Le Savoia Marchetti S.79 du Duca D'Aosta en vol au-dessus d'Addis Abeba, en 1939.
Les forces en présence
Au début de la deuxième guerre mondiale, les unités de la Regia Aeronautica
en AOI (Afrique
Orientale Italienne)
étaient bien au-dessous des exigences que réclamait la
guerre sur ce front. Le peu d'avions qui composaient les escadrilles de
l'Aeronautica Impero dataient pour la plupart de la première
moitié des années 1930.
En 1939, le programme suivant fut
proposé pour renforcer l’Aeronautica
dell’AOI : 1)le 41°
Stormo avec ses 36 avions SM.79 devait gagner l'AOI en survolant l'Egypte; 2)afin de remplacer un stormo de CA 133, 36 autres SM.79 devait gagner la colonie par voir maritime; 3)et un envoi par mer de matériels, carburant et munitions
devait garantir l’autosuffisance de la colonie. La
tournure prise par les événements ne permit la réalisation que d’une petite partie
de ce programme. Seuls 18 SM.79 purent être transférés par voie aérienne à
cause de l’interdiction du survol de l’Egypte prise par les anglais en janvier
1940. De Naples, il fut possible d’envoyer 36 avions de chasse Fiat CR 42 des
412a et 413a squadriglie à la place des 36 SM.79 prévus à
cause de la fermeture au commerce du canal de Suez. Les ravitaillements de
carburant et de munitions n’arrivèrent pas à destination. Le
comando Aeronautica Impero (avec à sa tête le général Pietro Pinna) basé à Addis Abeba
était articulé sur trois secteurs : Le Nord (Asmara), Le Centre (Addis
Abeba) et le Sud (Mogadiscio).
Les appareils opérationnels au 10 juin 1940 étaient
répartis entre : - les 25° bis (12
avions), 26° bis (6 avions), 27° bis (18 avions), 31° bis (12 avions), 49° bis
(12 avions) Gruppi, le Gruppo Gasbarrini (12 avions), les 65a (6
avions) et 66a (3 avions) squadriglie et enfin les escadrilles
rattachés aux états majors des secteurs central (6 avions), ouest (9 avions) et
sud (7 avions) sur Ca.133; - les 4° bis, 28°
bis, 29° bis Gruppi BT sur SM.81 avec 12 avions chacun; - le 44° bis Gruppo
BT (6a et 7a squadriglie) sur SM.79 avec 12 avions; - les 410a
et 411a squadriglie de chasse sur Fiat CR32 avec 9 avions chacune; - les 412a,
413a et 414a squadriglie CT sur Fiat CR42 avec 9 avions
chacune (6 pour la 414a); -la 110a
squadriglia RT sur IMAM Ro 37 bis avec 9 avions.
Au
total, 138 bombardiers, 36 avions de chasse et 9 avions de reconnaissance étaient donc opérationnels. Par
ailleurs, il existait une réserve de 140 avions en magasin dont seulement 59
étaient utilisables (35 Ca133, 1 SM81, 1 SM79, 5 CR32, 2 Ro 37). Tous les
autres étaient en réparation : il s’agissait de 48 Ca133, 16 SM81, 2 SM79,
11 CR32, 2 CR42 et 2 Ro37 utilisés comme sources de pièces de rechange. Un
groupe de transport aérien composé de 9 SM73, 9 Ca133, 6 Ca185 et 1 Fokker
FVII, utilisé pour le transport d’hommes et de matériel seulement et non en
première ligne, était aussi disponible.
Le
10 juin 1940 étaient inventoriés : - 107.000 tonnes de
carburants AVIO - 5.300 tonnes de
bombes - 8.620.000
cartouches pour mitrailleuses - 500 moteurs AVIO
de type différent de réserve. Le
service de réparation des avions était garanti par les ateliers locaux de
Piaggio et Caproni ainsi que les SRAM. Ces derniers garantissaient en moyenne
15 révisions complètes par mois, en plus des petites réparations de routine et
de la récupération de divers matériels. SuperAereo supposait à
juste titre que les Anglais disposaient du matériel suivant : - 8° Sqd de chasse,
avec 71 Blenheim RAF; - 94° Sqd de chasse,
avec 34 Hurricane RAF; - 11
chasseur-bombardiers Blenheim RAF; - 15 bombardiers
Wellesley RAF; - 53 bombardiers
répartis entre Hart, Audax et Blenheim RSAF à Nairobi; - 15 bombardiers
Potez 63, 15 avions de reconnaissance Potez 25, 11 avions de chasse Morane Ms
406 (Armée de l’Air Française) à Djibouti.
La RAF disposait avec ses Blenheim et ses Hurricane d’une nette supériorité
qualitative. De plus, elle avait l’avantage d’obtenir avec une relative
facilité des ravitaillements de la métropole, chose qui était difficile pour les
Italiens. A son désavantage, ses bases étaient relativement dispersées, ce qui
rendait leur couverture par la chasse difficile. Les vieux Hart et Audax n’avaient aucune
efficacité en combat, mais ils furent utilisés utilement en tant que leurres à
terre.
