Savoia Marchetti S.79 "Sparviero"



Savoia Marchetti S.79 de la 278a squadriglia AS, première escadrille de torpillage de la Regia Aeronautica.


    Le Savoia Marchetti S.79 fut projeté en 1933 par l'ingénieur Alessandro Marchetti comme avion de ligne pouvant transporter 8 passagers. Après son vol inaugural du 8 octobre 1934 à Cameri, le prototype, codé I-MAGO et propulsé tout d'abord par trois moteurs Piaggio P.IX RC40 de 610 CV, dut adopter une nouvelle motorisation en février 1935 à cause de disfonctionnements constatés sur les Piaggio. Ils furent remplacés par des Alfa Romeo 125 RC35 de 660 CV, avec lesquels le prototype effectua le vol Milan-Rome à la vitesse moyenne de 410 km/h le 14 juin 1935.

    L'appareil suscita vite l'intérêt du chef d'état major de la Regia Aeronautica, le général Giuseppe Valle, qui relia Rome à Massaoua via Le Caire le 1er août 1935 sur ce même prototype. Avec l'installation d'Alfa Romeo 126 RC34 de 780 CV, l'appareil décrocha de nombreux records de vitesses et surclassa tous les autres avions transalpins de l'époque.

    Sur les quatre versions proposées par Marchetti à la Regia Aeronautica, on comptait deux bimoteurs et deux trimoteurs. Le choix se porta finalement sur l'un de ces derniers, les bimoteurs étant jugés trop lents. Le premier exemplaire du S.79 M (pour Militare ou Modificato), immatriculé MM.20663, vola pour la première fois le 7 juillet 1936 à Cameri, et les premières commandes ne se firent pas attendre. Les deux premiers exemplaires étaient propulsés par des Alfa 125, mais à partir du troisième, ces moteurs furent définitivement supplantés par les Alfa 126 RC34. Au printemps 1938, la Regia Aeronautica disposait déjà de 170 SM79.


Le prototype du S.79 à Cameri lors des essais, encore équipé des moteurs Piaggio. S.79 MM.20663, premier exemplaire livré à la Regia Aeronautica en 1936.


Fiche technique
Longueur : 15,60 m
Envergure : 21,20 m
Moteurs : 3 Alfa Romeo 126 RC34 de 780 CV chacun
Plafond : 7000 m
Vitesse maximale :  430 km/h à  4000 m
Rayon d'action : 1820 km en charge normale, 3300 km maximum
Armement : 3 Breda SAFAT de 12,7 mm et 1 Lewis de 7,7 mm;
jusqu'à 1250 kg de bombes ou une torpille de 450 mm


    Les 24 S.79 de présérie entrèrent en service en octobre 1936 au sein du 12° stormo. Comme pour beaucoup d'appareils italiens de l'époque, le S.79 connut son baptême du feu lors de la guerre civile d'Espagne. Les trois premiers S.79 de l'Aviazione Legionaria gagnèrent les Baléares le 12 février 1937 et commencèrent le 18 leur activité contre les navires républicains mais aussi contre des objectifs terrestres comme l'arsenal de Carthagène. En avril, la 289a squadriglia au complet gagna l'aérodrome de Tablada, près de Séville. Avec la 280a squadriglia, elle constitua le 29° gruppo. Le 21 du mois, 5 S.79 bombardèrent le vieux cuirassé Jaime I à Almeria, revendiquant un coup au but. L'arrivée du 30° gruppo comprenant les 281a et 285a squadriglie durant l'été permit d'englober tous les S.79 de l'Aviazione Legionaria en une seule unité, le 111° Stormo.
    Une deuxième grande unité, le 8° Stormo, arriva en deux temps : le 28° gruppo gagna les Baléares en novembre 1937 et le 27° gruppo le rejoignit en janvier 1938. Ce Stormo fut particulièrement actif contre le trafic maritime républicain mais aussi contre les grands ports de la côte méditerranée, comme Valence et Barcelone.

    C'est au moment de la guerre d'Espagne que le S.79 gagna la confiance des équipages, puisqu'il se révéla trop rapide pour être intercepter per les chasseurs républicains. Pendant toute la campagne, seuls 3 appareils furent abattus par la DCA et un quatrième détruit par l'explosion de ses propres bombes avant leur largage, sur les 92 engagés dans l'Aviazione Legionaria. Le 111° stormo, surnommé Sparvieri (Eperviers), donna son nom au S.79, qui fut alors baptisé Sparviero. Au total, les Sparvieri effectuèrent 639 missions de guerre aux côtés des nationalistes espagnols. Après la fin de la guerre civile, 61 appareils furent laissés à l'armée de l'air espagnole, qui en avait également acheté 26 au cours du conflit.


