Cannone da 65/17




Exercices de tir sur canon de 65/17 durant les années 1930.


    Le canon de 65A à déformation fut mis à l'étude à partir de 1902, mais les difficultés rencontrées retardèrent l'adoption du matériel de l'ARET (Arsenale Regio Esercito Torino) jusqu'en 1910. La première commande fut passée en 1911 pour 12 batteries, et les unités commencèrent à recevoir la pièce de 65A en 1913. C'était un matériel moderne pour l'époque, et la première pièce d'artillerie à déformation de l'Esercito conçue et produite exclusivement en Italie. En mai 1915, l'artillerie de montagne disposait de 14 groupes équipés de 65A, avec 212 pièces disponibles à la veille de la Grande Guerre. Le 65A resta en production jusqu'à la fin du conflit. Il était apprécié pour sa précision, sa robustesse et sa fiabilité. Cependant, sa hausse maximale de 20° seulement constituait un sérieux handicape dans les zones montagneuses, et obligeait les servants à rehausser les roues sur des mottes de terre. Dans cette position, le 65A servit aussi comme arme antiaérienne.


Le prototype du 65/17 lors des essais de tir en 1910. Canon de 65A durant la Grande Guerre. Canon de 65/17 en position antiaérienne durant la Grande Guerre.
(crédits photo : AUSSME)


    En 1920, le canon de 65A fut substitué par l'obusier de 75/13 au sein de l'artillerie de montagne, mais resta en service dans les groupes d'artillerie de campagne le temps que l'ARET ait effectué les révisions nécessaires sur les pièces Skoda, qui devaient aussi équiper également ces unités. Quelques batteries de 65A prirent part aux opérations pour la reconquête de la Libye, parfois transportées dans des camions Fiat 15ter. C'est à l'occasion de cette campagne que furent mises en évidence les difficultés de l'emploi de ce canon dans le désert, à cause de l'infiltration du sable dans les suspensions et le manque de stabilité lors du tir, car le système d'ancrage n'avait pas suffisamment de prise dans le sable.
    En 1926, le canon de 65A fut officiellement rebaptisé canon de 65/17, et assigné aux régiments d'infanterie, à raison d'une section de 3 pièces par régiment. Il se substituait ainsi au canon de 37F, à la puissance de feu insuffisante. Pour l'adapter à la traction animale puis mécanique, plusieurs solutions furent envisagées. En 1939, le remplacement des roues en bois par de nouvelles roues en elektron cerclées de pneus pleins fut retenu. En 1934, l'Esercito décida de doter d'une quatrième pièce la section affectée aux régiments d'infanterie.






Gros plan sur la bouche de feu du 65/17. Canon de 65/17 avec son bouclier de protection. Canons de 65/17 hippomobiles dotés d'avant-train lors d'une parade à Rome. Pièce de 65/17 dotée de roues en elektron pour la traction mécanisée.
(crédits photo : AUSSME)


    En 1936, le canon de 65/17 fut largement utilisé en Ethiopie. Il équipa entre autres les groupes d'artillerie des divisions de chemises noires, coloniales et alpines, ainsi que les batteries d'accompagnement de l'infanterie. En Espagne, 343 pièces participèrent à la guerre civile, tant auprès des troupes italiennes que nationalistes. Les 38 premiers canons de 65/17 à destination de la péninsule ibérique partirent de la Spezia le 23 septembre 1936, à bord du Città di Bengasi. Les canons de 65/17 du CTV opérèrent souvent comme armes antichars, avec des résultats satisfaisants, comme en témoigna le général Bitossi, commandant de la division Littorio.

    A partir de 1935, le 65/17 fut peu à peu remplacé par le canon de 47/32 comme arme de soutient d'infanterie. Les 65/17 furent alors en partie réaffectés aux unités de la GAF et de la Milice, et parfois installés dans des ouvrages fortifiés, servant alors d'artillerie de position. A la veille de la seconde guerre mondiale, l'AREN fut chargé de la construction de 249 nouvelles bouches de feu de 65/17, pour remplacer celles qui avaient été usées ou perdues durant les campagnes d'Espagne et d'Ethiopie. Ainsi, en avril 1940, on dénombrait 719 pièces de 65/17 avec une dotation totale de 1542000 munitions. Durant la première année de guerre, le manque d'obus perforants antichars se fit cruellement ressentir : seulement 93600 de ces munitions étaient disponibles au 1er septembre 1940.

