cannone da 90/53



Cannone da 90/53 mod.41 de la Batteria Galeazzo Sommi Picenardi à Piombino, en Toscane, en face de l'île d'Elbe.
(crédits photo : Giuseppe Calò)


    C'est en 1938 que l'Esercito décida de se doter d'un canon anti-aérien plus puissant que le 75/46, capable d'atteindre les bombardiers volant à des altitudes supérieures à 10000 mètres. Dans le même temps, la société Ansaldo étudiait un canon de 90mm pour la marine, qui  intéressa la DSSTAM (Direzione Superiore Servizio Tecnico Armi e Munizioni). Celle-ci demanda donc à Ansaldo de développer une version "terrestre" de ce canon en avril 1939. Deux batteries expérimentales furent commandées, l'une de position et l'autre de campagne, sur 4 canons chacune. La première pièce de position fut terminée en janvier 1940, et les tests furent menés en avril à Nettunia. Leurs résultats positifs entraînèrent la production en série du canon de 90, tant dans sa version maritime (90/50) que terrestre (90/53), l'Esercito et la Marina ne parvenant pas à tomber d'accord sur une pièce répondant aux exigences des deux forces armées. Malgré cela, la Marina et la MILMART utilisèrent des pièces de 90/53 pour la défense des côtes et des installations portuaires, tandis que des pièces de 90/50 furent utilisées à terre après l'armistice.

    Au 31 décembre 1940, Ansaldo avait produit 41 canons de 90/53 mod.39 de position, en plus des deux batteries expérimentales. La firme OTO fut également impliquée dans la production de cette arme, avec 30 pièces produites en décembre 1942. De nombreuses entreprises sous-traitaient pour Ansaldo, notamment Officine Reggiane, Comerio, Officine di Gorizia, CRDA... pour la production des affûts. Les entreprises Galileo et San Giorgio, chargées du développement et de la production des centrales de tir, accumulèrent les retards. Quand à la plate-forme de tir mobile, l'exemplaire construit par Motomeccanica à Milan suivant les directives de la DSSTAM ne répondit pas parfaitement aux exigences. Les firmes Ansaldo et Officine Reggiane présentèrent aussi leurs propres projets à la commission permanente pour le matériel anti-aérien, qui furent testés en novembre-décembre 1940 avec celui de Motomeccanica. C'est la plate-forme Ansaldo qui fut sélectionnée, et une commande de 110 exemplaires fut passée par l'AREN à Motomeccanica pour la production sous licence fin juin 1941. Les 12 premières plates-formes mobiles pour le canon de 90/53 mod.41C furent livrées à l'Esercito fin 1942 seulement.


Cannone da 90/53 mod.39 sur affût de position.
(crédits photo : F. Cappellano)
Une autre pièce de position à Nettunia, lors des tests d'avril 1940.
(crédits photo : AUSSME)
Plate-forme de campagne expérimentale pour cannone da 90/53.
(crédits photo : AUSSME)
Profil du cannone da 90/53 autocampale. Pièce de 90/53 tractée par un TM40, dans les années 1950. Canons de 90/53 de la MILMART employés dans le rôle anti-aérien et anti-navire.


    En attendant l'arrivée des plates-formes mobiles, les autorités militaires décidèrent de monter des canons de 90/53 sur des camions lourd Lancia 3Ro et Breda 51 coloniale afin d'assurer la protection anti-aérienne des divisions blindées. Le prototype de l'autocannone Lancia fut testé en février 1941, et sa production débuta la même année. L'usine Ansaldo de Gênes en livra 30 exemplaires cette année-là, ainsi que dix de l'autocannone Breda et 299 canons de 90/53 mod.41P de position. En avril 1942, on dénombrait 30 canons de 90/53 et 50 autocannoni en service dans l'Esercito, en plus des 240 pièces de la défense aérienne territoriale. Les incursions aériennes alliées sur l'Italie firent augmenter la cadence de production du 90/53, au point de dépasser celle de toutes les autres pièces d'artillerie, excepté le canon de 47/32. Fin 1942, Ansaldo (à Gênes et Pozzuoli) avait produit 104 pièces de campagne, 517 de positions et 129 autocannoni. 216 autres canons de 90/53 seront construits durant les 6 premiers mois de l'année 1943.



