Les Italiens en Russie
1ère Partie : de la formation du CSIR à la bataille de Petrikovka




La création du Corpo di Spedizione Italiano in Russia
 
            L’invasion de l’Union Soviétique par l’Allemagne débuta le 22 juin 1941, à l’aube, par le déclanchement de l’opération Barbarossa. L’attaque allemande se développa dans trois directions :
-         au nord, le Général Von Leeb, à la tête de 29 divisions, dont 3 blindées, avait pour objectif Leningrad
-         au centre, le groupe d’armées de Von Bock, comptant 50 divisions, dont 9 blindées, devait avancer sur Minsk puis Moscou
-       enfin, le Général Von Rundstedt, commandant le groupe d’armées sud (40 divisions, dont 5 blindées), portait ses efforts sur l’Ukraine, le bassin du Donez, et, enfin, le Caucase et ses ressources pétrolifères.

    Au sud, la Wehrmacht était appuyée par des troupes roumaines, hongroises, slovaques et italiennes. En effet, suite à la rupture du pacte de non-agression germano-soviétique (dont les italiens ne sont officiellement informés que le 22 juin au matin), Mussolini proposa à Hitler d’envoyer en Russie un corps expéditionnaire. En réalité, aucune raison stratégique ou géographique ne poussait l’Italie à déclarer la guerre à l’URSS, leur sphère d’influence n’étant pas les mêmes. C’est plus pour des raisons de prestige que Mussolini souhaitait que les Italiens se battent à l’Est, aux côtés des Allemands : ainsi, il poursuivait la collaboration militaire avec Hitler sur tous les fronts, en espérant ainsi faire peser la voix de l’Italie après  la victoire. Avec ce contingent, l’Italie  se plaçait comme véritable allié de l’Allemagne, pas un simple pays « satellite ». De plus, l’ensemble des observateurs internationaux ne concède pas plus de quelques semaines à quelques mois de résistance à l’URSS. La campagne s’annonce donc facile, et Mussolini ne veut pas rater l’occasion de démontrer la puissance de son armée.
    Avant même de recevoir la réponse d’Hitler, les premières troupes composant le CSIR furent rassemblées à Crémone, avec un corps aérien comprenant 52 chasseurs, 32 avions d’observation et une vingtaine de transport. Le transfert vers la Russie débute le 10 juillet, au départ de Vérone. Les troupes vont faire le trajet en train jusqu’en Hongrie, avant d’atteindre le front par leurs propres moyens : 216 trains, répartis en 5 convois, seront nécessaires. Le transfert de la totalité des troupes prendra 26 jours. Quant aux fantassins de la Torino, ils feront le voyage à pied, soit 1400 kilomètres, à raison de 30 Km par jour !


Des cavaliers italiens traversent un village roumain lors de leur transfert sur le front de l’Est.
(Crédits photo : Ufficio Storico SME)

    Le CSIR était commandé par le général Giovanni Messe, qui remplaça le général Francesco Zingales le 17 juillet, atteint d’une congestion pulmonaire durant le voyage. Mais le corps expéditionnaire italien, dont le QG fut établis à Botosani (nord-est de la Roumanie actuelle), était en réalité placé sous le contrôle de la 11ème armée allemande du Général Von Schobert.



ORDRE DE BATAILLE DU CSIR
Commandant : Général Giovanni Messe
62000 hommes, 5500 véhicules, 4000 chevaux et mules
 
9ª Divisione Autotrasportabile Pasubio
          25ª et 26ª Sezione Motorizzata CC.RR.
            79° Reggimento Fanteria Roma
            80° Reggimento Fanteria Roma
            8°  Reggimento Artiglieria Divisionale
            V° et IX° Battaglione Mortai 81
            9ª et 141ª Compagnie Cannoni Controcarro da 47/32
            9ª Compagnia Telegrafisti e Radiotelegrafisti
            30ª Compagnia Artieri
            95ª Compagnia Fotoelettricisti
            5ª Sezione Sanità
           11ª Sezione Sussistenza
 
52ª Divisione Autotrasportabile Torino
            56ª et 66ª Sezione Motorizzata CC.RR.
            81° Reggimento Fanteria Torino
            82° Reggimento Fanteria Torino
            52°  Reggimento Artiglieria Divisionale
            XXVI° et LII° Battaglioni Mortai 81
            52ª et 171ª Compagnie Cannoni Controcarro da 47/32
            52ª Compagnia Telegrafisti e Radiotelegrafisti
            57ª Compagnia Artieri
            69ª Compagnia Fotoelettricisti
            52ª Sezione Sanità
            52ª Sezione Sussistenza
 