S.79 du commandant de la 10a squadriglia du 28° gruppo en vue de Palma de Majorque. SM79 du 111° Stormo de l'Aviazione Legionaria. Sparvieri de la 285a squadriglia, 30° gruppo arborant le célèbre insigne des trois "Sorci Verdi".


    Au moment de l'entrée en guerre de l'Italie, le 10 juin 1940, le Savoia Marchetti 79 équipait 14 stormi, totalisant 694 appareils. Les premiers à entrer en action furent les 137 Sparvieri des 5 stormibasés en Sicile, qui bombardèrent Malte dès le 11 juin. Le S.79 participa aussi à la courte campagne contre la France, en attaquant surtout des objectifs en Tunisie et en Corse. Après ce bref intermède, les trimoteurs reprirent leurs attaques sur Malte. La première perte fut enregistrée le 7 juillet. Au fur et à mesure de l'augmentation de l'opposition aérienne anglaise sur Malte, les S.79 quittèrent la Sicile pour d'autres théâtres d'opération, si bien qu'il n'en restait plus qu'une trentaine en décembre 1940. Le 10° Stormo BT fut la dernière unité de bombardement à employer le S.79 contre Malte, entre mai 1941 et septembre 1942.

    En juin 1940, l'Aeronautica della Libia disposait de 108 S.79 répartis entre les 10°, 14°, 15° et 33° stormi. Mais les effectifs allaient vite fondre car les appareils étaient employés dans des missions d'attaque au sol et de harcèlement des troupes anglaises. Fin août, le 10° Stormo céda sa place au 9° Stormo. L
e 41° stormo fut envoyé lui aussi en Afrique durant l'automne.
    Pour appuyer l'offensive de Graziani, 37 Sparvieri furent perdus. Lors de la contre-offensive anglaise de décembre 1940, les Italiens abandonnèrent 30 trimoteurs dans leur déroute. Fin décembre, les hommes des 33° et 14° Stormi furent rapatriés, tandis que le 34° Stormo gagnait à son tour l'Afrique du Nord. Résultat, fin février 1941, seule une quarantaine de S.79 était encore en service en Libye.

    Un autre théâtre d'opérations consomma également un bon nombre de trimoteurs, celui de l'Afrique Orientale. Au moment de la déclaration de guerre, les 12 machines du 44° bis gruppo étaient les seuls Sparvieri déployés dans ce secteur. Entre juin 1940 et février 1941, 39 autres Sparvieri gagnèrent l'Ethiopie en partant des bases libyennes. Lorsque les Italiens se rendirent aux troupes anglaises, seuls 4 trimoteurs restaient en état de vol.

    Le Savoia 79 participa aussi à la campagne contre la Grèce : en novembre 1940, la Regia Aeronautica pouvait compter sur les 104° et 105° gruppi BT regroupant à eux deux 31 Sparvieri. En Yougoslavie, les Italiens affrontèrent les 45 S.79 de la Jugoslovensko Kraljevsko Ratno Vazduhoplovstuo, l'armée de l'air yougoslave, qui les avait acquis en 1939.


S.79 de la série 1 appartenant à la 18a squadriglia du 27° gruppo, 8° stormo, en Sardaigne en 1941. Chargement de bombes de 500 kg dans la soute de ce S.79 du 32° Stormo à Decimomannu, en Sardaigne, le 13 septembre 1940.
Formation de S.79 de la 215a squadriglia, 34° Stormo en vol au large de la Sicile en 1940. S.79 MM.22176 de la 253a squadriglia du 104° gruppo BT en novembre 1940 sur le terrain de Tirana.


    Le rôle maritime du Savoia 79 apparaît dès le début du conflit. Lors de la bataille de Punta Stilo, le 8 juillet 1940, 62 Sparvieri larguèrent 102 bombes sur la flotte anglaise, endommageant le croiseur Gloucester. Les bombardements se succédèrent jusqu'au 12 juillet, avec un emploi massif de S.79, mais sans plus de résultats.
    Le bombardement des navires s'avérait donc peu productifs : les bombes larguées entre 2500 et 3000 mètres d'altitude sur des objectifs en mouvement rataient presque toujours leurs cibles, bien que de l'aveux même des anglais, les "near misses" fussent fréquents.

