.
Cet article a pour but de dresser un
rapide résumé des opérations aériennes
pendant la campagne de Grèce, entre octobre 1940 et avril 1941.

Tirana, 21 octobre 1940 : la campagne de Grèce n'a pas encore
commencée, mais les terrains albanais connaissent déjà un trafic
intense.
Sur la photo, on aperçoit un SM79 en train de décoller, un SM82 de la
609a squadriglia trasporti et un Ro 10 d'
Ala Littoria.
Les forces en présence
Le 28 Octobre, au moment du déclenchement de l'offensive contre la Grèce, le commandement local de la Regia
Aeronautica basé à Tirana pouvait compter sur :
- le 38° Stormo BT (Bombardamento Terrestre, bombardement
terrestre), composé des 39° et 40° gruppi, à
Valona, sur 24 SM81,
- le 105° gruppo BT à Tirana avec 15
SM79,
- le 160° gruppo CT (Caccia Terrestre, chasse terrestre) avec les 393a (sur 8 Fiat CR32 et 6 Ro 41) et 394a (sur 8 Fiat CR42 et 6 Ro 41) squadriglie à Drenova,
- le 72° gruppo OA (Osservazione Aerea, observation aérienne) sur 27 IMAM Ro37 bis composé des 25a, 42a et 120a squadriglie basées à Coritza, Valona, et Argirocastro,
- la 355a squadriglia de chasse sur Fiat G50,
- la 611a squadriglia de transport sur 5 Breda 44 à Tirana.
A
ces faibles forces vinrent s'ajouter le 104° gruppo BT
déployé à Tirana le 4 novembre, sur deux escadrilles de SM79 (252
a et 253a), le 24°gruppo CT avec les 354a et 362a squadriglie sur 24 Fiat G50, arrivé à Tirana fin octobre, le 154° gruppo CT sur deux escadrilles (361a et 395a) de G50 à Berat le 5 novembre, et le 150°
gruppo CT avec trois escadrilles (363a, 364a
et 365a) sur 36 FIAT CR42 à Tirana, Valona et Argirocastro.
Au total, au 5 novembre 1940, le Comando Aeronautica Albania
était doté de 31 SM79, 24 SM81, 47 Fiat G50, 44 Fiat
CR42, 8 Fiat CR32 et 27 IMAM
Ro37 (tous basés en Albanie) afin d’appuyer les mouvements de
l’armée.
On doit y ajouter les appareils
en dotation à la 4
a ZAT (Zona Aerea Territoriale, ou zone aérienne territoriale) basée dans les Pouilles,
qui, plus tard, deviendra la 4a Squadra Aerea en décembre 1940. Pour l'invasion de la Grèce, la 4a ZAT disposait des :
- 35°
Stormo BM (86° et 95° gruppi) sur 23 Cant Z506 à Brindisi,
- 37°
Stormo BT sur 18 SM81 (55° gruppo) et 18 Fiat BR20 (116° gruppo) à Lecce,
- 47°
Stormo BT (106° et 107° gruppi) de Grottaglie sur 24 Cant Z1007 bis,
- 96° gruppo BaT (Bombardamento a tuffo, bombardement en
piqué) à Lecce sur 20 Junkers Ju87 B2/R2 "Picchiatelli"
et un SM86 W,
- 2° gruppo CT
sur Fiat G50 et Fiat CR32 sur deux escadrilles, la 150a et la 152a à
Grottaglie et Bari,
- 50° gruppo BT sur 20 Cant
Z1007 bis à Brindisi,
- 372a squadriglia de chasse sur Macchi C200
à Brindisi,
- 147° Gruppo T (Trasporto, transport) sur 10 SM75 à brindisi,
- 149° Gruppo T sur 11 SM82, 3 SM75 et un SM83 à Urbe et Brindisi,
- 5° gruppo OA, avec ses 31a et 39a squadriglie, sur 18 Ro37, basé à Bari.