La RA prend l’initiative
Dès
le 12 juin, l’aviation italienne passa à l’offensive en attaquant entre autres
Aden, Kassala, Moyale et Dibbandibba avec 22 Ca.133. Les Anglais envoyèrent à
leur tour des Wellesley sur Asmara. A l’aube du 13 juin, 3 Ca.133 de la 9a
Squadriglia détruisirent deux Audax sur la base de Wajir. Le 16 juin, deux
Junkers Ju.86 sud-africains mirent hors d’état de nuire un Ca.133 stationné à
Neghelli. Le 19 juin, trois CR32 de la 411a squadriglia engagèrent
le combat contre trois Ju.86 et deux Hurricane de la SAAF, revendiquant un
chasseur abattu pour la perte d’un Fiat. Le 21 juin, 11 Ca.133 du 27° Gruppo
attaquèrent Djibouti, perdant 2 appareils à cause de la réaction de
l’artillerie anti-aérienne. Le
commandement suprême des FF.AA en AOI, qui comptait beaucoup sur
l'aviation, avait minutieusement préparé un plan pour la
conquête de la Somalie
britannique, qui devait être déclenché le 3
Août 1940. La RA devait
principalement neutraliser l’aviation ennemie qui
représentait la seule
inconnue de l’opération, les forces terrestres ennemies
n’étant pas considérées
comme une menace. De nombreuses reconnaissances aériennes,
commencées dès le
début des opérations, avaient révélé
que les forces aériennes anglaises
étaient concentrées dans le secteur d’Aden et
qu’elles ne disposaient pas de suffisamment
de bases avancées pour perturber efficacement les phases
initiales de l'avance des unités terrestres italiennes, à
part quelques petits terrains. Aussi, la RA aurait-elle eu des
difficultés pour les mêmes raisons au fur et à
mesure que les opérations
terrestres se développeraient. Le plan opérationnel de la
Regia Aeronautica, approuvé
par SAR, le vice-roi Amedeo diSavoia
Duca D’Aosta, prévoyait : 1) d’engager l’ennemi sur différents fronts pour
l’empêcher d’amener des renforts du Soudan ; 2) d’interdire toute activité sur les camps de soutiens
et sur la base aérienne d’Aden de façon à contraindre l’ennemi à agir depuis
des bases plus lointaines en vue de perturber l’appui aérien aux troupes
anglaises ; 3) d’empêcher l’éventuelle arrivée de renforts par mer en
bombardant les ports d’appui ; 4) de faciliter le soutien aérien aux troupes en occupant
les terrains adverses au fur et à mesure de leur progression.
Le
plan semblait parfaitement adapté à la situation, mais il ne tenait pas compte des capacités
de guerre réelles l’aviation italienne. Heureusement, la Somalie intéressait
peu les Anglais qui se préoccupaient davantage du Soudan. On ne peut
certainement pas, par contre, remettre en question l’adresse, la ténacité, le
courage et le dévouement au devoir des pilotes et spécialistes italiens.
Initialement,
85 avions furent déployés pour l'attaque (19 SM81 des 4° et 29° Gruppi, 11
SM79 du 44° Gruppo, 21 Ca 133 du 27° Gruppo et de la Squadriglia SM du secteur Ouest, 9 Ro37 de la 110a squadriglia, 9 CR32 et 16 CR42 des 410a, 411a et 413a squadriglie). Trois parcs automobiles avec 155 véhicules au
total, acheminés par chemins de fer au rythme de 3 wagons par
jour, furent mis à dispositon de la RA. Dès le 20
juillet débuta une intense activité de reconnaissance
pour avoir une idée desobstacles
pouvant gêner l'avance des troupes italiennes, mais surtout pour
vérifier l’exactitude des cartes de la
région, au nombre de 500.000. Mais de grossières erreurs
de relevé furent
commises en raison d’une mauvaise qualité photographique
à cause du relief si
bien que le commandement des troupes ne sut interpréter les
clichés. En
face, les mouvements de l’aviation italienne n’avaient pas échappé à la
reconnaissance anglaise. La RAF s’occupa avant tout de perturber l’activité
aérienne italienne en menant des attaques contre les
terrains d’aviation et les troupes sans pour autant causer de dommages.
Ces raids furent toujours contrés par la chasse italienne qui réussit à abattre deux
avions ennemis. Le soir du 3 août, les troupes transalpines passèrent la frontière et
avancèrent jusqu’au 7 août sans trouver de réelle résistance bien qu’elles
eussent mené quelques combats aux alentours du pas de Karrin. Cet obstacle, franchi
le 19, les troupes gagnèrent Berbera. La Regia Aeronautica effectua
principalement des missions de protection sans rencontrer une forte résistance.
Les bombardiers attaquèrent les ports d’Aden et Berbera ainsi que les terrains
d’aviation d’Hargheisa, Burao et La Feruk. Quelques attaques à très basse altitude furent
dispersées par la réaction de la chasse qui abattit deux appareils anglais sans
subir de perte. Revenons plus en
détail sur l'action de l'aviation italienne durant cette
brève campagne. A partir du 7 août,
l’activité aérienne augmenta et les bombardiers
italiens rencontrèrent pour
la première fois la réaction de la chasse ennemie
à Aden. La reconnaissance
signala la présence d’appareils ennemis sur le terrain
d’Aden qui furent
immédiatement attaqués et bombardés, tout comme
ceux du terrain de La Feruk. Suite à ces actions, le
commandement italien pensa avoir éliminé le plus gros de
la menace aéreinne. En vérité, les avions que les
Italiens avaient détruit au sol étaient de vieux biplans
des années 1930
pour la plupart et quelques matériels datant de la Grande
Guerre. Les Hurricane
et les Blenheim avaient été emmenés en Egypte. Ces
derniers allaient bientôt
revenir dans le ciel somalien. Pour la suite de la campagne, la RA se
concentra sur
l’appui aux troupes terrestres jusqu’à
l’occupation complète de la Somalie
britannique.
Le capitaine Corrado Ricci devant un CR32 Quater de la 410a squadriglia à Dire Daua équipés de râteliers sous les ailes, été 1940.
C’est
à partir du 7 août également que 2 CR32 de la 410a squadriglia furent envoyés
sur le terrain d’Hargeisa pour des patrouilles dans ce secteur. Ils furent
équipés de râteliers pour deux bombes de 50kg afin d’effectuer des missions
d’attaque au sol. Ils furent réunis avec les appareils des 411a et
413a squadriglie pour former un même gruppo. Deux Fiat CR32
supplémentaires rejoignirent cette formation le 10 août.
Deux Fiat CR32 Quater décollent sur alerte du terrain de Dire Daua en août 1940.
Au
total, pendant la conquête de la Somalie britannique, 935 heures de vol de
guerre dont 376 de bombardement, 204 de chasse et 355 de reconnaissance furent
effectuées ;14 avions ennemis, dont 9
au sol et 5 en vol, furent détruits, contre 4 pertes en vol (2 SM81, 1
SM79, 1 CR32); 6 officiers, 2 sous-officiers et 12 hommes de troupe moururent. Du
côté anglais, un rapport du vice-Air Marshal Reid, commandant des forces
aériennes, au Général Wawell, déclara que la RAF avait
effectué pendant la campagne 19 reconnaissances, 26 bombardements de troupes et
8 incursions en profondeur, employant en tout 184 avions dont 10 furent abattus
au sol et 4 en vol, pour la destruction de 4 appareils ennemis. Comme on peut le constater, il y
a peu de différence entre les déclarations anglaises et italiennes. Mais le
commandant anglais souligna le fait que l'objectif principal de son aviation
était de protéger l’évacuation des troupes vers le port d’Aden, mission
entièrement réussie.