3ª Divisione Celere Principe Amedeo Duca D’Aosta
            355ª et 356ª Sezione Celere CC.RR.
            3° Reggimento Bersaglieri
                   XVIII°, XX° et XXV° Battaglioni
            3° Reggimento Cavalleria Savoia Cavalleria
            5° Reggimento Cavalleria Lancieri di Novara
            3° Reggimento Artiglieria a cavallo
            III° Gruppo Squadroni Corazzato San Giorgio
                 (1 squadrone comando + 4 squadroni carri L3 pour un total de 55 chars)
           172ª et 173ª Compagnie Cannoni controcarro da 47/32 
           105ª Compagnia Artieri
           105ª Compagnia Radiotelegrafisti
           73ª Sezione Sanità
           93ª Sezione Sussistenza


Le Général Giovanni Messe
Truppe di Corpo d’Armata
 
63ª Legione d’Assalto CCNN Tagliamento                                                                                              
            LXIII° Battaglione CCNN Udine
            LXXIX° Battaglione CCNN Reggio Emilia
            LXIII° Battaglione Armi da Accompagnamento
                (Compagnia Mortai da 81 + Compagnia Cannoni Controcarro da 47/32)
             
30° Raggruppamento Artiglieria di Corpo d'Armata
            LX°, LXI° et LXII° Gruppi cannoni da 105/32 (12 par gruppo)
            IV° et XIX° Gruppi Contraerei da 75/46
            95ª et 97ª Compagnie Antiaerea de 20mm
 
Raggruppamento Genio
           IV° Battaglione Artieri
           I° et IX° Battaglione Pontieri
           VIII° Battaglione Collegamenti
           I° Battaglione Chimico
 
193ª, 194ª et 684ª Sezione Motorizzate CC.RR.
CIV Battaglione Mitraglieri di Corpo d'Armata
II Battaglione Cannoni Controcarro 47/32
1ª Compagnia Bersaglieri Motociclisti
14ª Sezione Sanità
87ª Sezione Sussistenza
2° Autoraggruppamento d’Armata (5000 véhicules)

Le corps aérien :

 

Commandant : Colonello Carlo Drago
1900 hommes, 300 véhicules

XXII° Gruppo autonomo Caccia
         359ª, 362ª, 369ª et 371ª Squadriglie

LXI° Gruppo autonomo Osservazione
         34ª, 119ª et 128ª Squadriglie

245ª et 246ª Trasporto Squadriglie



Les premiers engagements du CSIR

    Dès leur arrivée, les troupes italiennes sont mises à contribution pour venir à bout de la résistance soviétique entre les fleuves Dniestr (qui marquait alors la frontière entre l’URSS et la Roumanie) et Bug. Les allemands, qui avaient établis plusieurs têtes de pont à l’Est du Dniestr, voulaient encercler le plus grand nombre de soldats russes possible entre les deux fleuves.

    Le 31 juillet, le général Von Mackensen demanda le soutient de deux groupes d’artillerie pour appuyer l’offensive du XXX° corps allemand. Le 6 août, la Pasubio atteignit Jampol, et le commandement du CSIR fut transféré à Olshanka. Durant la « bataille des deux fleuves », l’objectif de la Pasubio, soutenue par le 30° Régiment d’artillerie et la 1ère compagnie de motocyclistes, était d’atteindre le Bug au nord de Voznesensk, et de longer sa rive droite jusqu’à Nikolaïev, pour compléter l’encerclement des troupes soviétiques. 

    Les unités de la Pasubio gagnèrent Voznesensk le 10 août, après un pénible parcours sur des pistes boueuses. Le 11, la troupe se remit en marche vers le sud, le long du Bug. Mais un violent orage les empêcha bientôt de progresser ; seule l’avant-garde du colonel Epifanio Chiaramonti, composée du 80ème régiment d’infanterie Roma, du III groupe du 8ème régiment d’artillerie, de la 1ère compagnie motocycliste, de la 141ème compagnie canons AT, et des 1ère et 3ème compagnies de mortiers (environ 4500 hommes) pu progresser sur une trentaine de kilomètres. Arrivés à la hauteur du village de Pokrovskoje, les premiers éléments de la 1ère compagnie motocycliste découvrirent des troupes russes. Ces dernières tentèrent de barrer la route à l’avant-garde italienne avec l’artillerie et un feu nourrit des mitrailleuses. Le colonel Epifanio  ordonna le déploiement du 3ème groupe d’artillerie, commandé par le maggiore Rossi, pour contrer les batteries soviétiques et appuyer l’assaut des fantassins. C’est principalement le III° bataillon du 80ème régiment d’infanterie qui attaqua les positions russes. La présence de blindés russes fit craindre le pire, mais le tir précis de l’artillerie italienne contraignit les russes à se retirer. L’arrivée des dernières unités italiennes permit le ratissage de la zone et la capture de 38 Russes, plus quelques armes. Les pertes italiennes s’élevèrent à 2 morts et 3 blessés. Cette journée fut également  marquée par la première medaglia al valor militare décernée en Russie, en l’honneur du bersagliere Santino Alfredo Lutri.

