Obice da 75/18



Obusier de 75/18 mod.34 conservé au Monumento Caduti Divisione Alpina Cuneense, au Colle di Nava, à Imperia, Ligurie.
(crédits photo : Giuseppe Calò)


    L'obusier de 75/18 mod.34 fut la toute première pièce de campagne à déformation de réalisation entièrement italienne. Son origine remonte au programme de modernisation de 1929, lancé par le général Giuria, inspecteur de l'arme d'artillerie, qui prévoyait la réalisation d'une pièce de 75mm moderne, adaptée à l'utilisation en montagne, pour remplacer partiellement les matériels de 75/27 et 75/13 alors en ligne. Cette nouvelle arme devait avoir une grande mobilité, sur tout type de terrain, posséder des secteurs de tir importants et adopter une trajectoire de tir en cloche pour atteindre des cibles protégées par un relief accidenté. La priorité n'était donc pas donnée à la portée de la pièce, mais à son poids. Bien que la Grande Guerre ait démontré les limites des obus de 75mm contre les ouvrages fortifiés de campagne, ce calibre fut retenu pour le nouvel obusier en raison du large stock de munitions de 75 hérité de la dernière guerre.

    En 1932, Ansaldo présenta son projet d'obusier de 75mm, à flèche unique, pesant 696 kg et capable de tirer à une distance de 9,7 km avec une course de 6° et une hausse de 80°. Après de longs essais, ce projet fut abandonné en 1933 au profit de celui du lieutenant-colonel Bergese de la DSSTAM, baptisé obice da 75/18 mod.32. Suite aux tests concluant menés sur le prototype, 4 nouvelles pièces furent commandées pour constituer une batterie expérimentale. Adopté officiellement en 1934, l'obusier de 75/18 fut mis en production 2 ans plus tard auprès des firmes AREP, AREN et OTO. L'usine Ansaldo de Pozzuoli fut également impliquée dans la construction de ces pièces, avec 200 exemplaires commandés en mars 1941.
    Le 75/18 mod.34 était une arme ingénieuse et de bonne facture, mais conçue selon des spécifications désuètes et des critères d'utilisation remontant à la première guerre. La puissance de feu et la portée avaient été sacrifiées au bénéfice de la mobilité et de la légèreté de la pièce pour son emploi en montagne.


Caractéristiques techniques (75/18 mod.34)
Longueur de la bouche de feu : 1,557 m
Poids total en batterie : 780 Kg
Secteur de tir vertical : de -10° à +65°
Secteur de tir horizontal : 48°
Cadence de tir : 6-8 coups/minute
Vitesse initiale du projectile : 425 m/s
Portée : 9,5 Km


    Les bons résultats obtenus avec la batterie expérimentale mod.34 conduisirent à l'étude d'un nouvel affût pour les divisions de cavalerie et motorisées, équipé de la même bouche de feu. Cet affût devait autoriser la traction animale à vive allure par le biais d'un avant-train, la traction mécanisée directe en tout terrain et une adaptation rapide à la traction en montagne, soit par des chevaux soit par un tracteur chenillé. Le premier prototype de cette nouvelle pièce, baptisée obice da 75/18 mod.35, conçue par la DSSTAM, se distinguait du modèle 34 par des roues de grand diamètre (1,3 m) cintrées de pneus pleins, à suspension élastique à barres de torsion, des flèches repliables pour réduire la longueur de l'affût lors de la traction et une longueur d'essieu variable. Après la série de tests passée par le prototype à l'AREP, 4 nouvelles pièces de présérie furent construites en 1936 par OTO pour poursuivre les évaluations opérationnelles.

    L'obice da 75/18 mod.35 était certes une arme versatile, capable de s'adapter à toutes les conditions d'utilisation, mais souffrait des mêmes faiblesses que le mod.34 pour la puissance de feu et la portée. Pour le même poids en batterie, le 75/18 mod.35 avait une portée et des secteurs de tir inférieurs à ceux du canon de 75/27 mod.11. La perplexité suscitée par les prestations de cette arme, par rapport aux pièces de campagne des autres armées européennes, entraîna de longs délais avant la mise en production. Ce n'est qu'en décembre 1938 que l'usine Ansaldo de Pozzuoli et OTO reçurent la première commande, portant sur 66 pièces et 10 tubes de réserve seulement. En mars 1941, 120 pièces supplémentaires seront rajoutées. En juillet 1941, les commandes de pièces de 75/18 mod.34 furent remplacées par les mod.35, mais seuls 120 exemplaires purent être convertis du modèle 34 au 35, et furent baptisés obice da 75/18 mod.34-42.