Les convois de la Mer Rouge
Jusqu’à
la fin de septembre 1940, il y eut une période d’accalmie dans les combats. Le
bref mais considérable effort réalisé pour la conquête de la Somalie britannique,
le manque de remplacements et la pénurie de matériel contraignirent la Regia
Aeronautica à passer à la défensive, à quelques exceptions prêt… En
effet, du 1er au 8 septembre,l’Aeronautica AOI fut impliquée dans la recherche et l’attaque d’un
important convoi parti de Bombay à destination de l’Egypte. Les bombardiers
effectuèrent alors une série d’incursion sur le port d’Aden, dans lequel la
reconnaissance avait révélé la présence de 35 navires. Le 4 septembre, un
appareil anglais fut abattu en combat aérien, et un cargo de 7000 tonneaux fut
attaqué entre l’île de Gebel Zubair et Kamaran, et touché par deux bombes de
gros calibre. Le
5 septembre, des formations de SM81 et SM79, partis de Massaua et Gura,
attaquèrent dans le sud de la Mer Rouge un convoi de 8 navires,
escortés par 2
croiseurs et 3 avions, en route pour Perim. Trois navires furent
touchés, l’un d’eux étant contraint
d’abandonner la formation, et deux autres furent très
probablement endommagés par des bombes tombées à
proximité. Cinq appareils
italiens furent gravement touchés, mais tous purent
regagnés leur base de
départ. Le
convoi provenant des Indes fut repéré le 6 septembre en Mer Rouge, faisant
route vers Suez. Il était composé de 29 navires, pour la plupart de fort
tonnage, escortés par 3 croiseurs et quelques avions. Suite à la découverte de
cet objectif, 3 escadrilles (2 de SM81 et une de SM79) se succédèrent pour
l’attaquer tout au long de la journée. Deux navires de passagers furent
touchés, un bâtiment de tonnage moyen fut atteint par deux bombes et coula,
tandis que deux bombes de gros calibre frôlèrent un croiseur. Durant la
matinée, un autre navire de 5000 tonneaux fut repéré et attaqué par un appareil
en mission de reconnaissance. Suite aux dommages subis, il fut abandonné par
son équipage. C’était en fait un navire citerne, coulé plus tard dans la
journée par un sous-marin italien. Les 7 et 8 septembre, le convoi ne fut plus repéré, et, de retour de
mission le 8, une escadrille de bombardement pris pour cible l’aéroport de Port
Soudan, sur lequel furent incendiés quelques uns des 18 bombardiers qui y
étaient stationnés.
Les Anglais contre-attaquent
Dès
le début d’octobre, les Anglais commencèrent
à attaquer les bases aériennes
d’Assab et Massaua et à mitrailler les colonnes de
véhicules. Ceci était une preuve que les Alliés
avaient reçu de nombreux
renforts. Un autre élément aggravait la situation des
Italiens : la totale absence
de défense antiaérienne qui permettait aux bombardiers
anglais d’agir sans
risque, exceptées dans les quelques zones protégées
par la chasse, qui n’étaient cependant pas pourvues
d’un réseau d’alerte. Les
CR32, uniques avions de chasse dotés de pare flammes, et donc
aptes pour
l’emploi de nuit, faisaient ce qu’ils pouvaient en
décollant la nuit guidés par
les phares de camions qui marquaient la fin de la piste. Le 16 octobre,
les 9
CR42 de la 412a squadriglia escortèrent un SM79 lors d’un raid sur
Ghedaref, où ils détruisirent 8 Wellesleys du 47° Sqd et deux Vincents du 430°
Flight.
A la défense de Mogadiscio avaient été assignés 9 avions de
reconnaissance Ro37 destinés à la chasse et aux interceptions à cause du manque
d’avions ! Ils combattirent à plusieurs reprises contre des bombardiers Battle de la SAAF. Ainsi, malgré la
pénurie chronique d’avions et de carburant, la Regia combattait. En octobre, la RA avait perdu 84 appareils, et 85
autres endommagés se trouvaient en réparation, contre 40 avions anglais
détruits. Les pertes humaines étaient douloureuses mais celles des avions
l’étaient encore bien plus parce qu’il était impossible de les remplacer. Sur
ce point, le Amedeo di Savoia commença à se faire insistant sur l’envoi de 60 SM79 et
50 Fiat CR42.
Le problème du
ravitaillement
C'est l'occasion d'aborder la question du ravitaillement entre l’Italie
et l’Empire. Malgré la perte des ports de la Somalie, les Anglais pouvaient
acheminer facilement leurs ravitaillements au front, chose qui pour les Italiens, par
contre, était impossible en vertu des ressources économiques nationales
limitées.
