des distances bien inférieures aux 20.000 mètres (réduits à la fin à 6000 m) de l'action du 28 juin.
    Particulièrement tenace, Cunningham avait déjà demandé à l'amirauté, avant la sortie en mer du 7 juillet, un amiral plus agressif pour commander ses croiseurs, sollicitant et obtenant la nomination de Sir Lancelot Holland. Ce dernier, selon ce qui fut communiqué à Alexandrie avant le départ de l'escadre pour la Méditerranée centrale, aurait dû arriver dès que possible à bord du croiseur Manchester, destiné depuis le printemps à Alexandrie, mais retenu en Angleterre à cause du prolongement de la campagne de Norvège.
    Le fait de diviser le noyau de ses navires de batailles avait déjà été conçu par le commandant supérieur en mer anglais dès le départ d'Alexandrie et transmis, via radio, à l'amirauté. La communication, partiellement décryptée, fut ensuite transmise à Campioni avant le départ de Tarente, confirmée le 8 juillet à 1h50 et renvoyée par le service de déchiffrage de la marine allemande à 15h40 ce même jour. En conséquence, Campioni ordonna le 9 juillet à 13h53 de marcher à 25 noeuds (la vitesse maximale de ses cuirassés sur de longues distances) en direction de l'ennemi dans le but de "s'engager contre les groupes de cuirassés alors qu'ils sont encore séparés, d'après les informations en notre possession". Campioni pensait que "l'amiral anglais, disposant de la supériorité en navires de ligne, avait probablement en tête l'idée d'attaquer nos navires dans des conditions de nette supériorité en leur coupant, si possible, la route de Tarente".

    Tandis que les autres divisions accostaient de 180°, le groupe Pola, pour ne pas trop ralentir, accosta unité par unité, se trouvant ainsi sur le nouveau cap en ordre inverse, avec le Bolzano en tête et le Pola, navire amiral de Paladini, en serre-file.
    Entre 14h13 et 14h25, les IVa, VIIa et VIIIa divisioni catapultèrent six Ro.43. Celui du Da Barbiano (avec à son bord le sottotenente di vascello Dante Morrone comme observateur et le sergente maggiore Biondi comme pilote) aperçu et signala, à 14h35, l'escadre adverse à environ 30 miles de distance.


    Selon les versions anglais les plus courantes, toutes basées sur la relation datée de 1941 et publiée 7 ans plus tard, rappelée dans l'introduction, le Neptune aurait transmis à 14h52 le repérage de deux navires ennemis au relèvement 238° tandis que l'Orion aurait fait de même à 15h00, signalant la présence de quatre croiseurs italiens accompagnés de trois contre-torpilleurs à une distance de plus de 30.000 mètres. La VIIIa divisione italienne, en revanche, accompagnée des contre-torpilleurs de la 9a squadriglia, aurait transmis à 15h05 le signal de repérage de l'ennemi à plus de 30.000 mètres, communiquant par la suite à 15h11 que le groupe ennemi de tête était formé d'un croiseur classe Southampton, de deux Leander et d'un Galatea. A 15h18 enfin, la 9a squadriglia repéra "des unités de type inconnu" derrière les croiseurs adverses, reconnus peu de temps après comme les navires de lignes anglais.
    Les rapports de mission des croiseurs anglais et du Warspite mettent toutefois en évidence qu'après avoir transmis, à 14h46, l'observation de fumée blanche, le Neptune communiqua seulement à 15h08 "by emergency W/T" le "first Battle Fleet report from surface craft" signalant deux navires de bataille, au relèvement 250°, à 15 miles, qui se révélèrent par la suite être deux croiseurs de la classe Garibaldi.

    Cunningham écrivit dans son autobiographie, publiée dans les années 1950, d'avoir marché à 24,5 noeuds avec son navire amiral (cad en avant toute) vers l'ennemi pour soutenir ses croiseurs. Cependant, sa mémoire devait l'abuser le "Navigational record" de ce navire pointe, au contraire, une réduction progressive de vitesse (de 22 à 20 noeuds à 14h40, puis 18 à 14h54 et 17 à 15h06) dans le but, comme le souligne le rapport du contre-torpilleur Nubian, escortant alors les cuirassés, de permettre au Malaya de rejoindre le navire amiral.
    De plus, à 14h58, le Warspite signala au commandement de la division de croiseurs dans un message explicite : "Je ne veux pas trop m'éloigner des deux navires de bataille", suivi, à 15h06, d'un autre : "Ne me devancer pas trop. Je cherche à me réunir au noyau de la force de bataille. L'aviation ne sera pas prête avant 15h30".


Des unités de la VIIa divisione navale (Aosta, Attendolo et Montecuccoli) marchant à leur vitesse maximale pour rejoindre le gros de la formation italienne, entre 15h15 et 15h45, le 9 juillet 1940.


    Le changement d'avis de Cunningham à l'approche de l'action était tout à fait légitime, car l'idée de continuer seul violait tous les grands principes mahaniens de concentration des forces. Cunningham le confirma à 15h15 par un message dans lequel il ordonnait à l'amiral Henry Pridham-Wippel, vice-commandant de la Mediterranean Fleet, de le rejoindre avec le Malaya, le Royal Sovereign et les contre-torpilleurs d'escorte, qui se trouvait à environ 10 miles derrière le Warspite.


    Cet après-midi là, le vent, de force 5, souffla tout d'abord du nord-ouest, jusqu'à tourner à l'ouest pour finalement se retrouver au nord-ouest. La visibilité était comprise entre 15 et 20 miles et le ciel était clair, avec seulement 2/10 de couverture.

    A 15h16, le Neptune, qui marchait alors avec le reste de sa division à 25 noeuds, communiqua avoir repéré deux croiseurs en position d'avant-garde précédant deux cuirassés et deux autres croiseurs. A peine cinq minutes plus tard, les deux croiseurs italiens de tête tirèrent la première salve d'obus explosifs de 152 mm
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