    Le 12, les troupes italiennes se remirent en mouvement vers le sud, la 1ère compagnie de motocyclistes ouvrant toujours la voie. D’autres unités ennemies furent rencontrées à Jasnaja Poljana. Cette fois-ci, ce fut au tour du I° bataillon du 80ème régiment d’infanterie de monter à l’assaut, aux ordres du maggiore Moscardini. Après de violents échanges de tir à l’artillerie et au mortier, les Russes, menacés par un encerclement, préférèrent se retirer, laissant derrière eux une centaine de morts et autant de blessés. Les interrogatoires révélèrent aux Italiens qu’ils étaient confrontés au 469ème régiment d’infanterie soviétique, renforcé par de nombreux mortiers et des batteries hippomobiles.

    Les combats des 11 et 12 août coûtèrent aux Italiens 17 morts et disparus, dont deux officiers, et 85 blessés. A la suite de cet engagement, le général Schobert envoya un message à Messe pour lui annoncer que la Pasubio avait grandement contribué à la victoire de la 11ème armée allemande.




Opérations du CSIR sur le Bug
(fond de carte : Encyclopédie Encarta)


    Le 14 août, le CSIR passa sous le commandement du groupe blindé de Von Kleist, pour protéger son flanc gauche lors de l’avance en direction du Dniepr. Le 15, la division Pasubio, placée temporairement sous les ordres du 3ème corps blindé allemand, s’établit dans les villages de Topilovka et Kryukov, sur la rive occidentale du Dniepr, pour soutenir la division SS Viking, postée plus au sud. Le transfert vers ces positions, qui nécessita trois jours, fut ralenti par les mauvaises conditions météorologiques et l’action des VVS. Le 18, après trois jours de calme relatif, les unités de la Pasubio se remirent en marche en direction du sud, pour rejoindre la zone située entre Koluskino et Verhniednieprovsk.

    A l’ordre du jour du 21 août, le général Mackensen, commandant le 3ème corps blindé allemand, écrivit :
« Ces derniers jours, le 3ème corps blindé a réussi, suite à de durs combats, à repousser un ennemi numériquement supérieur d’une zone assez étendue à une tête de pont au sud-est de Dniepropetrovsk… Le pré requis pour cette avance rapide fut créé par la division SS Viking et par la division italienne Pasubio, lesquelles, malgré les mauvaises conditions d’entraînement du commandement et le manque de carburant, surmontèrent très rapidement ces difficultés. »

    Le 25 août, les appareils italiens du CSIR débutèrent leur transfert sur l’aérodrome de Krivoj Rog, pour protéger les ponts sur le Dniepr et les unités du secteur. Dans les jours qui suivirent, les autres unités motorisées de la Celere, le 52° Reggimento d’artillerie de la Torino et les unités disposant d’autocarrette rejoignirent également le fleuve.




Août 1941 : des fantassins italiens marchent vers le front.
(Crédits photo : Ufficio Storico SME)

    Le 26 août, après avoir rencontré Hitler à Rastenburg, Mussolini gagna Brest Litovsk par avion. Le 27, les deux hommes se rendirent au quartier général du groupe d’Armées Sud, à Strychov, en Ukraine. Pour clore sa visite en URSS, le Duce se rendit à Uman en avion pour rencontrer Von Rundstedt, puis à Tekusha, pour s’entretenir avec le général Messe et passer en revue l’ensemble des unités du CSIR.
 
    C’est le 27 août également que les appareils italiens connurent leur baptême du feu en URSS, lors d’une mission de couverture de la division Pasubio. Pour ce premier combat, les chasseurs transalpins revendiquèrent 6 Tupolev SB-2bis et 2 Polikarpov I-16, plus 2 SB et 2 I-16 probables. Le lendemain, l’aviation du CSIR connu sa première perte, lorsque le Sottotenente Mario Longoni (362ª Squadriglia) se tua accidentellement au-dessus du Dniepr.