En ce
qui concerne les bombardiers, leur transfert par voie aérienne
était sans doute possible même si ce n’était
ni facile ni rapide. En tout
premier lieu, les SM79 devaient faire escale sur les terrains de la
Cyrénaïque pour se ravitailler en carburant. Il fallait
donc stocker sur ces terrains des carburants lubrifiants et
d’éventuelles pièces
de rechange. Mais les terrains de la Cyrénaïque
étaient trop petits et exposés
aux attaques anglaises. Ainsi, il aurait été
inconsidéré d’y entreposer de
grosses réserves. Tout ceci encouragea à organiser des
convois de trois avions
à la fois. Pour les avions de chasse, c’était autre chose. Il n’était pas
possible pour les chasseurs d'effectuer un tel trajet. Ces derniers ne pouvaient gagner l’AOI
que par le biais d’avions de transport.Seul le SM82 pouvait embarquer
un Fiat CR42 démonté en plus d’un moteur de réserve. Mais les avions de ce
genre étaient peu nombreux et étaient demandés sur tous les fronts. Le premier
SM82 à embarquer un CR42 à son bord décolla de Guidonia le 22 août 1940 pour
gagner Gura, en faisant escale à Benghazi. Entre le 10 juin et 14 novembre 1940,
37 SM79 furent transférés en AOI et 13 CR42 gagnèrent cette destination dans le
ventre des Marsupiali. Puis, les
transports durent être suspendus à cause de la perte des terrains d’escale de
la Cyrénaïque. Ces
difficultés conduisirent le vice-Roi à faire des demandes désespérées au
gouvernement central, plus particulièrement après le début des opérations
anglaises de janvier, dans lesquelles il présentait une situation désespérée faisant
craindre la disparition pure et simple de l’aviation italienne en AOI pour la
fin du mois. Mais malheureusement, seuls 5 nouveaux Fiat CR42 arrivèrent sur
place en février. En mars, 15 biplans Fiat purent gagner Asmara, ce qui porta à
51 le nombre de CR42 transportés par les SM82 en AOI.
Fuselage d'un CR42 installé dans le ventre d'un SM82.
Il
est intéressant de lire les couriers échangés entre le vice-roi et le gouvernement
central : (source :
G.Santoro-L’Aeronautica Italiana nelle Seconda Guerra Mondiale vol.II-Ed.Esse) « n.42563. Dans les opérations actuellement
en cours, débutées le 17 janvier, L’Aeronautica Impero a subit les pertes
suivantes : 17 avionsperdusau cours de combats, y compris les avions
détruits au sol; 3 pour des incidents en vol. De plus, 24 avions endommagés ou
touchés au sol ne pourront être remis en état qu’en mars. Au total, 44 avions
ont été détruits ou rendus inutilisables en 13 jours de combat. Les appareils
utilisables au 31 janvier sont : 7 S.79, 6 S.81, 37 Ca 133, 17 CR32, 18
CR42, 2 Ro37 et 1 S82, soit un total de 82 appareils. Je tiens surtout à faire remarquer
qu’actuellement, sur tous les fronts, l’ennemi emploie un grand nombre d’avions
de chasse type « Hurricane » et Gloster Gladiator. J’ajoute que le Ca.133
est devenu presque inutilisable sans une forte escorte de chasse. A ce rythme là, si l’emploi de
l’aviation reste tel qu’il est, il est fort probable que d’ici 15 jours,
l’Aeronautica Impero aura perdue toute efficacité opérationnelle. J’attire à
nouveau votre attention sur la nécessité d’envoyer rapidement un nombre suffisant
d’appareils en AOI pour affronter une situation si délicate. Devant de tels
faits, je vous préviens qu’une Divisione Azzurra, composée de militaires
provenant de la métropole et d’indigènes appartenant à la Regia Aeronautica,
est déjà en voie de constitution. Cette division sera employée dans le cadre
des opérations terrestres aux côtés des Forze
Armate dont elle sera fière de partager
le sort. AMEDEO DI SAVOIA » Communication
datée du 4 février 1941 : « n. 42744- suite de la
communication n.42563. En cette journée du 4 février 1941, nous avons perdu 8
Ca133 et 3 CR42. Il ne reste plus que 71 avions dont 29 Ca133, à l’efficacité
bien connue. Cependant, le personnel continuera à se battre jusqu’à la mort.
AMEDEO DI SAVOIA » Communication
datée du 17 Mars 1941 : « n. 46558/1. Aujourd’hui, alors
que toutes les forces anglaises sont concentrées sur nous, l’aviation de
bombardement est réduite à 3 S.79, 2 S.81 et 9 Ca133. En dehors des Ca133 qui ne
peuvent être employésque pour des
opérations internes et des 3 S.81 répartis dans les trois secteurs, seuls 3
S.79 peuvent intervenir dans la bataille de Keren tandis que l’adversaire
emploie des dizaines d’avions qui bombardent continuellement nos lignes. Les troupes
indigènes ont peur des bombardements ; et lorsque les pertes sont graves,
elles se démoralisent et se dispersent. Hier, les CV° et CXII° bataillons, partis
la fleur au fusil pour mener une contre-attaque, ont été presque entièrement
détruits par l’aviation, au point qu’ils ne sont plus utilisables. Devant une telle situation, nous ne
pouvons rien faire. Si vous voulez, il est encore temps de nous aider en envoyant
une dizaine d’avions à la fois et non un par un. Entre le 12 février et
aujourd’hui, nous avons reçu un, j’ai bien dit UN S.79 alors que nous avons
envoyé en Italie des équipages pour en retirer 12. Si vous ne voulez pas courir
le risque de compromettre la bataille de Keren, envoyez-nous à tout prix des
avions. AMEDEO DI SAVOIA»
Rencontre entre le Duca D'Aosta et Ettore Muti à Asmara, durant l'été 1940, devant un SM79.
Réponse
personnelle de Mussolini : « 7361 /OP. Pour le Vice-Roi. En
référence à votre 46558, des difficultés d’abord puis l’ impossibilité
d’utiliser les bases d’escale de Cura et Aunât, la nécessité de tenir à disposition
de nouveaux réservoirs supplémentaires et d’utiliser des bases adaptées pour les
décollages en surcharge avec de mauvaises conditions météorologiques ont
retardé l’envoi des S.79 prévus. La tentative de faire escale à Rhodes a échoué
et provoqué la perte de deux avions.