Ainsi, 44 Cant Z1007bis, 23
Cant Z506, 18 Fiat BR20, 18 SM81, 20 JU87B2/R2, un SM86 W, 12 Macchi MC200, 33 Fiat G50, 9 Fiat CR32, 18 Ro37, 11 SM82, 13 SM75 et un SM83 étaient disponibles dans les Pouilles pour les
opérations sur le territoire grec, soit au total : 101 bombardiers, 54
chasseurs, 41 avions de reconnaissance et 25 de transport.

Tirana, 1
er novembre 1940 : un Savoia S.79 du 105° gruppo BT s'apprête à décoller.
L'aviation grecque, l'Elliniki Vassiliki Aeroporia,
ne pouvait opposer un si grand nombre d'appareils. La chasse disposait
de 36 PZL P24F/G
fabriqués à Polacca, répartis entre les mire
(escadrilles) 21, 22 et 23, avec une dizaine
d’appareils
opérationnels chacune, auxquels était confiée la
défense de Salonique,
Kastoria, Kozane et Larisa, de 9 Bloch MB151 C1 de fabrication
française, affectés à la mira 24, basée à Eleusina et assurant la
protection d'Athènes, de 6 Avia B.534 et
de 2 Gloster Gladiator I. L'aviation de bombardement pouvait compter
sur 9 modernes
Potez 633 français de la mira 31, 12 Bristol Blenheim Mk IV de
la mira 32,
et 10 Fairey Battle Mk I de la mira 33.
L'aviation de reconnaissance était quant à elle
dotée de 16 Henschel Hs126a allemands de la mira 3, de 32 Breguet
19 des mire 1 et 2 ainsi que de 18 Potez 25TOE de la mira 4.. La marine
disposait de 10
Avro Anson I de la mira 13, de Dornier Do.22 de la mira 12 et de 9
biplans de chasse Fairey IIIF de la mira 11, complètement
obsolètes. A ces maigres forces s'ajoutaient 6 Hawker Horsley II
de la marine à Tatoi, 20 Avro 621 Tutor et 22 Avro 626 Prefect
pour l'écolage.
Sur le papier, la disparité était
considérable, tant au niveau numérique que technologique.
Il faut
ajouter aussi que si les Potez et les Bloch étaient bien
présents sur le sol
grec, ils étaient cloués à terre car les pilotes
n'avaient pas terminé leur formation sur ces nouveaux appareils.
La Regia Aeronautica aurait donc dû balayer
l’aviation grecque en moins de cinq jours et soutenir les troupes
au sol sans être dérangée, mais ce n’est pas
ce qui se produisit. Jusqu’à l’arrivée des
Allemands,
les Grecs et les Anglais donnèrent du fil à retordre
à l’aviation italienne.

IMAM Ro37 de la 25
a squadriglia, 72° gruppo OA, sur le terrain de Coritza.
Une mauvaise coopération interarmée
L’Aviation et la Marine n'étaient pas tenues au courant de la planification
des opérations contre la Grèce, c’est pourquoi Superaereo reçut des demandes
« énigmatiques », comme cette lettre de Benini, Sous-secrétaire
d'État pour les affaires albanaises, au
général Francesco Pricolo, chef d'État-major de la RA, datée du 6 septembre
1940:
" 6 septembre 1940 - n.
195520/2784 –
Cher Pricolo,
Dans le programme que nous allons
préparer pour parer à toute éventualité, dans le but d'effectuer
l’action prévue contre les régions albanaises sous domination grecque, (je
souligne "action prévue" n.d.l.r.) nous avons retenu nécessaire de :
a) mettre à disposition des parachutes pour
larguer armes et munitions en Ciamuria, sur les localités convenues.
b) demander au Ministère de
l'Aeronautica tenir prête une unité de parachutistes destinée
éventuellement à opérer en Ciamuria. Dans cette optique, il serait opportun de
proposer un cours de formation pour les Albanais qui souhaiteraient participer
à cette action.
Son excellence le compte Ciano
a approuvé ces propositions dans les grandes lignes, pour peu qu'elles soient considérées comme
réalisables par le Ministère de l'Aéronautique.
J’ai eu hâte de t’en informer et je te serais reconnaissant si tu
pouvais me faire partager tes pensées.