La bataille de Petrikovka
 
            Le 3 septembre, les unités de la Pasubio et de la Celere gagnèrent le Dniepr, suivies par la Torino, aux côtés du Panzergruppe de Von Kleist. La Torino fut immédiatement employée pour défendre la zone située au sud de Dniepropetrovsk. De manière globale, le but du CSIR était de tenir la ligne de front sur 150 Km le long du Dniepr, au sud-ouest de Dniepropetrovsk, entre la 17ème armée allemande et le 3ème corps du Panzergruppe de Von Kleist.
            Le jour précédent, 11 MC200 Saetta avaient mitraillés les renforts soviétiques sur la route Novomoskovsk- Dniepropetrovsk, perdant deux appareils.
 
    La bataille de Petrikovka constitua un moment important dans les combats qui firent rage pour le Dniepr, dans lesquels les Russes se battirent avec beaucoup de courage, dans un dernier effort pour empêcher les forces de l’Axe de franchir ce fleuve.
 
    Le 15 septembre, le commandement allemand demanda au Général Messe l’intervention de la division Pasubio, dans le but de protéger le flanc droit de la 17
ème armée allemande, qui avançait vers la zone située entre Kobeljakj et Poltava. La Pasubio passa ainsi temporairement sous les ordres de la 17ème armée, tandis que les autres unités du CSIR constituèrent, avec le 3ème corps blindé allemand, le groupe Mackensen, dont le but était de défendre le front du Dniepr entre l’embouchure de l’Orel et celle de la Mokraja Sura ainsi que de consolider la tête de pont de Dniepropetrovsk.
 
    La division Torino, renforcée par la 63ª Legione CCNN Tagliamento du consul Nicolo Nicchiarelli et par le II° Battaglione controcarro, fut transférée dans la tête de pont de Dniepropetrovsk. Ces unités commencèrent la traversée du Dniepr le 21 septembre, sous le feu de l’artillerie et de l’aviation russe. Plus au nord, la Pasubio traversa le fleuve à la hauteur de Derijevka, tandis que la Celere, au centre, resta en position défensive sur la rive droite. Ce déploiement permit au général Messe d’employé l’ensemble des unités du CSIR dans une bataille qui aurait dû permettre l’encerclement des forces russes et leurs couper toute possibilité de retraite.
 
    Le soir du 22 septembre, la division Pasubio, appuyée par la 1ª Compagnia Motociclisti, du 2° squadrone de chars légers L3 de la Celere ainsi que par le Kampfgruppe Abraham, reçu l’ordre de faire mouvement entre Voinovka et le confluent de l’Orel avec le Dniepr, dans le but de constituer une tête de pont dans les environs de Zaritschanka (Tsarichanka sur la carte) pour faciliter le passage des blindés allemands à l’Est du Dniepr. L’opération débuta le 23 septembre, à 5 heures. Elle fut menée par les fantassins de du 79° Reggimento Roma, soutenus par les tirs des deux groupes d’artillerie du 8° Reggimento et par le groupe Abraham, posté sous les ordres du régiment italien pour l’occasion. Malgré la forte résistance qu’opposèrent les Russes et le soutient de leur artillerie et de leur aviation, ils durent abandonner leurs positions avant le crépuscule. La tête de pont de Zaritschanka, couvrant 10 Km², venait d’être créée.
    Cependant, dès le lendemain, et durant trois jours (du 24 au 26 septembre), les Russes contre-attaquèrent très violement, donnant lieu à des affrontements à l’arme blanche. Le 24, quelques L3 appuyèrent une contre-attaque italienne vers Saderokovka. Trois blindés furent perdus dans cette tentative. Le 26 septembre, 5 chars L3 contribuèrent à repousser une attaque russe sur Zaritschanka. Finalement, tous les assauts de l’Armée Rouge furent repoussés par les troupes italo-allemandes, ce qui permit aux Panzer de franchir l’Orel.
    Dans le même temps, plus au nord, le 80° Reggimento Roma fut employé dans la reconquête de la tête de pont de Voinovka, perdue quelques jours plus tôt par les Allemands. Là encore, les soldats italiens durent affronter de violentes contre-attaques soviétiques, qui furent toutes repoussées avec succès, jusqu’à l’arrivée des blindés allemands.
 
