Fiat BR.20 "Cicogna"

Pour les opérations nocturnes contre Malte, les Fiat BR.20 M
reçurent une couche de peinture noire sur les intrados et les
insignes.
(crédits photo : G. Apostolo)
Le Fiat BR.20
trouve son origine dans le concours lancé en septembre 1934 par
l'état major de la Regia Aeronautica pour un bombardier moyen
moderne. Fiat répondit à ce concours avec deux projets :
le BR.20 de l'ingénieur Celestino Rosatelli et le CMASA BGA de
Stiavelli. A l'issu de ce concours, trois appareils furent retenu : le
BR20, le SM79 et le Cant Z.1007, qui formeront l'épine dorsale
du bombardement italien durant la seconde guerre mondiale.
Dans l'univers de l'aviation de bombardement
italienne, le BR.20 faisait figure d'exception avec sa solution
bimoteur. L'appareil était innovant dans plusieurs autres
domaines : sa structure métallique, son train rétractable
et une bonne vitesse de croisière.
Le premier prototype, immatriculé MM.274,
quitta les chaînes d'assemblage de Turin au début de
l'année 1936. Son premier vol se déroula le 10
février 1936 aux commandes d'Enrico Rolandi, avant d'être
transféré au centre d'essai de Guidonia puis à
Furbara pour les tests de bombardement. Sa précision de tir
atteignait 11 mètres, un exploit à l'époque. Suite
à ces bons résultats, une première commande de 20
exemplaires fut passée, suivie d'une seconde de 29 appareils en
février 1937. Au total, 233 BR.20 de la première version
furent produits entre 1936 et 1940, dont 72 pour le Japon et 1 pour le
Venezuela.
Le premier exemplaire de série fut livré au 13° stormo BT fin septembre 1936, tandis que le 7° stormo BT
fut à son tour rééquipé par le bimoteur
Fiat entre décembre 1936 et février 1937. En juin 1937,
trois Fiat BR.20 furent testés en Libye par les 14° et 15° stormi,
dont les équipages se plaignirent du manque de
fiabilité des moteurs sous ces latitudes. Pour régler
plusieurs problèmes techniques, bon nombre des 100 premiers
appareils livrés durent retourner chez le constructeur.
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Le prototype MM.274 en mars 1936.
(crédits photo : R. Gentilli) |
Gros plan sur la dérive du prototype. |
Pour tester
en conditions opérationnelles ses nouveaux bimoteurs de
bombardement, la Regia Aeronautica décida d'en envoyer en
Espagne, dans les rangs de l'Aviazione Legionaria. Les trois premiers appareils, appartenant au 13° stormo, gagnèrent Tablada (Séville) au début du mois de juin 1937, suivis de trois autres BR.20 du 7° stormo en juillet. Ces 6 bombardiers constituèrent alors la 230a squadriglia, rattachée au 35° gruppo autonomo misto.
Malgré l'absence de couverture de chasse, les BR.20 ne furent
pas trop inquiétés par la chasse républicaine,
parvenant même à abattre un I-16 le 4 novembre 1937, lors
des combats en Aragon.
En 1938, 7 nouveaux BR.20 arrivèrent à Tudela pour former la 231a squadriglia.
En plus des missions de bombardement, ces appareils étaient
utilisés pour la reconnaissance. Le 25 juillet 1938, un BR.20
(le seul de cette campagne) fut abattu par la DCA républicaine
au-dessus de l'Ebre. A la fin de la guerre, les 10 BR.20 restant furent
cédés à l'Ejercito del Aire.
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L'un des trois premiers BR.20 de l'Aviazione Legionaria à Tablada en juin 1937.
(crédits photo : J. Arraez) |
Fiat BR.20 de la 230a squadriglia en vol en compagnie d'un SM.79 en 1938.
(crédits photo : J. Arraez) |
En 1938,
Celestino Rosatelli se pencha sur une version légèrement
améliorée de son BR.20, baptisée BR.20 M (pour Modificato).
Les principales modifications visaient à améliorer la
visibilité du pointeur, à remplacer la tourelle de nez
par une Breda-R et la dorsale par une Caproni-Lanciani Delta E sur les dernières série. La
motorisation restait cependant inchangée, et les performances
également... Le prototype du BR.20 M, MM.21908, était en
fait un exemplaire de la série VIII prélevé sur
les chaînes de montage en 1939. Durant cette même
année, de nombreux BR.20 reçurent les modifications
nécessaires pour les porter au standard du BR.20 M à
l'occasion de leur révision générale. Entre 1940
et 1942, 265 exemplaires supplémentaires de BR.20 M auraient
été produits.