Nous faisons tout notre possible pour satisfaire à vos besoins. Actuellement,
6. S79 sont en cours de transfert en Cyrénaïque, 30 autres suivront dans les
plus brefs délais consentis. Soyez certain que nous faisons tout ce qu’il est
possible de faire. MUSSOLINI. » Mais
la réalité à Rome était bien différente puisque dans un extrait de la réunion
de l’état major général du 18 mars, il
est écrit : « … l’Ecc. Guzzoni lit le dernier
télégramme provenant de l’AOI et, bien que convaincu qu’aucune aide ne soit
suffisante pour sauver l’Empire et ne représente qu’une goutte d’eau dans
l’océan, il prie le général Pricolo (chef d’état major de la RA) de regarder ce
qui peut être envoyé, par conscience morale. Il fut finalement décidé l’envoi
de 6 S.79 et de 30 CR42 dans les plus brefs délais. » Dans
cette réunion, on mentionne aussi la possibilité d’envoyer des Re2000 à la
place des CR42. Pricolo, qui connaissait les caractéristiques de l’excellent
chasseur Reggiane et qui savait bien qu’il n’aurait pas été adapté
au théâtre d’opération africain (ou alors au prix de longues et importantes
modifications) endéconseilla l’envoi et
préféra poursuivre le transfert de machines comme le CR42, déjà tropicalisé. En
date du 28 mars : « n.001079/Op. Le commandant de l’aviation
de l’AOI communique son intention de suspendre tout envoi d’appareils en AOI à
cause de lasituation actuelle en
Erythrée.» Ce message fut suivi d’un
autre, daté du 14 avril, dans lequel fut signalée la possibilité d’utiliser le
terrain de Massaua pour y faire atterrir les S.79, préoccupation inutile parce
qu’à Rome, le 27 avril, toute tentative de ravitaillement fut définitivement
abandonnée. Les couriers se passent de
commentaires : Amedeo di Savoia et l’Empire furent abandonnés à leur sort.
La fin de
l’Aeronautica Impero
Caproni Ca.133 de la 9a squadriglia, XXIX° Gruppo tracté par un Fiat OCI 708 sur le terrain de Lugh Ferrandi, en Somalie.
Durant les mois d’octobre et novembre 1940, afin de
préparer leur attaque dans le secteur Nord, les Anglais intensifièrent leur
activité aérienne contre les objectifs civils et militaires, en particulier
contre les terrains d’aviation. La tactique anglaise était toujours la
même : la nuit, deux ou trois avions attaquaient avec des bombes et des
charges incendiaires. La chasse italienne, sans aucun projecteur ni guidage radio, ne
pouvait opposer que les vieux Fiat CR32. Les patrouilles diurnes étaient quant
à elles contrées par les Gladiator de la RAF. Cependant, ces incursions n’obtinrent aucun résultat
tangible et seuls trois CR42 furent détruits au sol. Les chasseurs transalpins,
quant à eux, frappèrent durement le terrain de Ghedaref, où les CR42 réussirent
à détruire 11 appareils britanniques au sol. Le 6 novembre, une attaque surprise fut lancée contre
Gallabat. Mais l’intervention de l’aviation italienne, en soutient des forces
terrestres, permit de contrer l’action anglaise. Durant cette bataille, les vieux
Ca.133 montrèrent leur versatilité en transportant les Granatieri di Savoia d’Addis Abeba sur le front et en bombardant
les positions anglaises. Cet affrontement, qui dura 2 jours, se termina avec 7
appareils britanniques abattus contre la perte de 2 Ca133 sur les 20 engagés.
Le succès italien était incontestable, mais l’effort demandé fut énorme. Le
succès de Gallabat ne pu être obtenu qu’en dégarnissant d’autres secteurs, ce
qui ne passa pas inaperçu chez les Anglais. Les attaques anglaises cessèrent par la suite. Il
aurait été opportun pendant cette période d’accalmie d’effectuer des attaques
massives de Port Soudan, mais avec quels moyens ? L’Aeronautica AOI ne
pouvait risquer d’autres pertes, car l’économie en hommes et matériels
s’imposait. La conséquence fut que les pertes du dernier trimestre 1940 furent légères,
du fait de la faible activité de l’aviation italienne. On peut cependant
signaler que, le 16 décembre, deux Fiat CR32 de la 410a squadriglia
abattirent un bombardier Martin 167F des FFL au-dessus de leur propre base. Dans ce contexte difficile, il est intéressant de
reporter une petite anecdote concernant la 110a Squadriglia RT.
Cette escadrille reçu ses 4 premiers CR42 le 17 janvier 1941, pour combler les
pertes de Ro 37bis. Lors de la première opération avec les nouveaux chasseurs,
les pilotes se montrèrent plus agressifs. Mais curieusement, l’unique victoire
aérienne obtenue sur Ro 37 l’a été le 22 janvier, sur un Hartbeeste du 41° Sqd
SAAF au-dessus de Gerille, alors que les pilotes de reconnaissance disposaient
à ce moment de chasseurs plus performants…
Romeo Ro37bis de la 110a Squadriglia à Dire Daua, été 1940.
Le nombre
d’appareils en état de vol au 10 janvier
1941 était réparti comme suit : 64 Ca133, 4 SM81, 5
SM79, 2 CR32, 2 CR42
et 1 SM82. Il convient de rajouter à cet inventaire les avions
en
réparation : 40 Ca133, 10 SM81, 12 SM79, 5 CR32, 10 CR42 et
3 Ro37. Au
total, on dénombrait 158 avions en ligne dont 80 en
réparation. La pénurie de
carburant constituait un autre sujet de préoccupation (à
peine 6500 tonnes
étaient disponibles). En revanche, le ravitaillement en
munitions était suffisant. Le personnel était
fatigué et éprouvé, et
l’irrégularité du
service postal avec l’Italie ne favorisait pas le moral des
hommes. Le 19 janvier, les Anglais commencèrent leur invasion
de l’Erythrée, en avançant sur Cassala Agordat et Barentù, sans rencontrer de
réelle résistance. Vu ce dont elle disposait, la RA fut pratiquement dans
l’impossibilité de soutenir la résistance des troupes terrestres. Le 8 février,
les Anglais s’arrêtèrent devant le pas de Keren et y restèrent bloqués pendant
54 jours grâce à la résistance acharnée des troupes italiennes, commandées par
le général Carmineo. Dans le secteur sud, les Anglais maintinrent une
certaine pression sur le dispositif adverse dans le but d’empêcher l’intervention
de renforts italiens dans le délicat secteur de Keren. Face aux attaques
aériennes anglaises, il n’existait pratiquement aucune défense. Les vieux Ca.133
se lancèrent avec beaucoup de courage sur les colonnes anglaises en leurs
infligeant quelques dommages, mais au prix de nombreuses pertes. En pratiques,
ces actions ressemblaient bien à des attaques suicides. Les 5 CR42 capables de
prendre l’air ne pouvaient pas faire grand-chose non plus. Le 9 février, des CR42 de la 412a squadriglia
effectuèrent une mission d’attaque au sol sur le terrain d’Agordat, détruisant
2 Wellesleys, 2 Hartbeestes, 2 Lysanders et endommageant 4 autres appareils. Le 14 février, l’aviation de l’AOI comptait encore
dans ses rangs (appareils en réparation inclus) : 23 Ca133, 7 SM81, 9 SM79, 11
CR32 et 13 CR42. Ces avions ne pouvaient rien faire d’autre que d’abandonner
les terrains et se retirer vers Asmara. Le 9 mars, 3 CR32 de la 410a
squadriglia contraignirent un Blenheim à atterrir sur leur base, permettant
ainsi sa capture. Le 15 mars, l’ensemble de l’Aeronautica de l’AOI pouvait
compter sur 10 Ca133, 3 SM81, 4 SM79, 8 CR32 et 15 CR42. Le 26 mars, Keren
tomba, et s’en suivit une longue succession de pertes, malgré quelques actions
victorieuses isolées. Fin avril, l’aviation de l’AOI avait cessé d’exister.