Très cordialement,
Benini. "
Pricolo répondit
qu’il n’était informé que par
voie indirecte de l'action prévue contre la Grèce, et
quoiqu’il
pensât que le largage
de munitions et d’armes fût réalisable,
l’action des parachutistes le laissa pour le moins sceptique. Ce
projet fut heureusement annulé, ce qui permit d'épargner
du temps et de l'argent. Ce n'est que le 9 septembre que Superesercito
prit officiellement contacts avec Supermarina
et
Superaereo afin de fixer les modalités de l'action
contre l'Epire et les îles Ioniennes. Le document suivant fut
transmis aux deux états majors le 12 septembre :
"1 - OPÉRATIONS CONTRE LA
YOUGOSLAVIE, (Plan E)
L'état-major général demande que le
déploiement des troupes italiennes soit terminé avant la
fin du mois d'octobre 1940 en prévision d'une éventuelle
révolution en Yougoslavie.
2 - OPÉRATIONS CONTRE LA GRÈCE,
(Plan G)
Une intervention de notre armée pour occuper la Ciammuria, l'Epire et les
îles Ioniennes est probable. Les lignes générales de l'opération sont celles prévues pour les
opérations en Albanie, diffusées par la directive n°2100 de l'Esercito. Le
transport par bateau des troupes nécessaires doit être achevé pour fin
septembre."

Macchi C200 série I de la 372
a squadriglia, opérant depuis Brindisi.
La rivalité entre les trois armes a joué un
rôle capitale dans la mauvaise préparation de la campagne
: l’Esercito voulait faire figure de grand vainqueur dans une
guerre qui s'annonçait facile, laissant à
l’Aeronautica et à la
Marina une part marginale. C'est pourquoi l’armée de terre
avait informé les deux État Majors seulement au tout
dernier moment.
Même lors de la réunion tenue le 15 octobre au matin
à Palazzo Venezia, qui décida de la déclaration de
guerre contre la Grèce, tout d'abord fixée au 26 octobre,
les chefs d'état-major de la Marine et de l'Aviation ne furent
pas convoqués.
Ils ne reçurent le compte-rendu de la réunion que le soir.
À la mi-octobre 1940, à
l'exception du terrain de Tirana, les bases aériennes italiennes
sur le territoire albanais étaient loin d'être prête
pour soutenir l'invasion. A Valona, Durazzo et Argirocastro (Gyrokastër sur la carte), par
exemple, le personnel
n’avait ni logement ni refuge, mais seulement, dans la majeure
partie des cas,
quelques baraques pompeusement nommées "aerostazione". Les
réserves
de carburant s'élevaient à 1500 fûts à
Tirana, les pièces de rechange étaient insuffisantes et les munitions
atteignaient seulement les 2500 tonnes. Il n'y avait pa de réserve de vêtements, peu de
véhicules, et une seule équipe de mécaniciens à
Tirana. Entre les différents terrains, il n'existait aucune communication télégraphique ou
téléphonique. Les ordres devaient donc être passés par messages radio codés ou
courrier aérien. Les assistances radiométriques s'appuyaient sur les
stations de Brindisi, en
Italie. Tous les efforts réalisés pour l'envoi de matériels depuis l'Italie échouèrent
à cause de l'action des sous-marins anglais, qui coulèrent les paquebots Chisone,
Hermada et Olympia, chargés de stations radio, de carburant et de pièces
rechange.

(source : Historia magazine n°13, 1968)
Début des opérations et arrivée de la RAF
Le choix de la
date du début des
opérations, au début de l'hiver, fut malheureux, car il
avantageait les défenseurs. Le jour de l'attaque fut
reporté au 28 octobre à cause des conditions
météorologiques. Dès le premier jour de la
campagne, les BR20 du 116° Gruppo attaquèrent les ports de
Patras et de Lépante (Naypaktos). Jusqu'au 1er
novembre,
le temps fut tellement mauvais qu’il rendit quasiment impossible toute
activité
de vol. Le 2 novembre, alors que la pluie avait transformée les
terrains albanais en marécages, bombardiers et Picchiatelli se
succédèrent depuis leurs bases des Pouilles sur des
objectifs importants : le canal de Corinthe, le noeud
ferroviaire de Salonique et les ports de Corfou Kastoria et Gianina. Du
4 au 7 novembre, les bombardements stratégiques se poursuivirent
sur les ports du Pirée, de Volos, de Pathrasse et sur
l'aérodrome de Larissa.