Au moment de l'entrée en guerre de l'Italie,
le 10 juin 1940, la Regia Aeronautica disposait de 219 BR.20 M, dont
132 seulement opérationnels, équipant les 7°, 13°, 18° et 43° stormi ainsi que la 172a squadriglia RST.
Pour les opérations contre la France, les 4 stormi susnommés se mirent tous à la disposition de la 4a Divisione Aerea "Drago".
Entre le 11 et le 24 juin, les BR.20 M de ces unités
effectuèrent de nombreuses missions de reconnaissance et de
bombardement sur le port de Toulon, les aérodromes de la
Côte d'Azur et les fortifications de la ligne Maginot alpine, au
prix de 9 pertes, dont 6 abattus par la chasse française.
Fin septembre 1940, 80 BR.20 M des 13° et 43° stormi quittèrent l'Italie pour se rendre en Belgique avec l'ensemble du Corpo Aereo Italiano
pour prendre part, comme le voulait Mussolini, à la bataille
d'Angleterre. Dès le vol de transfert, l'opération tourne
mal puisque 5 appareils furent détruits à cause des
mauvaises conditions climatiques. Le CAI se trouva prêt à opérer le 22 octobre 1940, depuis les terrains de Chièvres pour le 43° stormo et de Melsbroeck pour le 13°.
Après le jour noir du 11 novembre durant lequel 7 appareils
furent perdus, les BR.20 M n'effectuèrent plus que des
bombardements nocturnes. Au total, entre octobre 1940 et janvier 1941,
12 BR.20 M du CAI furent perdus
(sans compter les 5 cités précédemment), pour un
peu plus de 54 tonnes de bombes larguées sur l'Angleterre.
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BR.20 M de la 241a squadriglia au-dessus de la Haute Tarentaise le 21 juin 1940.
(crédits photo : G. Garello) |
BR.20 M du 43° stormo à Chièvres, tracté par un Fiat OCI 708 CM.
(crédits photo : J.L. Roba) |
Le 28
octobre 1940, jour de l’entrée en guerre contre la Grèce, seuls 18 Fiat BR.20 et BR.20 M des
276ª et 277ª squadriglie du 116° Gruppo BT, basés
à Lecce, en face de la côte albanienne, participèrent aux premiers
bombardements. Il s’agissait de couper le trafic sur la route Doliana-Kalibaki.
Le 2 novembre, 10 appareils bombardèrent Patras.
Très
vite, il apparut nécessaire de renforcer les effectifs de bimoteurs, cibles de
la chasse et de la DCA grecques. Le 6 décembre, 16 appareils des 47ª et 48ª squadriglie, 37° Gruppo BT, furent
déployés à Grottaglie. Cependant, le mauvais temps réduit les sortis, et le
premier BR.20 M à être endommagé à la fin de 1940 pu regagner sa base. En décembre, le 55° gruppo équipé de SM.81 passa sur BR.20 M à Lecce.
En février 1941, les 39° et 40° Gruppi BT du 38° Stormo BT échangèrent à leur tour leurs SM81
contre des BR.20 M à Aviano, avant de se redéployer
à Foggia le 14 avril pour participer à la campagne de
Yougoslavie.
Début avril 1941, 90 bimoteurs BR.20 et BR.20 M des 25° Gruppo BT (7° Stormo BT), 99° Gruppo BT (43° Stormo BT), des 13° et 18° Stormi BT
furent déployés dans les Pouilles en prévision de
l’offensive contre la Yougoslavie, qui intervint le 6 avril.
Durant la campagne, qui ne dura que 12 jours, les BR.20
réalisèrent 482 missions de bombardement et de reconnaissance, larguant 289
tonnes de bombe sur le pays.
Si la
campagne fut très courte, d’importantes forces italiennes durent néanmoins
stationner en Yougoslavie pendant toute la guerre, accomplissant des missions
anti-partisans contre les groupes de Tito. Les appareils du 38° Stormo BT furent
regroupés à Tirana fin juin 1941 et effectuèrent leur
première mission le 18, en bombardant des localités
de Cevo, Cistopolje et Vigenetici, aux mains des partisans yougoslaves.