Prototype de l'autocannone da 90/53 sur châssis Lancia 3Ro dans les usines Ansaldo en mars 1941.


    Le canon de 90/53 était non seulement une remarquable arme anti-aérienne, mais faisait également une arme antichars d'une redoutable efficacité, supérieure au canon allemand de 88mm. De nombreux projets virent d'ailleurs le jour pour adapter le canon de 90/53 dans le rôle antichar, comme le Semovente da 90/53 M41, utilisé en Sicile, l'autocannone Breda 501 de 1943, ou encore l'autocannone sur le châssis du SPA41. Ce canon aurait aussi dû être installé sur le semi-chenillé Breda 61, et une version raccourcie (90/42) devait armer la tourelle du char lourd P43.

    Deux centrales de tir furent utilisées avec le canon de 90/53 : la centrale Gamma-Juhasz mod.40 hongroise à partir de 1941 et la BGS (Borletti - Galileo - San Giorgio), de conception et production italienne. Cette dernière, qui existait en version de campagne (montée sur une remorque Viberti) et de position, pouvait suivre des appareils volant entre 1200 et 12000 mètres d'altitude à une vitesse maximale de 720km/h, vitesse qui dépassait celle de la plupart des avions de l'époque. De plus, un système d'asservissement Calzoni-Galileo permettait de pointer le canon sur l'objectif sans l'intervention des servants. Cependant, le nombre de ces centrales était bien loin de satisfaire aux nécessités : en juillet 1943, seules 23 batteries de 90/53 sur les 121 que comptait la DICAT étaient équipées de centrales BGS. Nombres de batteries de 90/53 devaient donc se contenter d'effectuer des tirs de barrage, ce qui réduisait grandement leur efficacité. Le manque de projecteurs et d'une bonne couverture radar réduisait encore les possibilités d'emploi du canon de nuit. De plus, la majeure partie des munitions de 90/53 utilisaient des fusées à retard mod.36 et 36R dont la vitesse initiale était de 710 m/s, alors que les fusées Borletti mod.41 permettait de projeter l'obus à 850 m/s.


Vues de profil, de dessus, de face et arrière d'un autocannone da 90/53. Un autocannone da 90/53 dans le désert nord-africain, début 1942.
(crédits photo : F. Cappellano)
Un autre autocannone sur Lancia 3Ro. On peut remarquer que la partie supérieure du bouclier a été retirée.
(crédits photo : AUSSME)
Le chargeur s'apprête à introduire l'obus dans la culasse tandis que les deux pointeurs orientent la pièce vers l'objectif.
(crédits photo : F. Cappellano)
Deux autocannoni d'une batterie du 133° Rgt. Art. de la Littorio en Afrique du Nord, début 1942. Ils appartiennent à la première série livrée.  Sur la photo de gauche, la pièce est mise en batterie, alors qu'à droite, l'autocannone est pris durant son transfert d'une position à une autre.


    Les pièces de 90/53 de position et sur affût mobile furent principalement employées dans la défense anti-aérienne et côtière de la péninsule italienne, tandis que les autocannoni opérèrent en Afrique du Nord, en Sicile et dans le sud de la France. L'autocannone sur châssis Lancia 3Ro fut principalement utilisé en Libye et en Tunisie. Le IV° Gruppo autocannoni (sur deux batteries, pour un total de 8 pièces) fut rattaché au 133° Reggimento Artiglieria de la division blindée Littorio le 25 octobre 1941. Avec l'unité de vivres et munitions et les deux batteries de 20 mm déjà sur place, il constitua le IV° Gruppo Misto. Deux autres groupes mixtes à la composition équivalente furent formés pour les divisions Centauro et Ariete. Le 14 mai 1942, ces groupes se virent attribués une nouvelle numérotation : celui de l'Ariete devint le DI° Gruppo, celui de la Centauro le DII° et celui de la Littorio le DIII°. Au total, on comptait donc 24 autocannoni da 90/53 en Afrique du Nord, plus les pièces de réserve.