Ces actions provoquèrent surtout un nombre
important de victimes civiles, mais peu de résultats sur les
objectifs visés. A partir du 7 novembre, la 4a ZAT abandonna les objectifs
stratégiques pour se concentrer sur l'appui aux troupes terrestres dans
le but d'endiguer la
contre-offensive grecque. L'engagement des pilotes fut
considérable : de 200 à 400 sorties (selon les sources)
furent effectuées dans la
journée du 3 novembre mais les résultats
furent insuffisants. Il ne faut pas oublier que centrer un
mortier dissimulé dans le creux d’un relief
avec quelques bombardiers de
haute altitude n'était pas chose simple. Aujourd’hui
encore, ceci n’est pas facile, alors avec les
systèmes de pointage optique de 1940 c’était
quasiment impossible ! Etant donné le manque d'avions d'assaut
et d’appui tactique, tous les Ju 87
disponibles furent envoyés sur le front grec,
détournés ainsi de leur action anti-navires et d'escortes
des convois vers la Libye. N'ayant pas de cibles appropriées,
les SM79 et les Cant Z1007 ne pouvaient pas faire
grand’chose.
Savoia S.81 doté de moteurs Alfa Romeo 125 RC35 en vol au-dessus de l'Albanie.
Le 2 novembre, un SM81 fut abattu
par un P24F au nord de Giannina. Dans les jours qui suivirent, les
bombardiers
italiens, qu'ils soient escortés par des chasseurs
ou non, furent souvent la cible de la chasse grecque. Les pertes
s'élevèrent à 2 Cant Z1007bis, un SM79 et un CR42,
contre un P24F abattu. Le 15 novembre, toutes les missions furent
concentrées dans le secteur de Corciano où les choses tournaient mal. Les rares
bombardiers grecs ne se montrèrent pas beaucoup, mis à part une attaque contre Bari,
lors de laquelle ils subirent des pertes. Le 7 novembre, le terrain de
Valona fut attaqué à l'improviste par 6 Vickers
Wellington du 70th Squadron de la RAF, de jour, sans escorte. Ils furent interceptés par les G50 : quatre avions furent perdus, deux
abattus et deux contraints à l'atterrissage. Au grand
désespoir de Wavell, alors engagé en Libye contre
Graziani, la RAF décida d'envoyer des unités sur le front
grec : le 1er novembre, le 30th Bomber Squadron sur Bristol Blenheim Mk I fut la première unité anglaise à gagner la Grèce. Le 70th Squadron arriva le 7 novembre, suivi, à la fin du
mois de novembre, par les Blenheim du 211th Squadron et les Gladiator Mk II des 80th Squadron. Début décembre, la présence de la RAF en Grèce fut accrue par l'arrivée du 113th Squadron sur Blenheim Mk IV et d'une partie des Gladiator du 112th, qui recevra la totalité de ses appareils le 18 janvier 1941. Toujours en janvier 1941, ce fut au tour du 11th Squadron de gagner la Grèce avec ses Blenheim.

Fiat G50 de la 355
a squadriglia, 24° gruppo CT, escortant un S.81.
Le premier affrontement entre chasseurs de la
Regia Aeronautica et de la RAF eut lieu le 19 novembre, quand 20 Gladiator du 80th
Sqd. attaquèrent 5 Fiat CR42 et en
abattirent 4. Le 27 novembre, un autre CR42 d’une patrouille de trois appareils
tomba sous les coups de 7 Gladiator. Le jour suivant, un autre duel aboutit à
la perte de quatre Gladiator et de 3 CR42. Les combats qui eurent lieu à la fin
du mois étaient plutôt violents, engageant 20 ou 30 avions de part et d’autres,
juste avant la pause forcée de décembre.