Addis Abeba, fin avril 1941 : ce Fiat CR32 a été
captuér par les troupes anglaises, qui lui ont appliqués
une croix noire dans un rectangle blanc.
A partir de ce moment furent constitués les Reparti Azzurri, avec le personnel au
sol et les pilotes, dans le but de défendre les derniers remparts de l’Empire. Ils
étaient divisés 3 bataillons, pour une force globale de 1100 hommes environ.
Trente hommes, pilotes ou spécialistes, réussissent à fuir Addis Abeba à bord
de vieux SM73 et à rejoindre un aéroport neutre en Arabie, d’où ils purent regagner l'Italie. Le
2 Mai, le commandant de l’Aeronautica AOI suivit le vice-roi sur l’Amba Algi
où, le 17 mai, il sera emprisonné après s’être rendu aux anglais. Au début du
mois de juin, le commandant du secteur Sud et gouverneur de la Galla et du
Sidama est contraint de se replier. Ce dernier ordonna que les défenseurs
d’Agarro continuent de tenir la ville. La défense était composée d’hommes des Reparti Azzuri et d’un groupe hétérogène
d’hommes provenant de la métropole et d’indigènes. Ces hommes disposaient
uniquement de leur armement individuel et de quelques mitrailleuses démontées
sur les avions, et les réserves de vivre et d’eau étaient faibles. Le 17 juin,
le fortin fut assiégé par environ 8000 « soldats » éthiopiens de la
tribu de Chelo. Les défenseurs, abandonnés à leur sort, tinrent jusqu’au 21 juin. A
Gondar, dernière place forteencore contrôlée
par l’Italie, il y avait encore 10000 litres de kérosène, un Ca133 et deux CR42
aptes à voler. Un des deux CR42 avait été bricolé à partir de morceaux de deux
avions abattus par les anglais et par un autre avion abandonné dans un hangar
et même de quelques parties de Hurricane ! Le Caproni assura des liaisons
de ravitaillement entre Gondar, Culqualber et Uolchefit. Les CR42 réussirent à
abattre deux Wellington. Après le mitraillage du Ca 133, les CR42 furent
transformés en appareils de transport, équipés d’une caisse pouvant contenir
30kg de matériel pour poursuivre le ravitaillement d’Uolchefit. Le
10 Septembre, le commandant de Gondar informa les équipages que le Ca133
endommagé au sol était prêt à voler de nouveau. Ceci permit de ravitailler à
nouveau Uolchefit avec environ 800 kg de matériel par jour. Le 21 septembre, le
vieux et glorieux Caproni fut détruit par un incendie criminel à terre. Le 15 octobre,
le sous-lieutenant Ildebrando Malavolti et le maréchal Giuseppe Mottet firent
appel à des volontaires pour une attaque désespérée sur Asmara et Gura. Après
le straffing, les pilotes devaient sauter en parachute. Mais un des deux CR42
fut détruit au sol avant qu’il ne puisse accomplir sa mission. L’autre décolla
le 24 octobre, mais l’on ne sait pas ce qu’il advint de lui. Le lendemain, un avion
de chasse de la RSAF largua sur Gondar le message suivant : « En
hommage au vaillant pilote du Fiat, de la part des pilotes de la Royal South African Air Force. » Le
27 novembre, Gondar fut contraint de se rendre, et la perte de Gondar entraîna
celle de l’Empire. Les dernières troupes italiennes se rendirent le 29 novembre
1941. Du
11 juin 1940 au 20 mars 1941, on peut estimer que l’action de l’aviation
italienne fut répartie entre : - 1500 sorties de
bombardement ; - 2600 sorties de
chasse ; - 1400 sorties de
reconnaissance ; - plus de 1000
sorties de ravitaillement, transport et action de répression. Les pertes britanniques s’élevèrent à 140 appareils abattus et 80
détruits au sol.
Un pour tous : Mario Visintini
Je
voudrais maintenant vous parler de Mario Visintini et par la même occasion des pilotes, spécialistes etpersonnels de tout ordre et de tout grade qui combattirent dans ce
secteur difficile, qui, bien qu’abandonnés à eux-mêmes, remplirent leur devoir
jusqu’à la fin.