Les 39° et 40° gruppi du 38° stormo gagnèrent Mostar en janvier 1942 pour appuyer les offensives allemandes contre les forces titistes. Malgré
tous leurs efforts, plus d’1/5 du pays restait aux mains des partisans fin 1942.
Les appareils du 38° stormo effectuèrent des missions de transport et de ravitaillement des
garnisons italiennes isolées par les partisans jusqu'à l'armistice de septembre 1943.
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BR.20 M de la 267a Squadriglia du 116° Gruppo en vol vers la
Yougoslavie.
(crédits photo : G. Garello) |
BR.20 du 25° gruppo à Forli en avril 1941. |
Alignements de BR.20 M des 51a et 69a squadriglie du 39° gruppo à Mostar en 1942. |
Pour prêter main forte aux Caproni 311 de la 38a squadriglia du 71° gruppo,
trois premiers BR.20 M gagnèrent Vorochilovgrad le 3 août
1942, suivis début septembre par 4 autres machines provenant du 43° stormo. Dans le même temps, la 116a squadriglia
reçu ses trois premiers BR.20 M, puis 5 autres
gagnèrent la Russie courant décembre. Au cours des
missions de reconnaissance, de bombardement ou de transports
effectuées, les équipages des BR.20 M revendiquèrent
3 chasseurs russes abattus. Mais en avril 1943, seuls 6 bimoteurs
purent regagner l'Italie.
Début mai 1941, suite à la
clôture des opérations contre la Grèce, les BR.20 M
commencèrent à gagner la Sicile pour participer aux
bombardements contre Malte. Les premiers bimoteurs à arriver sur
l'île furent ceux du 99° gruppo le 7 mai, basés à Gerbini. Début juin, ce fut au tour du 31° gruppo
de rejoindre sa nouvelle base de Catania-Fontanarossa. Les missions de
bombardement sur Malte se déroulaient uniquement de nuit, ce qui
n'était pas un gros handicap pour les chasseurs de la RAF car l'île disposait de radars.
Le 5 octobre 1941, le 31° gruppo se retira pour laisser la place, le lendemain, au 116° gruppo, qui fut redéployé de Lecce à Catania le 10 octobre. Le 11, le 55° gruppo arriva à son tour à Gerbini, si bien que l'ensemble du 37° stormo se trouva déployé en Sicile. Le 40° gruppo du 38° stormo gagna lui aussi l'île le 17 novembre pour s'installer à Castelvetrano, alors que le 116° gruppo partit le 26 du mois pour l'Albanie. Le 55° gruppo
fut redéployé à Lecce le 17 décembre,
d'où il participa à l'escorte des convois et à la
lutte anti sous-marine, mais il retourna en Sicile en février
1942 pour reprendre les missions nocturnes contre Malte.
Le 1er mai 1942, le 88° gruppo autonomo s'installa à Castelvetrano, tandis que le 116° gruppo prit la relève du 55°
le lendemain. Mais l'absence de ce dernier du théâtre
d'opération fut brève puisqu'on le retrouva dès le
5 juin à Lecce. La dernière mission des BR.20 sur Malte
intervint le 4 septembre 1942, après un cycle d'opération
de plus d'un an qui coûta la perte de 41 BR.20 M, dont plusieurs
furent victimes de problèmes techniques.
Le BR.20 M n'a pas non plus été absent
du front nord africain : le 11 mars 1941, douze appareils du 98° gruppo
se posèrent à Castel Benito, avant de rejoindre leur
terrain opérationnel de Bir Dufan d'où ils
participèrent à la première offensive
italo-allemande en Cyrénaïque. Le 20 avril, l'unité
reçu en prêt 8 BR.20 provenant du 98° gruppo pour
remplacer les premières pertes.
Le 20 juillet, tandis que les appareils du 98° gruppo regagnaient Castel Benito, les 11° et 43° gruppi du 13° stormo
faisaient leur apparition sur leur théâtre nord africain.
Comme pour leurs prédécesseurs, leur activité se
concentra sur des missions de bombardement tactique et de protection
des convois en Méditerranée. L'unité quitta
l'Afrique du Nord le 12 avril 1942 : au total, 15 BR.20 M furent perdus
dans ce secteur, notamment à cause d'ennuis techniques qui
auraient pu être en partie éviter si les appareils avaient
été "tropicalisés".