    Durant la guerre, le canon de 65/17 combattit sur tous les fronts. Il se révéla supérieur au 47/32 dans le rôle antichar grâce à la plus grande puissance de ses munitions EP et perforantes. Les obus EP (effeto pronto) furent distribués à partir du printemps 1942, en priorité à la 8ème Armée en Russie et sur le front nord-africain. En Afrique du Nord, le 65/17 fut souvent transporté sur des Fiat 634. En 1941, l'atelier du 12° Autoraggrupamento installa 28 de ces canons sur des camionnettes anglaises Morris CS6 capturées en Afrique du Nord. Ces autocannoni servirent dans les batterie volanti. En AOI, certaines batteries coloniales et libyennes étaient encore tractées par des chameaux. Le 60° Reggimento d'artiglieria de la division Granatieri di Savoia, déployée en Ethiopie, disposait de 2 groupes de 65/17. 
    Le 3° groupe du 158° Reggimento artiglieria de la division d'infanterie Zara fut initialement doté de canons de 65/17, remplacés par des obusiers de 75/13 en novembre 1942. Plusieurs batteries de 65/17 furent réparties le long des côtes italiennes et balkaniques pour contrer un éventuel débarquement. Le 150° groupe mixte, déployé sur l'île de Pantelleria, disposait par exemple de la 268a batteria de 65/17. La défense du port de Bosa fut confiée à partir d'avril 1941 à la 133ème batterie côtière. Entre janvier et décembre 1942, le nombre de pièces de 65/17 disponibles passa de 655 à 444. Pas moins de 96 canons de 65/17 opérèrent en Tunisie :
les 3 groupes du 80° Reggimento d'artiglieria de la division aérotransportable Spezia étaient équipés de canons de 65/17 munis de roues en elektron, tractés par des motos tricycles.

    




Canon de 65/17 dans une ville espagnole durant la guerre civile. Canon de 65/17 du CTV à Castellon-de-la-Plana. Canon de 65/17 de l'artillerie de montagne.
(crédits photo : collection Vittorio Tagliabue)
Batterie de 65/17 du 80° Reggimento artiglieria de la division Spezia.




Canon de 65/17 avec ses servants, en position découverte dans le désert nord-africain.
(crédits photo : AUSSME)
Autocannone da 65/17 sur un Morris CS6 capturé. Section de 65/17 de la division Spezia tractée par des tricycles Trialce en Tunisie. Mise en batterie d'un 65/17 face à Médénine, en Tunisie.
(crédits photo : AUSSME)


    Après l'armistice du 8 septembre 1943, le bataillon Barbarigo de la division Xa Mas utilisa des 65/17 contre les Alliés à Anzio. Le 3° Reggimento Bersaglieri Volontari aurait également été doté de quelques canons de 65/17.
Les Allemands rebaptisèrent ce canon 6.5 cm GebK-246(i). Après la libération de la Corse, les troupes italiennes cédèrent 8 pièces de 65/17 aux forces françaises libres.


Caractéristiques techniques
Longueur de la bouche de feu : 1,150 m
Poids total en batterie : 556 Kg avec bouclier
Secteur de tir vertical : de -7° à +20°
Secteur de tir horizontal :
Cadence de tir :  5-6 coups/minute
Vitesse initiale du projectile : 348 m/s
Portée : 6,5 Km


Vue de profil du canon de 65/17.


Bibliographie :
-  Le artiglierie del Regio Esercito nella Seconda Guerra Mondiale, Filippo Cappellano, Storia Militare, 1998
- Le forze armate della RSI 1943-45, Carlo Cucut, GMT, 2005

Pour reproduire cette pièce d'artillerie :

Echelle Fabricant Référence et désignation
1/72 Mirliton IIGM091 Italian cannon 65/17
1/35 CRI;EL Model R077 Camionetta Morris CS.8 w. Cannone 65/17


Retour au
photoscope Regio Esercito