Mario Visintini
(crédits photo : Gianmaria Spagnoletti)
Né
à Parenzo d’Istria le 26 avril 1913, déclaré inapte à voler par l’Accademia Aeronautica pour des raisons
médicales, cet homme têtu passa, au printemps 1936, le brevet de pilote civil à
l’école de Caproni à Taliedo, ce qui lui ouvrit les portes de la RA en tant
qu’élève officier. Transféré à Lecce, il suivit le cursus habituel : vol
sur Breda Ba.25, acrobaties et 30 heures sur le CR20. En 1937, il fut affecté à
la célèbre 91a squadriglia de Francesco Baracca, à Gorizia. Il
s’engagea comme volontaire dans l’Aviazione Legionaria, au sein du XVI° Gruppo La Cucaracha, et rentra d’Espagne en
1938 avec une victoire confirmée sur un I-16. Il rejoignit alors le 4° Stormo
CT. En janvier 1940, il fut promu lieutenant et, trois mois plus tard, il parti
en Erythrée. Son curriculum incitait à
penser qu’il était un jeune homme plein d’ardeur et avide d’aventure. Mais pour
ceux qui le connaissaient mieux, c’était un homme réservé, taciturne, jamais
arrogant, méthodique, précis et très professionnel. En
AOI, il fut assigné à la 412a squadriglia. Le commandant Raffi, constatant que tous ses pilotes provenaient du 4° Stormo conserva comme emblème le
cheval cabré (sa couleur passa cependant du noir au rouge), représenté sur le
fond d’une carte d’Afrique noire. Le
14 (ou 12) juin 1940, Visintini remporta sa première victoire africaine en
abattant un Wellesley. D’autres victoires suivront par la suite, et Visintini
reçu la Medaglia d'Argento al Valore Militare le 29 juillet. Le 1er
septembre, un Vickers Wellesley fut contraint à un atterrissage forcé sur l’île
d’Hamil, contrôlée par la marine italienne, suite à une attaque de Visintini et
deux de ses camarades. L’équipage fut fait prisonnier. Avec
le commandant Raffi, Visintini fut l’auteur d’une action courageuse le 12 décembre
1940. Après une attaque contre le camp anglais de Gaz Regeb, l’avion de Raffi avait
été contraint à atterrir en dehors des lignes italiennes, dans une zone
contrôlée par les troupes anglaises. Visintini n’eut pas un moment d’hésitation
et atterri à son tour à proximité de l’appareil de Raffi. Il récupéra son commandant,
sans se soucier des tirs ennemis. Après être retourné à sa base et une fois le
ravitaillement de son avion terminé, Visintini retourna sur les lieux du
sauvetage et détruisit trois autoblindés qui cherchaient à capturer l’avion
italien, ou bien à l’incendier et à le rendre inutilisable. Cette action lui
valu le grade de capitaine. Mais
la situation dans les airs empirait pour les pilotes italiens. Si autrefois il
y avait au moins un équilibre numérique, il était désormais difficile de
survivre à un duel contre les Hurricane anglais. La seule chance des Italiens
résidait dans les attaques surprises sur les terrains adversaires et le
mitraillage des appareils au sol. Visintini participa avec succès à ces attaques
sur Ghedaref, Gaz Regeb et Agordat, raids qui coûtèrent à la RAF et à la SAAF
des dizaines d’appareils détruits au sol. Le
11 février, après une action de soutient aux troupes italiennes au-dessus de Keren
le matin durant laquelle il abattit un Hurricane, Visintini décolla de nouveau à la
recherche de deux de ses compagnons abattus, mais il fut surpris par le mauvais
temps et s’écrasa contre le mont Nefasit. Il avait 26 ans, 17 victoires à son
actif et en était à sa 50ème mission en Erythrée. Il
reçu à titre posthume la Medaglia d’Oro
al Valor Militare. Il
convient de citer également : Le Sergente maggiore Enzo Omiccioli, pilote
de chasse, qui obtint 5 victoires, dont plusieurs contre les Gladiator de la
RAF aux commandes de son Fiat CR32. Il mourut le 3 Février 1941 après avoir
engagé, en compagnie de 3 autres CR32, le combat contre sept Hurricane qui
mitraillaient le terrain d’aviation, et après avoir abattu l’un d’entre eux. Le
tenente pilota Italo Gherardini,
pilote de bombardiers, comptabilisant plus de deux cents missions de recherche
et d’attaque de convois dans la Mer Rouge, tué avec son équipage le 15 octobre
1940 au moment où son Sparviero fut attaqué à Ras al Ara par trois chasseurs
ennemis. Le
Sottotenente pilota Ildebrando
Matavolti, pilote de chasse, qui effectua la dernière mission de la Regia
Aeronautica en AOI, le 24 octobre 1941 (mission déjà citée plus haut),
lorsqu’il attaqua seul une colonne anglaise qui avoisinait Gondar. Attaqué par
trois Hurricane, il fut abattu après avoir descendu l’un de ses adversaires et
endommagé gravement un second, par manque de munitions.
Gondar, octobre 1941 : le CR42 d'Ildebrando
Matavolti s'apprête à décoller pour l'une des dernières missions de la RA en AOI.
L’aspect
technique
Il
est inutile d’entrer dans une analyse détaillée et technique des avions engagés
dans ce théâtre d’opération parce qu’il existe de nombreux livres à ce
sujet fournissant des données exhaustives ; il faut rappeler encore une
fois que les pilotes italiens se battirent avec de vieux avions contre la RAF. Sans radio, sans liaison avec la terre, avec
des avions de chasse volant à 150km/h de moins que leurs adversaires, les
pilotes transalpins ont fait ce qu’ils pouvaient avec ce qu’ils avaient. Mais
parfois, le courage ne suffisait pas.
Suivent
des tableaux avec les principales caractéristiques des appareils en service de
juin 1940 à novembre 1941 en AOI :
BOMBARDEMENT ET ATTAQUE AU SOL
Type
Caproni Ca.133
Savoia Marchetti SM.79
Savoia Marchetti SM.81
Bristol Blenheim
Mk I
Vickers Wellesley Mk I
Plafond
6500 m
7000 m
7000 m
9600 m
10060 m
Rayon d'action
2000 km
1900 km
1800 km
1810 km
1786 km
Armement
4 Lewis de 7,7mm
1 Lewis de 7,7mm et 3 Breda SAFAT de 12,7mm
6 Breda-SAFAT de 7,7mm
1 Vickers de 7,7mm et 1 Brownings de 7,7mm
2 Vickers de 7,7mm
Emport
1000kg de bombes
1250kg de bombes
1000kg de bombes
454kg de bombes
908kg de bombes
Moteur
3 Piaggio P.VII C15 de 435CV
3 Alfa Romeo 126 RC.34 de 780CV
3 Alfa Romeo RC.125 de 680CV
2 Bristol Mercury VIII de 840CV
1 Bristol Pegasus XX de 925CV
Equipage
3
6
6
3
2
Vitesse maxi.