    La torpille apparut alors comme l'arme la plus adaptée à l'attaque des navires. Malgré les essais de largage menés dès 1933 et l'adaptation du S.79 pour cette charge dès 1937, la production des torpilles Whitehead était toujours majoritairement dévolue aux besoins de la Regia Marina et de la Luftwaffe en 1939.
    A l'entrée en guerre, il n'existait qu'un Reparto Sperimentale Aerosiluranti (Unité expérimentale d'avions torpilleurs) sur 6 S.79, déployés à El Adem en Libye en août 1940. Son objectif était l'attaque de la base d'Alexandrie, mais après deux échecs, il fut décidé de partir à la chasse aux navires en haute mer.

    La première escadrille de torpillage, la 278a squadriglia autonoma AS (pour AeroSiluranti), fut constituée à El Adem à partir du 
Reparto Sperimentale Aerosiluranti le 3 septembre 1940 avec 5 S.79. Le premier succès intervint dès le 17 du même mois lorsque le croiseur Kent fut endommagé par les tenente Buscaglia et Robone. Le 14 octobre, se fut au tour du croiseur Liverpool de recevoir une torpille qui lui emporta la proue, suivi par le croiseur Glasgow torpillé en baie de Sude et retiré du service pour 8 mois. Entre temps, un navire marchand fut coulé le 13 novembre.

    Suite à ces débuts encourageants, deux centres d'entraînement (Nucleo Addestramento Silurante) furent ouverts en octobre et novembre 1940. Au cours de l'année 1941, 5 nouvelles escadrilles de torpillage sur S.79 virent le jour, à savoir les 279a (formée en décembre 1940), 280a, 281a, 283a et 284a squadriglie AS. Buscaglia, promu capitaine, prit le commandement de la 281a squadriglia le 5 mars 1941. Entre cette date et le 20 mai 1941, cette unité revendiqua 5 coups au but plus 19 probables dans les eaux de la mer Egée.

    Déployés principalement en Sicile, Sardaigne et dans les îles grecques, les escadrilles de S.79 torpilleurs coopérèrent le plus souvent avec leurs collègues d'unités de bombardement pour l'attaque des convois. Pour placer un coups au but, il fallait larguer la torpille à moins de 1000 mètres du navire pour qu'il ne puisse pas entreprendre de manoeuvre d'évitement. L'approche devait se faire au ras des flots, selon une trajectoire stable pour viser correctement. Pendant ce temps, le Sparviero offrait une cible de choix pour les artilleurs alliés. En ajoutant à cela l'action des chasseurs d'escorte, les pertes de S.79 devinrent vite importantes.

    Le 23 juillet 1941, 16 S.79 torpilleurs des 278a, 280a et 283a squadriglie ainsi que 15 bombardiers partis de Sardaigne se succédèrent dans l'attaque d'un convoi provenant de Gibraltar. Les Italiens perdirent trois S.79, tandis que les Anglais confirmèrent la perte du destroyer Fearless et l'endommagement du croiseur Manchester ainsi que de destroyers Fury, Firedrake et Wivern.

    En 1942, 14 nouvelles escadrilles d'avions torpilleurs furent créées. Le plus gros succès de ces unités intervint lors de la bataille de Mezzo Giugno, lorsque les S.79 coulèrent ou achevèrent les CT Bedouin et Nestor ainsi que les cargos Kentucky, Burdwan, Buthan et Tanimbar, et endommagèrent le porte-avions Argus, le cuirassé Malaya et le croiseur Liverpool.

    Au moment de l'opération Torch, en novembre 1942, la Regia Aeronautica comptait encore 147 S.79 torpilleurs, déployés en majorité en Sardaigne. Dans la tentative désespérée de ralentir le flot des convois alliés, de nombreux équipages reçurent des médailles, mais à titre posthume. Alors qu'il était de 8 durant les 2 années précédentes, le ratio coup au but/perte passa à 2,5 en 1943. Les pilotes expérimentés devinrent vite irremplaçables, d'autant plus que le temps d'entraînement des nouveaux équipages était sans cesse raccourcis.


Chargement d'une torpille sous le ventre de ce S.79 du 104° gruppo AS en 1942. S.79 de la 278a squadriglia AS sur l'île de Pantelleria en 1941.
S.79 de la 279a squadriglia AS photographiés à Gerbini à la fin de l'année 1942. Alignement de S.79 de la 281a squadriglia sur le terrain de Gadurra, à Rhodes, en 1941.