Les conditions
météo allaient en empirant. Au début de
décembre, les rares SM81 encore en service furent
transférés à Lecce et utilisés comme
appareils de transport pour tenter d’améliorer la
situation du ravitaillement
qui devenait dramatique. Les autres avions furent alors
transférés sur les aéroports des Pouilles ou
concentrés sur les terrains
albanais de Berat, Devoli, Argirocastro (Gyrokastër) et Tirana. C'est à ce moment là que le 55° gruppo du
37° Stormo BT commença à remplacer ses vieux trimoteurs SM81
par des Fiat BR20. Dans les
Pouilles, 23
Macchi MC200 des 373a et 374a squadriglie provenant de Vénétie furent transférés à Bari, 27 SM 79 du 42°
Stormo furent redéployés à Grottaglie, 18 Ju 87 B2/R2 du 97° Gruppo Tuffatori (238a et 239a squadriglie) à Lecce
et 8 MC 200 de la 370a squadriglia à Foggia. Le 95° Stormo fut transformé en unité basée à terre, abandonnant ainsi ses hydravions Cant Z506 pour les bombardiers Cant Z1007bis. Le 6 décembre, le 37° Gruppo BT,
avec 16 BR20, fut transféré à Grottaglie et
commence ses missions contre la Grèce.
Il faut souligner l'abnégation et
le sacrifice des pilotes et des équipages des Picchiatelli, qui
étaient les seuls appareils d'appui tactique dont disposait la
Regia.
Dans les rares journées de décembre où ils purent
prendre l’air, les Ju 87 fournirent un précieux
appui aux troupes terrestres. Les avions et les pilotes du 97°
Gruppo effectuèrent 23 missions par équipage pour le seul
jour du 20 décembre sans subir de pertes, portant un coup
d’arrêt à
l’offensive Grecque.
Le front se
trouvait alors à moins de vingt minutes de vol du terrain…

BR20 M de la 276
a squadriglia, 116° Gruppo, en mission sur le front grec, début 1941.
(crédits photo : USSMA)
Début janvier,
malgré les mauvaises conditions météorologiques,
l'aviation de bombardement italienne repris ses attaques contre les
objectifs stratégiques de Salonique, Volos, du Pirée et
du canal de Corynthe, en plus de ses missions d'appui tactique. Le 16
janvier 1941, le 95° gruppo BM débuta son passage en
unité terrestre sur 15 Cant Z1007bis.
Le 15 février, les Ro37 des 31a et 39a
squadriglie du 5° gruppo OA furent transférés de Bari
à Devoli, en Albanie. Ils commencèrent leur cycle
d'opérations le 20 janvier, souvent escortés par les G50
du 154° gruppo CT, lui aussi transféré à
Devoli. Les missions des Ro37 étaient d'ailleurs plus des
missions d'appui au sol que de reconaissance. En
février 1941, une
amélioration des conditions météorologiques permit
la reprise des
duels entre la RA et la RAF. Le 9 février, 24 CR42 escortant des
BR20
rencontrèrent une formation mixte de Gladiator et de PZL, et
chaque camp perdit
deux chasseurs. Le 13 février, 12 Blenheim en mission à
Tepeleni furent
attaqués par 12 G50 et subirent la perte de 5 d'entre eux. Les
six premiers Hurricane arrivèrent le 17 février, et
furent affectés au 80th Squadron pour remplacer les Gladiator perdus. Le 27, la chasse italienne ne put empêcher le
bombardement du port de Valona (Vlöre).
Au début du mois de mars 1941,
pour soutenir l'offensive italienne imminente, l'état major de
la RA jugea nécessaire de renforcer les unités
déployées contre la Grèce. En Albanie, les SM81 du
38°
Stormo laissèrent leur poste aux BR20, et les CR42 du 150°
Gruppo aux MC200. De nouvelles unités furent également
transférées en Albanie entre le 3 et le 7 mars : la 371a squadriglia sur 10 MC200 à Valona, le 22° Gruppo CT sur 36 MC200 à Tirana, la 238a squadriglia BaT sur 17 Ju87B à Tirana et la 114a squadriglia OA sur 8 Ro37 à Tirana également. Le 9 mars, la 208a
squadriglia sur Ju 87 commença ses opérations au-dessus de l'Albanie, depuis sa base de Lecce. La 209a
squadriglia la rejoignit le 18 mars.