    Suite à l'armistice, quelques canons de 90/53 du 135° Reggimento d'artiglieria de la division blindée Ariete II furent utilisés contre les Allemands lors de la défense de Rome. Durant l'occupation allemande, Ansaldo produisit 145 canons de 90/53 de positions et 68 de campagne. En décembre 1944, l'armée allemande disposait de 315 pièces de 9.0cm FlaK-41(i) toutes versions confondues. Au sud, les canons capturés par les Alliés furent affectés à l'Italy Air Defense Area en 1944.
L'AR.CO. de l'ANR était aussi équipée principalement du canon de 90/53, assisté des centrales Gamma et BGS, de radars allemands Wurzburg et de télémètres Galileo et San Giorgio. Tous les gruppi de l'AR.CO. comptaient des batteries de 90/53 (de 4 canons chacune), et notamment : 4 pour le II° Gruppo Frattini, 4 pour le III° Gruppo Gambassani, 4 pour le IV° Gruppo Cavalli et 6 pour le VI° Gruppo Paganuzzi.


Pièce de 90/53 de l'AR.CO. en batterie. Remarquez les cache-oreilles des servants pour les protéger du bruit. Le colonel Baylon, chef d'état-major de l'ANR, visite une batterie de 90/53 près de Vérone, créditée de deux victoires (comme le montrent les cercles blancs peints sur le tube).
Des servants rechargent cette pièce de 90/53. Une baterie complète de l'AR.CO. dans la vallée de l'Adige.


    Durant l'après-guerre, les canons de 90/53 mod.41C et P restèrent en service dans l'Esercito et la Marina jusque dans les années 1960. La version DAT (Difesa Aerea Territoriale) était dotée d'un frein de bouche et d'un système de chargement automatique. En 1990, durant la guerre de Yougoslavie, des pièces de 90/53 de la défense côtière croate intervinrent contre la marine serbe.


Caractéristiques techniques
Longueur de la bouche de feu : 5,039 m
Poids total en batterie : 6240 Kg (version autocampale)
Secteur de tir vertical : de -2° à +85°
Secteur de tir horizontal : 360°
Cadence de tir : 20 coups/minute
Vitesse initiale du projectile : 850 m/s
Portée : 17,4 Km
Plafond en tir sol/air : 12 Km
Pénétration : 100 mm à 500 m avec un angle d'impact de 90°


Cannon de 90/53 de campagne conservé au Gottard Park, à Novare, dans le Piémont.
(crédits photo : Giuseppe Calò)
Un autre exemplaire conservé au fort de Barra, à Ornavasso, dans le Piémont.
(crédits photo : Giuseppe Calò)
Pièce de position au Sacrario Caduti d’Oltremare de Bari.
(crédits photo : Giuseppe Calò)


Bibliographie :
-  Le artiglierie del Regio Esercito nella Seconda Guerra Mondiale, Filippo Cappellano, Storia Militare, 1998
- Le forze armate della RSI 1943-45, Carlo Cucut, GMT, 2005
- L'Aeronautica Nazionale Repubblicana, Nino Arena, Ermanno Albertelli Editore, 1995
- Autocannoni su Lancia 3Ro, Filippo Cappellano et Claudio Pergher, Notiziario Modellistico GMT 1/98

Pour reproduire cette pièce d'artillerie :

Echelle Fabricant Référence et désignation
1/72 MarS 7271 Lancia 3Ro + Ansaldo 90/53
1/35 CRI.EL Model R019 Italian Royal Army (R.E.) 90/53 Cannon Flak 41 (i) 9 cm
1/35 CRI.EL Model R040 90/53 Self-propelled gun on Lancia 3/RO heavy truck


Retour au
photoscope Regio Esercito