    Durant les 30 premiers mois de guerre, la firme OTO produisit 300 obusiers de 75/18 mod.35, en plus des 236 bouches de feu destinées aux semoventi M40 et M41. Les premières pièces ne furent livrées au Regio Esercito qu'à partir de la fin de l'année 1941. Bien que dépassé devant les modèles russes de 76mm mod.39, 41 et 42, l'obusier de 75/18 mod.35 restera en production après l'armistice de 1943.


Vue de profil d'un obusier de 75/18 mod.34. Profil couleur d'un obusier de 75/18 mod.35. Les fléches de l'obusier de 75/18 mod.34 lui permettait de se stabiliser sur un terrain accidenté. Obusier de 75/18 mod.34 lors d'une présentation d'armements.
Prototype du 75/18 mod.35 présenté à une délégation d'officiers étrangers. Frein de bouche d'un obusier de 75/18 mod.35.
(crédits photo : Archivio Ansaldo)
Exemplaire de présérie de l'obusier de 75/18 mod.35 doté de roues en elektron. Obice da 75/18 mod.34-42 conservé à la caserne Osoppo d'Udine.


    Le baptême du feu des obusiers de 75/18 eut lieu en Espagne, durant la Guerre Civile, où furent envoyées deux pièces à titre expérimental. En octobre 1939, 114 obusiers de 75/18 mod.34 étaient disponibles, en plus de la batterie expérimentale mod.35. Le modèle 34 fut employé en nombre durant les opérations contre la Grèce et la Yougoslavie, où étaient déployées 96 pièces en mars 1941. Quant au modèle 35, il servit surtout en Russie en 1942-43 au sein des divisions Ravenna, Sforzesca et Cosseria, en Tunisie avec la Superga et en Sicile avec les divisions Napoli, Livorno et Aosta. Pour la défense côtière de l'île, quelques pièces de 75/18 mod.34 furent également utilisées.
    Durant la guerre, le nombre de groupes d'artillerie divisionnaire équipés du 75/18 passa de 9 en août 1941 à 19 en juin 1943, sans compter les 4 groupes alors en cours de transformation.

    Après l'armistice, 2 groupes de 75/18 de la division Friuli participèrent à la libération de la Corse, tandis que 2 autres groupes du 11° Régiment d'artillerie motorisée Mantova entrèrent en action à Montelungo en décembre 1943, aux côtés des Américains. Les obusiers de 75/18 mod.34 réutilisés par les Allemands furent rebaptisés 7.5 cm GebH-254 (i) et les mod.35 désignés 7.5 cm FH-255 (i).
    Les forces armées de la RSI utilisèrent également l'obusier de 75/18 : il équipait certains groupes du 4° Reggimento Artiglieria de la division Italia et une batterie du I° Gruppo Artiglieria Gran Sasso du 2° Reggimento Artiglieria Littorio de la division du même nom


Obusier de 75/18 mod.34 tracté par un OCI 708CM lors d'une parade. Section d'obusiers de 75/18 mod.35 en batterie.
Obusier de 75/18 mod.34 servi par des Alpini. Mise en place d'un 75/18 mod.34 sur le front yougoslave par des Alpini.


Caractéristiques techniques (75/18 mod.35)
Longueur de la bouche de feu : 1,557 m
Poids total en batterie : 1065 Kg
Secteur de tir vertical : de -10° à +45°
Secteur de tir horizontal : 50°
Cadence de tir : 6-8 coups/minute
Vitesse initiale du projectile : 425 m/s
Portée : 9,5 Km



Obice da 75/18 mod.34-42 au Sacrario dei Caduti d’Oltremare de Bari, dans les Pouilles.
(crédits photo : Giuseppe Calò)


Bibliographie :
-  Le artiglierie del Regio Esercito nella Seconda Guerra Mondiale, Filippo Cappellano, Storia Militare, 1998
- Le forze armate della RSI 1943-45, Carlo Cucut, GMT, 2005


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