Le 4 mars, 11 CR42 attaquèrent une
formation de Blenheim
escortée par les Hurricane. Deux chasseurs italiens et un
anglais furent
perdus. Entre le 9 et 14 mars, les pertes s'élevèrent
à deux MC200, un Gladiator et
un Hurricane. Le 16 les Anglais perdirent 2 Wellington à Tirana
alors que la
chasse italienne effectuait toujours plus de missions à basse
altitude. Le 22
mars l’aéroport grec de Paramythia fut attaqué; il
en résulta la perte de deux
Blenheim et d’un Wellington au sol.
Le même jour, six Picchiatelli de la 239a
squadriglia effectuèrent leur première mission
anti-navire, depuis leur base de Galatina. Un navire marchand fut
coulé ce jour là, et un autre incendié.
En vue de l’intervention en Yougoslavie, 9 Ju87B de la 208a
squadriglia arrivèrent à Tirana le 2 avril pour former le 101° gruppo BaT avec la 238a
squadriglia, ainsi que 7 Ca 311 de la 87a
Squadriglia OA et 8 Ro37 de la 35a Squadriglia à Peqini.
Le 97° gruppo BaT reçu quant à lui le renfort de la 209
a squadriglia, commandée par le capitaine Romanese, avec ses 8 Ju 87.

Cant Z1007 bis de la 231
a squadriglia, 95° gruppo BT, au départ d'un terrain des Pouilles pour une opération sur le front grec.
Intervention allemande dans les Balkans
Le 6 avril, l’intervention allemande dans les Balkans commença : le VIII°
Fliegerkorps de la Luftflotte 4 fut mobilisé en Bulgarie pour attaquer la Grèce
et la Yougoslavie. Cette unité était dotée de Ju87B Stuka des I/St.G.2, III/St.G.2, I/St.G.1 et I/St.G.3, de Messerschmitt Bf109E des II/JG27 et III/JG27 et de
Bf110C du II/ZG26, d’avions de reconnaissances HS126 et Fi 156
Storch du I(H)/4, et d’avions de transport Ju52 du IV/KgzbV1. D’autres unités se
tenaient prêtes à intervenir en Autriche, en Hongrie et en Sicile. La maigre
aviation yougoslave fut littéralement taillée en pièces en 48 heures, et çà
n’alla pas mieux pour la Grèce. Pour ne pas arranger les choses, l’aviation de
l’Axe coula un navire chargé de 250 tonnes d’explosifs.
Le 8 avril, le 13° Stormo fut transféré à
Gioia del Colle, au sud de Bari, avec 24 BR20, pour assurer la
couvereture aérienne du canal d'Oltrante et de la mer Ionienne.
Le 9 avril, les
Allemands avaient atteint Salonique et 5 jours
après, l’aviation grecque avait cessé d’exister. Le 113th
squadron de la RAF
fut anéanti à terre, il en fut de mêm sur
d’autres bases anglaises. Dans la
soirée du 14, la RAF ne comptait plus que 35 appareils
opérationnels, alors que
les pertes allemandes étaient de deux chasseurs seulement ! Le 6
avril, les
Cant Z1007 bis attaquèrent le port de Mostar en Yougoslavie en
perdant un avion
et en en abattant deux. Un Ju87B fut perdu au-dessus de Spalato. Le 13
avril,
300 chasseurs et bombardiers de la Regia s’aventurèrent
à Mostar et sur
l’arsenal de Cattaro, en perdant un Ju87B seulement. Le 21 avril,
le capitaine Cenni, avec deux autres équipages de la 239a
squadriglia sur Ju 87, coula un navire marchand déjà
endommagé le 4 avril à Corfou. Le 26 avril, la perte des
13 derniers Hurricane à cause d’un straffing mené
par quelques Bf110, mit un terme à
la présence de la RAF en Grèce. Le lendemain,
l’armistice fut signée. Mais les
opérations de la Regia Aeronautica ne céssèrent
pas pour autant,
puisqu’elle alait être impliquée dans les
opérations contre les partisans.