    Suite au consolidement des têtes de pont de Zaritschanka et Voinovka, la voie était ouverte pour permettre aux Panzer l’encerclement des troupes russes. Le 27 septembre, à la veille de l’action sur Petrikovka, les unités du CSIR étaient disposées ainsi :

-         derrière l’Orel, entre Nechvoroshska et Zaritschanka, était déployée la Pasubio;
-         sur la rive droite du Dniepr, entre l’embouchure de l’Orel et Dniepropetrovsk, se trouvait la Celere;
-         et dans la tête de pont de Dniepropetrovsk, avec 3ème corps allemand, se tenait enfin la Torino.
 
 
    La manœuvre allemande prévoyait de rompre les lignes russes autour de la tête de pont de Dniepropetrovsk et d’effectuer une jonction avec les troupes venant du nord. Le 14ème corps blindé devait déboucher de l’Orel et avancer sur Novomoskovsk, où il devait rejoindre le 3ème corps, provenant de la tête de pont. Ce dernier devait ensuite poursuivre à l’Est jusqu’au fleuve Samara.
    Dans ce contexte, les troupes italiennes avaient pour objectif d’effectuer une tenaille, avec la Pasubio provenant du nord-ouest et la Torino du sud-est, pour couper toute possibilité de retraites aux troupes soviétiques situées dans l’anse formée par le Dniepr et l’Orel. Le village de Petrikovka, seule issue possible pour les forces russes, constituait le point de jonction des deux divisions. Pour assurer le succès de l’opération, Messe avait besoin de disposé pleinement des trois divisions du CSIR, et demanda donc à la 1ère armée allemande la restitution de la Pasubio. Une fois sa demande acceptée, le commandant du CSIR donna ses ordres en fonction de son plan d’action, en trois phases :
-         28 septembre : la Torino ouvre une brèche pour sortir de la tête de pont ;
-         29 septembre : les divisions Torino et Pasubio convergent vers Petrikovka;
-         30 septembre : capture des forces russes prises dans la tenaille, avec l’appui de la Celere
.



Un L3/33 traverse le Dniepr sur un pont édifié par le génie allemand.
(Crédits photo : Fronte Terra, Cari Armati 2/II, Edizioni Bizzarri)


    La première phase débuta à 7h30, le 28 septembre, lorsque les fantassins de la Torino, après une brève préparation d’artillerie, se lancèrent à l’assaut des forces soviétiques déployées à l’Ouest de la tête de pont de Dniepropetrovsk. Dans la journée, les Italiens atteignirent la ligne Obuskvskje-Gorianovskije, tandis que les forces allemandes du 3ème corps se dirigèrent vers le Nord/Nord-Est.
    L’action de la Torino se fit avec détermination, malgré la farouche résistance qu’opposèrent les Russes et les nombreux champs de mines qui barraient le passage. Elle atteignit son objectif à 16h00, après avoir infligé des pertes sensibles à l’ennemi, capturé quelques milliers de prisonniers ainsi qu’une bonne quantité de matériel. Cette action fut caractérisée par une parfaite coopération entre l’infanterie et l’artillerie, artillerie qui était constituée par le
30° Reggimento artiglieria di Corpo d'Armata, capable, grâce à une disposition adaptée de ses batteries, de battre l’ensemble du champ de bataille. Il serait également injuste d’oublier le travail indispenssable effectuer par les et IX° Battaglioni Pontieri pour assurer un lien permanent entre les deux rives du Dniepr. Ce travail était rendu difficile et dangereux par la présence de l’artillerie russe qui, déployée le long du Samara, battait en continu les ponts sur le Dniepr. Mais, grâce à la tenacité du génie italien, les deux berges furent reliées sans interruption tout au long de la bataille.
           
Tout comme la Torino, les divisions allemandes avaient également atteint leurs objectifs du jour, et, le soir venu, Messe donna les ordres suivants :
- la Torino devait poursuivre son avance en deux colonnes, vers Kurilovka et Petrikovka;
- la Pasubio, depuis Zaritschianka, avait comme objectif d’avancer vers le sud jusquà la ligne Shuligovka-Galuschkovka-Petrikovka, pour compléter la tenaille;
- enfin, la division Celere devait envoyé deux battaglioni de Bersaglieri à l’Est du Dniepr, pour nettoyer la zone comprise entre le Dniepr, l’Orel et les villages de Kurilovka et Jelissavetovka.
 