    Au cours de sa longue carrière, le Savoia 79 ne reçut que peu de modifications. Très souvent, c’étaient les équipages eux-mêmes qui modifiaient leurs appareils, comme le 132° Gruppo de Buscaglia, qui supprima la gondole ventrale de ses appareils.

    A partir de mai 1943, toutes les modifications plus ou moins officielles furent réunies dans une nouvelle version dénommée Savoia S.79 bis (ou GA pour Grande Autonomia), et les appareils en service furent aménagés en conséquence. Les principales modifications concernèrent la motorisation, désormais assurée par des Alfa Romeo 128 développant 860 CV dès 180 mètres, plus adaptés aux torpillages à basse altitude, la capacité d’emport en carburant, qui passa de 3320 à 4750 litres, l’abandon de la gondole ventrale, l'ajout d'équipements de guidage des torpilles et d'échappements cache-flammes et enfin l’armement renforcé.

    La première opération sur S.79 bis eût lieu le 19 juin 1943, avec comme objectif Gibraltar. Seuls deux appareils réussirent à lancer leurs torpilles sur le port, sans succès. En revanche, l’attaque du 29 juin sur Oran fut plus fructueuse.

    Après l’armistice, le capitaine Carlo Faggioni créa le 1° gruppo aerosiluranti
Buscaglia au sein de l’ANR dès septembre 1943, basé à Venegono. En mars 1944, les S.79 (pour certains de la version bis) de Faggioni attaquèrent les navires américains au large d'Anzio-Nettuno. Le 10 avril, Faggioni fut tué après une attaque sur Anzio. L’escadrille fut alors renommée en hommage à son commandant. Le 4 juin 1944, le nouveau commandant, le capitaine Marini, décolla d’Istres avec 12 appareils pour attaquer Gibraltar. Quatre bateaux furent coulés, et deux autres endommagés.
    En été 1944, le gruppo Faggioni fut redéployé en Grèce. Son dernier torpillage intervint le 5 janvier 1945, en mer Adriatique, lorsque 2 S79 bis coulèrent un steamer de 5000 tonnes.

Le tout premier S.79 bis au centre expérimental de Guidonia.
(crédits photo : SMA)
Ce gros plan sur la partie frontale d'un S.79 bis permet de mettre en évidence les échappements cache-flamme dont il était équipé. S.79 bis codé B1-09 et immatriculé MM.22285 appartenant à la 1a squadriglia du gruppo Buscaglia.


Fiche technique (SM79 bis)
Longueur : 15,625 m
Envergure : 21,20 m
Moteurs : 3 Alfa Romeo 128 RC18 de 860 CV chacun
Plafond : 7000 m
Vitesse maximale :  475 km/h à  4000 m
Rayon d'action : 2300 km avec torpille
Armement : 4 Breda SAFAT de 12,7 mm;
une torpille de 450 mm


S.79 du 29° gruppo de l'Aviazione Legionaria.
(profil de Giovanni Paulli)
S.79 de la 193a squadriglia du 87° gruppo, 30° stormo à Sciacca, en Sicile, début 1941.
(profil de Don Greer)
S.79 propulsé par des Alfa 128 de la 253a squadriglia du 104° gruppo AS à Rhodes au printemps 1943.
(profil de Don Greer)
S.79 MM.24243 de la 2a squadriglia du 1° gruppo aerosiluranti de l'ANR à Venegono en février 1944.
(profil de DekkeR Art Work)


Bibliographie :
- SIAI S.79, 1a parte, Ali d'Italia n°9, Cesare Gori, 1998
- SIAI S.79, 2a parte, Ali d'Italia n°11, Cesare Gori, 1999
- Savoia Marchetti S.79 in action, Squadron/Signal Publications, Aircraft n°71, Roberto Gentilli, 1986
- Camouflages and Markings of the Aeronautica Nazionale Repubblicana 1943-1945, Classic Publications, Ferdinando D’Amico & Gabriele Valentini, 2005
- Regia Aeronautica - Balcani e fronte orientale, Angelo Emiliani, Giuseppe F. Ghergo & Achille Vigna, Intergest, 1974

Pour reproduire cet appareil :

Echelle Fabricant Référence et désignation
1/72 Italeri 1261 SM79 I serie
1/72 Italeri 1225 SM79 Sparviero
1/72 Italeri 1243 S.79 III
1/48 Classic Airframes 452 Savoia Marchetti SM79 Early Version
1/48 Classic Airframes 462 Savoia Marchetti SM79 Late Version
1/48 Trumpeter 2817 Savoia Marchetti SM79 II Sparviero


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