Junkers Ju87 de la 238
a squadriglia, transférée le 6 mars à Tirana.
La campagne en chiffres
Sur 176 jours
d'opérations contre la Grèce, 82 furent inexploitables
pour toute opération aérienne, et 30
n'autorisèrent une activité de vol que durant 1/3 de la
journée.
Par ailleurs, quand il ne pleuvait pas, le plafond nuageux restait très
bas, ce qui rendait impossible aux bombardiers de centrer les objectifs en
altitude, et par conséquent d’agir dans de bonnes conditions. Les unités de chasse et celles d’assaut
étaient moins moins gênés par cette couverture nuageuse et finirent par se
charger du plus grand nombres de missions. Ceci réduisait de plus de la moitié
le nombre d’avions opérationnels.
Un rapport du 28 octobre 1940 sur les conditions des aérodromes
albanais terrain
indique qu'un terrain sur 7 était disponible pour le jour de
l’attaque. Ceci n'empêche pas le général
Papagos, chef d'état-major de l'armée grecque, de parler
dans son
livre La Grèce en Guerre d’une centaine d’avions italiens pour appuyer les fantassins le 28
octobre 1940.
Au total, les bombardiers italiens
effectuèrent 7777 missions, dont au moins 5560
d’appui tactique, durant lesquelles ils larguèrent 4546
tonnes de bombes. La chasse effectua quant à elle 12000
missions, et la reconnaissance 1400, avec 99 tonnes de bombes
lancées.
En 176 jours de campagne contre la Grèce, la
Regia Aeronautica perdit 32 bombardiers, 29 chasseurs et 4 autres
appareils en combat aérien, plus 14 machines détruites au
sol. Les pertes infligées aux aviations grecques et anglaises
s'élevèrent à 162 chasseurs et 56 bombardiers
abattus, plus 36 chasseurs et 19 bombardiers considérés
comme probablement abattus. La Regia coula également 8 navires
aux Alliés.
Les activités de transport et de ravitaillement jouèrent un rôle
extrêmement important, surtout celles de parachutage, qui était parfois le seul moyen
pour ravitailler les troupes. Plus de 200 tonnes de matériels différents
furent lancées, la plupart du temps grâce à des avions obsolètes. Les pilotes,
sans escorte, n'hésitaient pas à accomplir ces missions malgré les mauvaises conditions
météorologiques. Les troupes italiennes auraient-elles pu se retirer sans transformer leur retraite en
déroute sans ces largages de munitions et de vivres ?

IMAM Ro37 du 5° gruppo OA en vol au-dessus du massif de Tomori, en avril 1941.
Pour se convaincre du manque de coopération qu'il y avait entre
l’Esercito et l’Aeronautica, il suffit de lire lettre du 15 janvier 1941, adressée à Rome :
"Lettre 021202 du Comando Superiore FF.AA. Albania et
p.c. au Comando Aeronautica Albania :
Etant donnée la situation de nos troupes et de celles de
l'ennemi, je crois opportun de rappeler votre attention sur les facteurs négatifs suivants:
1) impossibilité de s’opposer aux efforts considérables et
tenaces des troupes fraîches de l’ennemi à cause du manque de réserves
dans les bases des unités de première ligne;
2) manque de pièces d'artillerie de campagne et absence
presque totale d’artilleries à longue portée;
3) insuffisance grave des véhicules de transport qui a longtemps
rendu problématique, voire impossible, le ravitaillement des
troupes déployées en montagne, loin des routes;
4) conditions matérielles des unités combattantes depuis
plusieurs mois : inutile de le rappeler tant les répercussions
furent sérieuses sur le moral.
Tout ceci m'a conduit à demander à la RA tout le concours
possible. Sa participation a été importante,
et ses actions ont été menées avec un grand esprit
de sacrifice et de dévouement; mais les
résultats obtenus ont rarement été ceux que
l’on désirait.