    La deuxième phase, comme prévu, débuta à 5h30, le 29 septembre. La Torino se mit en marche sur deux colonnes : celle de droite était constituée de deux bataillons 81° Reggimento Torino et de la legione Tagliamento, et celle de gauche du 82° Reggimento Torino. La première colonne, qui avaçait le long de la route Kamenka-Popovka-Petrikovka, rencontra de nombreuses unités russes démantelées qui cherchaient un moyen de fuir vers l’Est, préférant livrer un combat désespéré plutôt que de se rendre. Une fois les derniers foyers de résistance éteints, les Italiens envoyèrent vers l’arrière de longues colonnes de prisonniers. A 18h00, le III° Battaglione du 81° Reggimento, avant-garde de la colonne, après avoir éliminé les dernières forces russes qui barraient le passage, rentra en contact avec des unités de la Pasubio à Petrikovka.
    La colonne de gauche procèda avec plus de difficulté, non seulement à cause d’une forte présence russe, mais également du manque de routes et d’un marécage qu’il n’était pas possible de contourner. Ces conditions obligèrent le commmandant de la colonne à manoeuvrer avec les seuls fantassins, laissant les véhicules et l’artillerie tractée sur les positions de départ. Malgré ces problèmes, la colonne gagna Kurilovka vers 17h00, où elle fit la jonction avec le XXV° Battaglione Bersaglieri de la Celere.
    La Pasubio, depuis Zaritschianka, avança vers Petrikovka sur une colonne composée du 79° Reggimento Roma, de deux groupes d’artillerie et d’un escadron de chars L3. Elle entra dans Petrikovka peu de temps après les avant-gardes de la Torino. Une autre colonne, comprenant le 80° Reggimento Roma, se dirigea vers Shuligovka et Galuschkovka, qui fut prise avec la contribution de 5 chars légers .
    Les XX° et XXV° Battaglioni de la Celere, qui avaient traversés le Dniepr le soir du 28 septembre, effectuèrent des opérations de ratissage des zones situées entre l’Orel et Varvarovka pour le XX°, et du Dniepr à Kurilovka et Jelissavetovka pour le XXV°. Le soir venu, les bataillons rejoignirent respectivment les unités de la Pasubio à Galuschkovka et celles de la Torino à Petrikovka.
 
    Le 30 septembre, pour la troisième et dernière phase, tandis le 80° Reggimento Roma de la Pasubio resta sur les positions de Galuschkovka et Schuligovka, les autres unités terminèrent le nettoyage de la poche, les bersaglieri des XX° et XXV° Battaglioni retournant vers le Dniepr par le centre de la zone encerclée. La bataille de Petrikovka était terminée.




(fond de carte : Atlas Encarta)


    Durant ces opérations, les Russes subirent de lourdes pertes. Les Italiens firent 10000 prisonniers, et capturèrent un important matériel : 9 cannons, 13 mortiers, 186 armes automatiques, 4500 fusils, 51 camions et camionettes, 7 tracteurs immobilisés, quelques tonnes de carburant, 450 charriots et 1000 chevaux entre autres. Les pertes du CSIR furent légères : 87 morts, dont 6 officiers, 190 blessés et 14 disparus. Tout au long de la bataille, l’aviation italienne s’assura la supériorité aérienne, et appuya l’avance des troupes au sol.
 
La bataille de Petrikovka, grand succès des forces de l’Axe, marque la fin du premier cycle d’opérations des troupes italiennes en URSS.
 
 

Bibliographie :
-         Le Operazioni delle Unità Italiane al Fronte Russo (1941-43), Stato Maggiore dell’Esercito, Ufficio Storico, G. De Vecchi, C. De Franceschi & M. Mantovani,  Roma, 2000
-         Mezzi dell’Esercito Italiano 1935-1945, Editoriale Olimpia, Ugo Barlozzetti, Alberto Pirella, 1986
-         Carri leggeri, carro veloce 33-35 – le operazioni belliche, Carri Armati 2/II, Fronte Terra, Aldo Cumbo, 1973
-         Rivista Italiana Difesa, Il CSIR, Francesco Fatutta, avril 1992, pp.90-97
-         Avions n°85, Macchi dans la neige !, Hans-Werner Neulen & Christophe Cony, avril 2000, pp.6-16)
 
Webographie :
-         http://digilander.libero.it/lacorsainfinita/guerra2/41/russia.htm
-         http://digilander.libero.it/avantisavoiait/Campagna%20di%20Russia.htm
-         http://users.erols.com/pjvezz/torino/TORINO-HIST.html
-         http://www.ilduce.net/russia.htm
-         http://www.centrostudilaruna.it/battagliadipetrikowka.html


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