260 km/h
430 km/h
340 km/h
458 km/h
369 km/h
Premier vol
1934
1937
1935
1936
1935
Image
Il
est évident que le principal avion de soutient et de bombardement italien, le Ca133,
était nettement inférieur au Blenheim et même au Wellesley, pourtant plus vieux.
Comme le SM81, il avait été conçu pour remplir des missions de transport et de
bombardement, et comme le Pipistrello
(surnom du SM81), il remplissait mieux le premier rôle que le second. Mais
c’était une machine rustique, très robuste, peu sophistiquée, et donc apte à
l’emploi comme avion colonial ou de maintient de l’ordre en l’absence d’opposition
aérienne ennemie. Dans un climat d’infériorité aérienne, ces deux avions
étaient très vulnérables. Et pourtant, leurs équipages partirent à l’attaque contre
les colonnes anglaises. Le SM79 était quant à lui une machine réussie avec une
réelle efficacité combative dans les rôles qui lui étaient attribués (à savoir
le bombardement et le torpillage), mais inadapté à l’attaque au sol en appui
direct des troupes, rôle dans lequel le pauvre Gobbo fut employé fréquemment. Bien qu’ils se soient montrés
efficaces lors de la bataille de Keren, les SM79 étaient trop peu nombreux pour
avoir d’impact décisif dans l’issu du conflit.
Le
Wellesley était déployé au Kenya et au Soudan uniquement, parce qu’il était
jugé dépassé pour le front européen et le Pacifique. Nos chasseurs en abattirent
un bon nombre : cinq des 17 victoires de Visintini ont été obtenues contre
ces bombardiers. Le Blenheim, bien que n’étant pas une foudre de la guerre, se
révéla être le meilleur bombardier et avion d’attaque au sol utilisé en
Erythrée.Sa charge offensive et sa
possibilité d’emporter quatre mitrailleuses supplémentaires dans une gondole
ventrale le rendaient efficace comme avion d’assaut et de soutient aux troupes
terrestres.
TRANSPORT
Type
Savoia Marchetti SM82
Bristol Bombay
Plafond
6000 m
7600 m
Rayon d'action
3000 km
3560 km
Armement
3 Breda-SAFAT de 7,7mm et 1 Scotti de 12,7mm
2 Vickers de 7,7mm
Emport
4000kg de bombes
900kg de bombes
Moteur
3 Alfa Romeo 128 RC.18 de 860CV
2 Bristol Pegasus XXII de 1010CV
Equipage
4
3-4
Vitesse maxi.
345 km/h
309 km/h
Charge utile
5000kg de matériel ou 28 parachutistes avec leur équipement ou un Fiat CR42 avec deux moteurs de rechange
1500kg de matériel ou 24 soldats équipés
Premier vol
1939
1935
Image
Le
SM82 Marsupiale
était un avion de
transport particulièrement réussi, capable
d’emporter une charge utile
importante sur de longues distances. C’est grâce à
cet avion qu’arriva la
majeure partie du ravitaillement et des appareils destinés
à l’AOI. Il pouvait aussi être employé
en tant que bombardier, mais ce n’était pas sa vocation
originale.
Le Bombay fut en revanche un fiasco aussi bien comme avion de transport
que comme bombardier. Avion comparable aux Ca133 et SM81, il était cependant
trop sophistiqué pour opérer en tant qu’avion colonial et complètement dépassé
dans les autres rôles. A la différence du Marsupiale,
il opéra exclusivement en Afrique alors que son collègue italien assurait des
liaisons entre Rome et Addis Abeba. Souvent, les équipages du SM82 bombardaient
le port d’Aden sur la route du retour, après avoir déchargé le matériel
transporté.
CHASSE
Type
Fiat CR.32
Fiat CR.42
Gloster Gladiator Mk I
Hawker Hurricane Mk I
Plafond
8800 m
10050 m
10060 m
10973 m
Rayon d'action
750 km
775 km
708 km
740 km
Armement
2 Breda-SAFAT de 12,7mm
2 Breda-SAFAT de 12,7mm
4 Brownings de 7,7mm
8 Brownings de 7,7mm
Moteur
1 Fiat A30 de 600CV
1 Fiat A74 RC.38 de 840CV
1 Bristol Mercury VIII de 840CV
1 Rolls Royce Merlin II de 1030CV
Equipage
1
1
1
1
Vitesse maxi.
375 km/h
438 km/h
407 km/h
511 km/h
Premier vol
1933
1938
1936
1937
Image
En
ce qui concerne la chasse, au moins jusqu’à l’apparition du Hurricane pendant
l’offensive anglaise de janvier 1941, la situation n’était pas dramatique et
les CR42 pouvaient faire face aux Gladiateurs. Les anciens CR32, qui avaient la
possibilité de porter deux bombes de 50 kg sous les ailes, se révélèrent utiles
pour l’attaque au sol. Mais dès l’arrivée des premiers Hurricane, les chasseurs
biplans italiens ne furent plus en mesure de rivaliser avec ces rapides monoplans. Le
seul avion spécifiquement créé pour la reconnaissance présent dans ce théâtre
d’opération fut le Romeo Ro37, un robuste biplan, parfait dans son rôle mais
désarmé face aux avions de chasse ennemis. Les Anglais, pour la reconnaissance,
utilisèrent des Blenheim désarmés qui embarquaient un observateur de l’armée de
terre à la place du bombardier.
Bibliographie : - Fighting Aircraft of WWII, Salamanders books Ltd., Bill Gunston, 1988
- Italian Aces of World War
2, Osprey Aircraft
of the Aces n°34, Giovanni Massimello & Giorgio Apostolo
- Courage Alone, the italian
air force 1940-1943, Hikoki Publications, Chris
Dunning
- L’Arma Aerea Italiana nella seconda guerra mondiale, Mursia editore,
Sebastiano Licheri, 1976 - Caproni Ca
133, Ali d’Italia
n°20, Gregory Alegi, 2005
- Fiat CR 32, Ali d’Italia n°4, Giorgio
Apostolo
- SIAI SM.82, Ali d’Italia n°14, Baldassare
Catalanotto