Ceci est dû :
a. au manque de rapidité de l'intervention.
b. au manque de communication pour mener à bien
l’opération.
La première cause s'explique facilement lorsque l’on
connaît la longue procédure pour la demande d'intervention. La
deuxième cause, en revanche, est plus délicate et nécessite une étude
approfondie de nos troupes et de celles de l’ennemi. Afin de mener à bien cette étude, il
est nécessaire de connaître parfaitement l'environnement du champ de bataille et le
matériel en dotation.
Je crois maintenant que l'intervention de l'aviation en
stricte coopération avec les forces terrestres ne peut pas
mener
aux résultats voulus, malgré les sacrifices de nos
camarades de l'air, s’il manque de telles conditions.
A mon avis, pour obtenir de meilleurs résultats, il est
indispensable que le Commandement des Forces Aériennes destinées à concourir
dans le domaine tactique soit soumis aux ordres de celui qui mène
l'action.
Il est évident que dans un tel cas, le commandement des
forces aériennes destinées à l’appui tactique doit avoir un parfait esprit de
compréhension, ne serait-ce qu’en constatant personnellement les différentes
nécessités des troupes terrestres et en
faisant en sorte que l'intervention de l'aviation soit
considérablement améliorée tant du point de vue des délais que des résultats.
De cette façon, il serait possible d’attaquer l’ennemi au
bon moment et au bon endroit, en économisant les vies humaines et le matériel.
Afin de permettre cette coopération plus étroite, je propose :
a. Qu’il soit mis à disposition directe de l’armée sur les
bases proches du QG d’Armée une escadrille de Junkers et un groupe de G50.
b. Que le commandant de cette unité soit logé au QG du Comando
d'Armata, à ma propre disposition."
Il fallait donc que le Commandement de
l’Aviation et non
celui des forces terrestre maîtrisât parfaitement le
terrain. Le Comando Aereo
devait être toujours présent. En effet, que se serait-il
passé si l'action
s'était développée dans deux lieux
différents ? Le devoir d’attaquer et de
détruire l’ennemi était uniquement
réservé à l'aviation, l'armée devant
établir le lieu d’attaque. De cette manière,
l'aviation aurait pallié au
manque de nouvelles recrues, de ravitaillements, de canons de calibre
légers et moyens, et relevé le moral des troupes.
Les commandants de l'armée de terre considéraient
l'aviation comme une force dépendant de l'Esercito, dont la
seule mission était de soutenir ce dernier, en oubliant les
autres rôles essentiels qu'aurait du
jouer la RA.
Mais les torts ne sont pas dus uniquement à
une composante de l'armée. Le commandement de l'aviation, par
exemple, ne fit
jamais rien pour assurer un réseau de communication fiable avec
les autres
forces militaires. Les bombardements tactiques, qui se
révélèrent somme toutes efficaces, furent
largement privilégiés. En revanche, les quelques actions
stratégiques ne réussirent ni à anéantir le
potentiel militaire grec ni à faire plié la
volonté de combattre des Grecs.
Bibliographie :
- AA.VV - MACH1 Encyclopédie de l'aviation Vol.4 - Ed.
EDIPEM
-
L'Aeronautica Italiana nella Seconda
Guerra Mondiale, Giuseppe Santoro, Ed.Danesi, 1960
-
97° Gruppo Autonomo
Bombardamento a tuffo 1940-1941, Alberto Borgiotti, Cesare Gori, Ed. dell'Ateneo & Bizzarri,
1980
-
Le Fiat BR.20, Yves Domange, Lela Presse, 2004
-
L'arma aerea italiana nella seconda guerra mondiale, Sebastiano Licheri, Mursia, 1983
-
Regia Aeronautica - Balcani e fronte orientale,
Angelo Emiliani, Giuseppe F. Ghergo & Achille Vigna, Intergest,
1974 (ouvrage duquel proviennent la plupart des photos de cet article)
-
Courage Alone, The Italian Air Force 1940-1943, Chris Dunning, Hikoki Publications, 1998