Le dernier front sur lequel les BR.20 M furent
employé fut la bataille de Tunisie, à partir de novembre
1942. Le 28 de ce mois, les appareils du 55° gruppo
furent redéployés à Milis, en Sardaigne, pour
mener des bombardements nocturnes sur les ports algériens.
Après l'arrivée de Cant Z.1007 bis fin décembre, les BR.20 M furent relégués à la protection des convois.
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| Fiat BR.20 M de la 116a squadriglia OA sur le terrain de Stalino en 1942. |
Appareils du 13° stormo en vol au-dessus de la Méditerranée.
(crédits photo : R. Gentilli) |
Fiat BR.20 M du 13° stormo à Martuba à la fin de l'année 1941.
(crédits photo : A. Vigna) |
Au moment de l'armistice du 8 septembre 1943, il restait 23 BR.20 M opérationnels au sein du 38° stormo alors en Albanie, 13 réparties entre les 51a et 69a squadriglie
en Dalmatie et Slovénie et 23 autres dans différents
groupes de reconnaissance. La quasi totalité de ces appareils
fut capturée par les Allemands, qui en redistribuèrent
une partie à l'aviation croate. Un BR.20 M fut utilisé
pour le transport par le 3° gruppo CT de l'ANR, et un autre par l'Aeronautica Cobelligerante.
Pour finir, on peut dire un mot du BR.20 bis, ultime
évolution du bombardier bimoteur de Rosatelli. Deux prototypes,
les MM.455 et 456, furent construits en 1941 et équipés
dans un premier temps des mêmes moteurs A80 RC41 que leurs
prédécesseurs. En revanche, le nez de l'avion avait
été entièrement redessiné pour être
entièrement vitré. Le MM.456 fut testé à
Guidonia entre décembre 1941 et mars 1942 mais fut jugé
négativement par les pilotes d'essais. Le nouveau moteur Fiat
A82 développant 1200 CV fut finalement installé sur les
prototypes en 1942 et 1943, mais sa production se limita à 15
exemplaires avant l'armistice. Quant au nombre de BR.20 bis produits,
les Allemands en trouvèrent 10 à Turin et 1 à
Furbara en septembre 1943. Jugés totalement inutiles, ils furent
détruits lors de bombardements alliés en mai 1944.
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Prototype MM.456 du BR.20 bis en 1942, propulsé par deux Fiat A82 RC.42 S.
(crédits photo : R. Gentilli) |
| Fiche technique (BR.20 M) |
Longueur : 16,87 m
Envergure : 21,56 m
Moteurs : 2 Fiat A80 RC41 de 1000 CV
chacun
Plafond : 6750 m
Vitesse maximale : 430 km/h
Rayon d'action : 2033 km en charge normale
Armement : 1 mitrailleuse Breda SAFAT de 12,7 mm dans
la tourelle frontale, 1 Breda SAFAT de 7,7 mm ventrale, 1
Breda SAFAT de 12,7 mm dans la tourelle dorsale;
jusqu'à 1600 kg de bombes |
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Fiat BR.20 de la 230a squadriglia du 35° gruppo autonomo misto de l'Aviazione Legionaria en 1939.
(profil de Pawel Babinski) |
Fiat BR.20 de la 5a squadriglia du 43° gruppo en juin 1940.
(profil de Pawel Babinski) |
Fiat BR.20 M de la 1a squadriglia du 43° gruppo à Bir Dufan (Libye) en février 1942.
(profil de Pawel Babinski) |
Bibliographie :
- Le Fiat BR.20, Lela Presse, Collection Profils Avions n°7, Yves Domange, 2004
- Fiat BR.20, Wydawnictwo Militaria, Pawel Babinski, 1999
- Regia Aeronautica - Balcani e fronte
orientale, Angelo Emiliani, Giuseppe F. Ghergo & Achille Vigna,
Intergest, 1974
Pour reproduire cet appareil :
| Echelle |
Fabricant |
Référence et désignation |
| 1/72 |
Italeri |
IT1143 BR.20 "Cicogna" |
| 1/48 |
Alpha Flight |
4806 Fiat BR.20 early version |
photoscope Regia Aeronautica